L’accord-cadre signé le 2 juin 2026 entre la DGA et MBDA marque le démarrage officiel de la conception de l’ASN4G, futur missile nucléaire hypersonique destiné au Rafale F5.
Ce n’est plus une étude prospective. Avec la signature de cet accord-cadre de réalisation, publié le 11 juin, la France bascule dans la phase concrète de développement d’une arme stratégique appelée à porter la composante aéroportée de sa dissuasion nucléaire pour plusieurs décennies. Le maître d’Å“uvre est MBDA, déjà fabricant de l’ASMP-A qu’il s’agit de remplacer.
Le calendrier fixé reste inchangé : mise en service à l’horizon 2035. D’ici là , l’ASMP-A dans sa version rénovée, l’ASMP-A R, continuera d’assurer la permanence de la force de frappe aérienne. Ce missile, déployé depuis 2009 et volant aux alentours de Mach 3 à Mach 4, bénéficie d’un programme de rénovation précisément conçu pour tenir jusqu’à l’arrivée de son successeur.
Mach 5 et manÅ“uvrabilité : pourquoi la vitesse est devenue l’obsession de la DGA
L’ASN4G, pour Air-Sol Nucléaire de 4e Génération, doit évoluer au-delà de Mach 5, soit plus de 6 100 km/h. C’est le seuil hypersonique, et c’est précisément ce qui rend l’interception quasi impossible selon les standards actuels des défenses sol-air. La DGA est explicite sur ce point : « les performances de l’ASN4G, et notamment son hypervélocité, permettront de maintenir la crédibilité de la dissuasion aéroportée face à l’évolution des menaces ».
La menace en question a un nom : les stratégies A2/AD, pour déni d’accès et interdiction de zone. Ces dispositifs, déployés par plusieurs puissances rivales, combinent radars longue portée, missiles sol-air de haute altitude et systèmes de commandement intégrés. Leur progression régulière ces dix dernières années a rendu vulnérable tout vecteur aérien volant à vitesse conventionnelle, y compris les missiles de croisière supersoniques actuels. [1]
La réponse française repose sur deux piliers combinés : la vitesse, d’abord, qui comprime le temps de réaction adverse à quelques secondes ; la manÅ“uvrabilité extrême, ensuite, qui rend la trajectoire imprévisible pour les algorithmes d’interception. C’est cette combinaison que privilégie l’orientation retenue, issue du programme Prométhée, par opposition au programme Camosis qui misait davantage sur la furtivité radar. Le choix définitif entre ces deux orientations a été arbitré en 2021 par le chef de l’État. [4]
| Caractéristique | ASMP-A (en service) | ASN4G (en développement) |
|---|---|---|
| Vitesse | Environ Mach 3-4 | Au-delà de Mach 5 (+ de 6 100 km/h) |
| Vecteur porteur | Rafale et Mirage 2000N K3 | Rafale F5 exclusivement |
| Mise en service initiale | 2009 | 2035 (prévu) |
| Fabricant | MBDA | MBDA |
| Statut actuel | En service, version rénovée (ASMP-A R) | Phase de conception lancée juin 2026 |
Source : Numerama
Le Rafale F5, bien plus qu’un avion porteur
L’ASN4G ne sera pas tiré depuis n’importe quel Rafale. Seul le standard F5, attendu pour 2030, disposera de l’architecture nécessaire pour l’emporter. Ce n’est pas un détail : le F5 représente une rupture dans la lignée du chasseur de Dassault, à tel point que le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air, l’a décrit devant les députés comme « un nouvel avion en termes de connectivité et de combat collaboratif ». [3]
Concrètement, le F5 sera capable de coordonner ses actions avec des drones furtifs de combat, d’échanger des données en temps réel avec des systèmes au sol et d’autres aéronefs. Il embarquera également de nouvelles armes conventionnelles, dont le missile antiradar RJ10 et un missile aérobalistique. Pour absorber les flux de données générés par son radar, son calculateur et ses contre-mesures électroniques, le câblage interne de l’avion devra être entièrement revu. L’ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air l’avait d’ailleurs signalé dès 2023 : « les capacités de calcul permettant de traiter des centaines de milliers d’informations nécessitent un câblage que le Rafale tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est pas capable de supporter. »
Sur le plan opérationnel, l’ASN4G sera partagé entre l’armée de l’Air et la Marine nationale, assurant la composante aéroportée aux côtés de la composante océanique sous-marine. [2]
Ce que l'ASN4G change pour la dissuasion française
MBDA et la souveraineté industrielle française dans les armes hypersoniques
La commande passée à MBDA positionne la France dans un cercle très restreint. Les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Iran, l’Inde et la Corée du Nord travaillent eux aussi sur des armes hypersoniques. Maîtriser cette technologie appliquée au domaine stratégique nucléaire représente un saut qualitatif distinct du simple développement de missiles rapides pour usage conventionnel.
Pour MBDA, la filière française et européenne du missile, ce contrat prolonge un savoir-faire construit depuis les années 2000 autour des programmes Prométhée et Camosis, menés avec l’Onera. Le superstatoréacteur, moteur sans pièce mobile permettant d’atteindre les vitesses hypersoniques, en est la pièce centrale. Les études menées dans ce cadre avaient déjà « validé un certain nombre de grands principes » sur les vols hypersoniques à cette époque. [4] Le démonstrateur Thémis a depuis permis de franchir des étapes techniques supplémentaires avant la décision de lancer la réalisation.
Le programme reste couvert en grande partie par le secret défense. Ce qui est acté : MBDA livre, d’ici 2035, un missile hypersonique nucléaire opérationnel. Pour la dissuasion française, c’est la condition de sa crédibilité face aux défenses adverses des décennies à venir.
ASN4G missile hypersonique : les chiffres clés
- L'accord-cadre de réalisation entre la DGA et MBDA a été signé le 2 juin 2026.
- L'ASN4G volera à plus de Mach 5, soit au-delà de 6 100 km/h.
- Il remplacera l'ASMP-A Ã l'horizon 2035 sur le Rafale F5.
- Seul le Rafale standard F5, attendu vers 2030, pourra l'emporter.
- Le programme Prométhée, axé sur la vitesse et la manœuvrabilité, a été retenu face à Camosis (furtivité).
- MBDA est le maître d'œuvre, comme pour l'ASMP-A actuel.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
