Taux de chômage le plus bas de France, 255 000 projets de recrutement et un entrepôt Amazon XXL aux portes de Lyon : l’Auvergne-Rhône-Alpes confirme son rang, mais le marché du travail craque par endroits.
Avec 6,8 % de chômage au dernier trimestre 2025, soit un point sous la moyenne nationale, l’Auvergne-Rhône-Alpes affiche la meilleure performance des régions françaises. Le Rhône, lui, pointe à 7,3 %, contre 7,9 % au niveau national. Ces chiffres font de la région un argument de vente solide pour attirer entreprises et actifs, mais ils masquent une réalité plus compliquée sur le terrain.
Car recruter en Auvergne-Rhône-Alpes est devenu un exercice difficile. Selon l’enquête “Besoins en main-d’Å“uvre 2026” de France Travail, les entreprises de la région prévoient plus de 255 000 projets de recrutement cette année, soit 11 % des intentions d’embauche à l’échelle nationale. Un poids considérable, et un signe d’activité économique réelle. Sauf que 48 % de ces projets sont d’ores et déjà jugés difficiles par les employeurs locaux, contre 44 % en moyenne nationale.
Santé, commerce, industrie : les secteurs sous tension
Quatre secteurs concentrent à eux seuls la moitié des intentions d’embauche hors projets saisonniers. La santé et l’action sociale arrivent en tête avec 28 200 projets, suivis du support aux entreprises (24 900), du commerce (21 500) et de l’industrie (19 000). Ce sont aussi, pour la plupart, des secteurs où les difficultés de recrutement sont chroniques. [1]
| Secteur | Projets de recrutement |
|---|---|
| Santé et action sociale | 28 200 |
| Support aux entreprises | 24 900 |
| Commerce | 21 500 |
| Industrie | 19 000 |
Source : Le Dauphiné Libéré
Cette tension sur le recrutement ne signifie pas que la région décroche. Elle traduit au contraire une économie qui tourne, parfois plus vite que le vivier de candidats disponibles. La pénurie n’est pas uniformément répartie : certains bassins d’emploi, certaines qualifications, certains créneaux horaires posent davantage problème que d’autres. Les entreprises industrielles, déjà sous pression pour reconstituer leurs effectifs depuis la sortie de crise, font face à un déficit structurel de profils techniques.
Investissements étrangers et effet Amazon
Sur le plan de l’attractivité au sens strict, la région s’appuie sur un contexte national plutôt favorable. La France conserve sa première place européenne pour l’accueil des investissements directs étrangers, avec 852 projets recensés, selon le baromètre annuel d’EY. C’est la septième année consécutive que Paris coiffe ses voisins. Le dernier sommet Choose France a généré 93 milliards d’euros de promesses d’investissement et 15 000 emplois annoncés. [2]
L’Auvergne-Rhône-Alpes y figure en bonne place. Le baromètre EY décrit la région comme “une des locomotives de l’Europe”, formule qui résume son positionnement sur les industries d’avenir, la logistique et la tech. L’ouverture imminente de l’entrepôt XXL d’Amazon à proximité de Lyon en est l’illustration la plus visible : 60 000 mètres carrés au sol, plus de 160 000 mètres carrés de surface totale, une entrée en service prévue pour juin 2026 et près de 3 000 emplois annoncés. [5] Un investissement qui a attendu plusieurs années de procédure judiciaire avant d’aboutir, dans la zone du CargoPort.
Le signal est fort pour une région qui avait déjà attiré plusieurs grands projets industriels ces dernières années. L’implantation d’Amazon, avec son modèle logistique robotisé, pose aussi la question du type d’emplois créés et de leur pérennité, mais les 3 000 postes promis restent un volume difficile à ignorer dans un marché où les tensions de recrutement s’accumulent.
Pourquoi la région résiste malgré les tensions
Lyon et les villes de la région dans les classements nationaux
L’attractivité ne se réduit pas aux flux d’investissements. Elle se lit aussi dans les choix de résidence et d’installation des actifs. Le classement 2026 des villes où il fait bon vivre place Annecy en tête du palmarès régional, devant Saint-Étienne et Chambéry. Lyon n’arrive qu’en sixième position dans ce classement spécifiquement régional, derrière Aurillac et Aix-les-Bains, ce qui reflète en partie la pression immobilière qui pèse sur la métropole. [4]
Sur ce point, les données disponibles pour Lyon restent éloquentes : le prix au mètre carré y figurait parmi les cinq plus élevés de France, à 5 162 euros le m², avec seulement 23 mètres carrés accessibles au salaire médian net de 2 209 euros par mois, contre 27 m² en 2022. [3] La métropole lyonnaise reste un moteur économique régional, mais son coût du logement érode son attrait pour une partie des actifs qu’elle cherche à fidéliser.
Ce ciseau entre tension sur l’emploi, flux d’investissements et contrainte immobilière dessine la carte de l’Auvergne-Rhône-Alpes en 2026 : une région dont la robustesse économique n’a plus besoin d’être prouvée, mais qui doit maintenant gérer les déséquilibres que sa propre attractivité génère.
Emploi en Auvergne-Rhône-Alpes 2026 : chiffres clés
- Auvergne-Rhône-Alpes affiche le taux de chômage le plus bas de France : 6,8 % au dernier trimestre 2025.
- 48 % des projets de recrutement sont jugés difficiles localement, 4 points au-dessus de la moyenne nationale.
- L'entrepôt Amazon près de Lyon, 160 000 m² de surface totale, doit ouvrir en juin 2026 avec 3 000 emplois.
- La France reste première en Europe pour l'accueil des investissements directs étrangers pour la 7e année consécutive.
- À Lyon, seuls 23 m² sont accessibles au salaire médian net mensuel de 2 209 euros, contre 27 m² en 2022.
Sources
5 sources · 5 faits sourcés
