La filiale bretonne de Bayer, héritière de Monsanto, est visée par une action de la Confédération paysanne et des Soulèvements de la Terre, dans un contexte de contentieux mondial autour du Roundup.
C’est en Bretagne que la tension monte autour du géant agrochimique. La Confédération paysanne et le collectif Soulèvements de la Terre ont ciblé un site de Bayer dans la région, prolongeant une contestation qui dépasse largement les frontières françaises. Le groupe allemand, propriétaire de Monsanto depuis son rachat, traîne depuis plusieurs années un lourd passif judiciaire lié à son herbicide phare.
La Bretagne n’est pas un terrain vierge pour ce type de mobilisation. En mai 2022, une marche contre Bayer-Monsanto avait déjà réuni entre 300 et 400 personnes à Lorient, dans le Morbihan. Les organisateurs pointaient alors le rôle de ce couloir logistique dans l’importation du soja OGM en France. Quatre ans plus tard, la contestation reprend, avec des acteurs plus structurés et un ancrage militant renforcé.
Le Roundup, une condamnation qui pèse sur tout le groupe
Le fond du dossier reste le même : en juin 2022, la Cour suprême américaine a définitivement condamné Monsanto, propriété de Bayer, pour les dommages causés par son désherbant Roundup. Cette décision au sommet de la juridiction américaine a entériné la responsabilité du groupe dans des milliers de cas de cancers allégués par des utilisateurs de l’herbicide. Bayer a depuis provisionné des milliards de dollars pour couvrir les litiges, sans pour autant retirer le produit du marché dans l’ensemble des pays où il est commercialisé.[2]
En France, la question de la présence du glyphosate, principe actif du Roundup, dans les filières agricoles reste un point de friction permanent entre les défenseurs de l’agrochimie conventionnelle et les partisans d’une agriculture sans pesticides de synthèse. La Bretagne, première région agricole du pays et grande consommatrice d’intrants, cristallise ce débat.
Lorient, porte d’entrée du soja OGM : un symbole géographique
La ville de Lorient n’a pas été choisie au hasard par les manifestants en 2022, ni par les organisateurs de l’action récente. Le port breton figure parmi les principales portes d’entrée du soja génétiquement modifié en France, une matière première massivement utilisée dans l’alimentation animale des élevages intensifs bretons. Pour la Confédération paysanne, c’est précisément ce maillon logistique qu’il faut cibler pour rendre visible la chaîne qui relie les multinationales de l’agrochimie aux pratiques agricoles locales.
Les Soulèvements de la Terre, mouvement apparu lors des mobilisations contre la mégabassine de Sainte-Soline, ont élargi leur périmètre d’action bien au-delà de l’eau. Leur présence aux côtés de la Confédération paysanne sur ce dossier Bayer-Monsanto illustre une convergence entre syndicats agricoles contestataires et activistes environnementaux, une dynamique qui monte en puissance depuis 2022.
Pourquoi la Bretagne reste un terrain de friction agrochimique
Bayer en France : entre communication de crise et pression judiciaire
Du côté du groupe, la direction française avait déjà dû s’expliquer sur l’affaire du fichage de personnalités politiques et journalistiques orchestré par Monsanto avant son rachat. Le patron de Bayer en France avait alors démenti avoir eu connaissance de ces pratiques.[1]
L’entreprise se retrouve ainsi prise en tenaille : condamnations américaines d’un côté, mobilisations de terrain de l’autre. La stratégie du groupe consiste à séparer l’héritage Monsanto de l’identité Bayer, mais sur le terrain breton, les deux noms restent associés dans les slogans et les communiqués militants.
Une innovation bretonne à contre-courant : Biogroup Bretagne
À quelques dizaines de kilomètres de ces tensions, un autre acteur du monde industriel breton trace une trajectoire différente. Biogroup Bretagne, dont le siège est établi à Noyal-Châtillon-sur-Seiche, en Ille-et-Vilaine, emploie 41 personnes et reste active sous la direction de Jean-Baptiste Defaux à la présidence et d’Anthony Mouchere à la direction générale. Fondée en 2002, la structure incarne un modèle d’entreprise régionale à taille humaine, loin des logiques de groupe mondial qui agitent le dossier Bayer-Monsanto.
Ce contraste illustre la réalité du tissu industriel breton : des PME ancrées localement coexistent avec des implantations de multinationales dont les décisions se prennent à Leverkusen ou à Saint-Louis, Missouri, et dont les conséquences se gèrent ensuite sur les quais de Lorient ou dans les champs du Morbihan.
La filière agricole bretonne face au mur des intrants
La pression sur Bayer s’inscrit dans un débat plus large sur la dépendance de l’agriculture bretonne aux intrants chimiques. La région concentre une part importante de l’élevage porcin et avicole français, des filières qui consomment massivement le soja importé traité aux pesticides. Réduire cette dépendance suppose de reconstruire des filières protéinières locales, un chantier que plusieurs acteurs institutionnels et coopératifs ont engagé, sans résultats encore à la mesure des volumes en jeu.
La mobilisation de la Confédération paysanne et des Soulèvements de la Terre contre Bayer en Bretagne s’adresse autant aux pouvoirs publics qu’au groupe lui-même. Les organisations demandent une sortie du glyphosate et un encadrement strict des importations de soja OGM. La condamnation par la Cour suprême américaine en 2022 leur fournit un argument juridique de poids, même si les décisions américaines ne lient pas directement le droit européen.
Lors de la marche de Lorient en mai 2022, un slogan avait retenu l’attention : “La pire pollution, c’est la résignation.” C’est dans cet état d’esprit que les opposants reprennent leur mobilisation en 2026, avec un mouvement plus structuré et une audience publique élargie par quatre ans de procédures judiciaires aux États-Unis.
Bayer-Monsanto en Bretagne : faits clés à retenir
- En mai 2022, 300 à 400 personnes ont manifesté à Lorient contre Bayer-Monsanto.
- La Cour suprême américaine a condamné Monsanto pour son herbicide Roundup en juin 2022.
- Lorient est l'une des principales portes d'entrée du soja OGM en France.
- La Confédération paysanne et les Soulèvements de la Terre s'associent sur ce dossier en Bretagne.
- Biogroup Bretagne, 41 salariés, est une PME bretonne active depuis 2002 à Noyal-Châtillon-sur-Seiche.
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
