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Blé à 233 euros la tonne sur Euronext : comment une phrase de Poutine a fait plonger nos céréales

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Une seule séance a suffi. Le jeudi 3 septembre 2026, le blé meunier français a effacé sur Euronext presque tout ce qu’il avait gagné la semaine précédente. L’échéance septembre 2026 a plongé de 11,25 euros la tonne pour tomber à 233 euros, l’échéance décembre a lâché 8 euros à 248,75 euros, et mars 2027 a reculé de 8 euros à 248,25 euros. Selon Réussir, rien ne s’est passé dans les champs. Tout s’est joué à un forum économique et sur une salle des marchés.

Le déclencheur : les déclarations de Vladimir Poutine, au Forum économique oriental et relayées par Reuters, évoquant la disposition de plusieurs pays, dont les États-Unis et la Chine, à soutenir un règlement du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères s’est dit prudemment optimiste, estimant qu’une nouvelle dynamique de paix était enclenchée. Sur le terrain, la guerre continuait sans le moindre signe d’apaisement. Peu importe : le marché a acheté l’espoir et vendu le blé.

À cela s’ajoute un effet devise. L’euro s’échangeait ce jeudi contre 1,1628 dollar, contre 1,1588 la veille. Un euro plus cher renchérit mécaniquement le blé européen pour les acheteurs internationaux, ce qui a amplifié la baisse sur Euronext.

Chicago dans le rouge, le physique français aussi

La correction n’a pas épargné les États-Unis. Sur le CBOT de Chicago, le blé échéance décembre 2026 a perdu 19,75 cents par boisseau à 736 cents, mars 2027 a reculé de 20,75 cents à 770 cents, et septembre 2026 a cédé 18,75 cents pour revenir lui aussi à 736 cents.

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Sur le marché physique français, la baisse est tout aussi nette. Pour le blé tendre récolte 2026, le rendu Dunkerque s’établissait à 246 euros la tonne, le rendu La Pallice à 249 euros et le rendu Rouen à 247 euros, tous en recul de 8 euros. Le blé fourrager rendu Pontivy-Guingamp valait 247,50 euros, également en baisse de 8 euros, et le blé meunier Fob Moselle 234,50 euros. Côté départs, la Marne ressortait à 238,50 euros, l’Eure et l’Eure-et-Loir à 240 euros, le Sud-Est à 242 euros.

Le maïs résiste, le pétrole le tient

Le maïs a mieux encaissé. Sur Euronext, l’échéance novembre 2026 a reculé de 5,25 euros à 272 euros la tonne, mars 2027 de 5 euros à 267 euros, juin 2027 clôturant à 266,25 euros. À Chicago, le contrat décembre 2026 n’a lâché que 2,75 cents à 540,75 cents par boisseau, et septembre 2026 3,50 cents à 515,25 cents.

Deux raisons à cette relative fermeté. D’abord le pétrole, en hausse : le Brent gagnait 0,51 % à 95,87 dollars le baril, le WTI 0,81 % à 91,66 dollars, sur fond de nouvelles attaques iraniennes contre des bases américaines au Koweït et aux Émirats arabes unis. Un pétrole cher soutient la demande de maïs destiné à l’éthanol. Ensuite les inquiétudes sur la production américaine, après les baisses de récolte constatées dans l’Union européenne.

Sur le physique, le maïs récolte 2026 corrigeait généralement de 5,50 euros la tonne : 273 euros rendu Bordeaux, 273 euros rendu La Pallice, 298 euros rendu Pontivy-Guingamp, 276 euros Fob Bordeaux et 269,50 euros départ Sud-Est. Le maïs récolte 2025 Fob Rhin restait coté 229,50 euros sur septembre et 256,50 euros pour janvier-juin.

Une correction financière, pas un effondrement des fondamentaux

Voilà le point à ne pas perdre de vue. Cette baisse est financière et géopolitique, elle ne dit rien de l’état réel des récoltes. Et sur ce terrain, la copie française est excellente. Au 28 août 2026, selon les analyses d’Arvalis et FranceAgriMer, 63 % des échantillons de blé tendre dépassaient 11,5 % de protéines, contre 51 % un an plus tôt. Le poids spécifique franchissait 78 kg par hectolitre pour 85 % des lots, contre 33 % l’année précédente. Sur l’indice de chute de Hagberg, 73 % des échantillons passaient les 350 secondes, contre 20 % lors de la campagne précédente. Et parmi les lots complètement caractérisés, 39 % étaient classés Premium, contre 15 % un an plus tôt, 44 % Supérieur contre 31 %.

Un blé de qualité, c’est un blé qui trouve preneur. L’Arabie saoudite a d’ailleurs lancé un appel d’offres portant sur 535 000 tonnes de blé pour des livraisons à partir de novembre.

Le tableau reste toutefois contrasté à l’échelle mondiale. L’Ukraine disposerait de 2,25 millions de tonnes de stocks de maïs en début de campagne, contre 0,84 million un an avant, avec une récolte 2026 estimée à 31,8 millions de tonnes contre 30,9 l’an dernier. De quoi peser sur l’offre européenne si les exportations ukrainiennes se normalisent. À l’inverse, aux États-Unis, l’agence Allendale ramenait la récolte de maïs 2026-2027 à 401,3 millions de tonnes, contre 406,7 attendues par l’USDA et 432,3 la campagne précédente.

L’éthanol, moteur discret de la demande mondiale

Un facteur de fond continue de soutenir le maïs : l’éthanol. Le Brésil a relevé en août 2026 l’incorporation obligatoire d’éthanol anhydre dans l’essence, de 30 à 32 %. Résultat, environ 26,5 millions de tonnes de maïs devraient y être transformées en éthanol en 2026, contre 21,5 millions en 2025 et 5,8 millions seulement en 2020. Réussir dénombre 42 installations autorisées pour une capacité cumulée de 16,1 milliards de litres, soit l’équivalent de 27,5 millions de tonnes de maïs, avec plusieurs dizaines de projets supplémentaires annoncés ou à l’étude. En France aussi, les achats de blé par l’industrie de l’éthanol restent soutenus.

Reste la leçon de la journée. Une phrase prononcée à un forum, sans traduction sur le terrain, a suffi à faire tomber le blé Euronext de plus de 11 euros la tonne. Nos céréaliers récoltent un blé de qualité rare, mais leur revenu se décide en partie ailleurs, dans les mots d’un dirigeant russe et le cours d’une devise. C’est aussi cela, la souveraineté agricole : produire du bon grain ne suffit pas si l’on n’a pas la main sur ce qui en fixe le prix.

Antoine Rives
Antoine Rives
Antoine couvre l'économie et la vie des entreprises. Résultats, investissements, emploi, Choose France : il remet les chiffres en perspective et distingue la communication du fait économique. Du CAC 40 à la PME, il cherche l'info derrière le communiqué.

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