À Bouillante, en juillet 2026, on a posé 63 mouillages d’un genre nouveau sur le littoral. Pas de béton massif, pas de système standard importé : des coquilles de lambis recyclées et du bambou. Une première en Guadeloupe, imaginée par l’association Kazarecycle et son fondateur Frank Phazian. L’idée, c’est simple : amarrer les bateaux sans détruire le fond, et même favoriser la repousse du corail.
Les coquilles de lambis, ce mollusque qu’on mange partout sur l’île, finissent d’ordinaire en déchet. Ici, elles trouvent une seconde vie. Assemblées avec du bambou recyclé, elles forment un substrat où la coraline, cette algue rose qui lance la croissance du récif, peut s’installer. Les dispositifs servent aussi d’abri aux juvéniles de poissons. Kazarecycle a fourni l’équivalent de 70 000 euros de matériel à la commune.
Le déploiement s’inscrit dans la création d’une Zone de Mouillages et d’Équipements Légers (ZMEL) à Bouillante. L’arrêté inter-préfectoral approuvant cette zone a été signé le 17 juin 2025 par la Direction de la Mer de la Guadeloupe. La ZMEL prévoit 71 postes d’amarrage au total, répartis sur Malendure et le Bourg. Les huit derniers postes seront posés dans les prochains mois.
L’enjeu, c’est de limiter les dégâts de l’ancrage sauvage. Quand un bateau jette l’ancre sans système pré-installé, la chaîne racle le fond, arrache les coraux, détruit les herbiers[2]. À Malendure, là où se trouve la Réserve Cousteau, la fréquentation touristique est forte, et les récifs souffrent. Les mouillages écologiques permettent aux plaisanciers de s’amarrer sans toucher le fond.
Le projet bénéficie d’un financement de l’État via le plan « Destination France 2030 ». Il s’inscrit dans une dynamique régionale : d’autres ZMEL ont été créées dans l’archipel, notamment à Deshaies en 2013-2014. Un programme pilote de mouillages écologiques avait été testé dans le Grand Cul-de-Sac Marin en 2021, selon le Parc national de la Guadeloupe.
Coquilles locales, colonisation rapide
Le choix des matériaux répond à une double logique : valoriser des déchets du territoire, et créer un support favorable à la vie marine. Les coquilles de lambis, issues de la consommation locale, sont naturellement calcaires. Elles favorisent la fixation des organismes qui démarrent la construction du récif. Le bambou, résistant en milieu marin, complète la structure.
Selon la Fondation La France s’engage, le processus de colonisation par les organismes marins démarre dès les premières semaines d’immersion. Le dispositif s’intègre dans l’environnement au lieu de le subir. C’est une différence majeure avec les mouillages classiques en béton ou en métal, qui restent inertes.
Une commune qui mise sur ses fonds marins
Bouillante, sur la côte Sous-le-Vent de Basse-Terre, vit en bonne partie du tourisme de plongée. La Réserve Cousteau à Malendure est l’un des sites les plus fréquentés de Guadeloupe. La pression sur les fonds est réelle : plaisanciers, clubs de plongée, excursions en bateau à fond de verre. L’initiative de la commune protège ce capital naturel tout en l’ouvrant au public.
L’économie locale repose aussi sur la pêche, l’agriculture et la géothermie. La commune est connue pour ses sources chaudes volcaniques, utilisées pour produire de l’électricité. Mais c’est bien le littoral, ses anses, ses plages et son récif qui attirent les visiteurs. Encadrer les pratiques de mouillage, c’est préserver ce qui fait vivre le territoire.
L’expérience de Deshaies, après l’ouragan Irma en 2017, a montré que les mouillages éco-conçus résistent aux événements climatiques violents. Tous les dispositifs immergés à Deshaies sont restés opérationnels après le passage de l’ouragan[2]. Une durabilité qui compte dans une région exposée aux tempêtes.
Sources
1 source · 2 faits vérifiés

