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BRRRRT Act : le Congrès veut 126 A-10 Warthog en vol jusqu’en 2033

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Un texte de loi porte le nom du bruit de son canon. Le BRRRRT Act, déposé le 20 juillet 2026 à la Chambre des représentants américaine par l’élu de l’Arizona Abe Hamadeh, tire son sigle du grondement produit par le GAU-8/A Avenger de 30 mm, ce canon rotatif capable de cracher près de 4 000 obus à la minute qui a fait la légende de l’A-10 Thunderbolt II auprès des fantassins. Derrière l’acronyme, une intention limpide : empêcher l’US Air Force d’enterrer le Warthog avant qu’un remplaçant certifié ne prenne sa relève.

Enregistré sous la référence H.R. 9780 et renvoyé à la commission des Forces armées, le texte reste inhabituel dans sa forme. Son sigle complet, Bolstering Recognition, Resurgence, Retention, and Remembrance of the Thunderbolt, a été taillé pour retomber sur le fameux « BRRRRT ». Mais son objet est technique et contraignant. Il obligerait l’armée de l’air américaine à conserver une flotte d’A-10 opérationnelle jusqu’à l’exercice budgétaire 2033, et à cesser de démanteler l’infrastructure nécessaire à son maintien en condition.

Le texte est porté conjointement par un démocrate, Don Davis, de Caroline du Nord. Les deux hommes siègent à la sous-commission qui écrit la politique de structure des forces de chasse, Davis y occupant le poste de vice-chef de file de l’opposition. Quatre républicains figurent parmi les premiers cosignataires, dont des élus de Géorgie et du Missouri, États où sont stationnées les deux dernières bases d’A-10.

Un plancher relevé à 126 appareils

Le cÅ“ur de la manÅ“uvre tient dans un chiffre. Selon les détails du texte obtenus par Military Times, le BRRRRT Act imposerait à l’US Air Force de maintenir au moins 126 A-10 en service[3]. C’est nettement plus que le plancher de 103 appareils déjà fixé par le Congrès, et bien au-delà des intentions réelles de l’armée de l’air.

Le contraste est parlant. L’US Air Force avait ouvert l’exercice 2026 avec 162 Warthog et voulait tous les retirer. Le Congrès a refusé, imposant ce seuil de 103 appareils dont 93 devaient rester désignés comme avions de mission prioritaire jusqu’en septembre 2026[1]. Puis, après l’engagement massif de l’A-10 contre l’Iran lors de l’opération Epic Fury, notamment pour la récupération d’un équipage de F-15E abattu, le service a annoncé conserver des escadrons à Moody, en Géorgie, et Whiteman, dans le Missouri, jusqu’en 2029 et 2030, soit une cinquantaine d’avions répartis sur trois escadrons.

Atteindre 126 appareils supposerait donc d’arrêter des retraits déjà programmés et de remorquer des avions hors du cimetière de Davis-Monthan, en Arizona, pour les remettre en ligne de vol[3]. On mesure ici l’ampleur du bras de fer : le Congrès ne demande pas seulement de freiner, il demande de faire machine arrière.

Rallumer une filière qu’on éteignait

Close-up of a wind turbine section with a ladder attached, showcasing industrial design.
Close-up of a wind turbine section with a ladder attached, showcasing industrial design. — Photo : Martijn Stoof / Pexels

Le maintien de deux escadrons annoncé au printemps 2026, à la demande du président Donald Trump et du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, n’a pas suffi aux parlementaires[4]. Car garder des avions en vol ne signifie rien si l’on continue de couper les branches qui les nourrissent. L’US Air Force avait déjà fermé la maintenance de dépôt de l’A-10 à Hill, dans l’Utah, et diplômé ses derniers pilotes sur le type.

Le texte s’attaque précisément à ce démantèlement. Dans les 90 jours suivant sa promulgation, le secrétaire à l’Air Force devrait présenter un plan détaillant comment rétablir la maintenance de dépôt, la formation des pilotes, les activités de soutien et les essais en vol, autant de programmes taillés en pièces en prévision du retrait. C’est toute une chaîne logistique et humaine qu’il faudrait ressusciter.

« Le BRRRRT Act garantit que nous ne retirerons pas un système d’arme éprouvé avant qu’un remplaçant certifié n’existe », a déclaré Hamadeh dans un communiqué du 21 juillet. « Il s’agit de bon sens, de sécurité nationale, et de tenir parole envers les hommes et les femmes qui comptent sur l’A-10 au combat. »

Une définition qui vise le F-35

Le point le plus offensif du texte est ailleurs. Avant tout nouveau retrait, le secrétaire à la Guerre devrait certifier qu’un appareil de remplacement a pleinement repris la mission de l’A-10. Cette certification devrait de surcroît être approuvée par écrit par le secrétaire de l’Army, le commandant du corps des Marines et le commandant du Commandement des opérations spéciales américaines. Autant de verrous qui rendent la sortie de flotte quasi impossible sans consensus interarmées.

Surtout, la loi pose une condition sur ce que peut être un remplaçant légitime : il ne qualifierait que si l’appui aérien rapproché constitue sa mission principale. Cette formulation coupe court aux plans antérieurs qui prévoyaient de répartir la mission de l’A-10 entre des appareils multirôles comme le F-35A Lightning II et le F-15E Strike Eagle. Un chasseur furtif à tout faire ne coche pas la case : sa raison d’être n’est pas de tourner à basse altitude au-dessus des troupes au sol.

Vieux de plus d’un demi-siècle dans sa conception, entré en service dans les années 1970, l’A-10 a pourtant continué d’évoluer. Communications améliorées, avionique remise à niveau, armes de précision, et jusqu’à la nacelle de guerre électronique Angry Kitten destinée à détecter et brouiller les menaces radar[4]. Le débat qui divise aujourd’hui le Congrès américain n’est donc pas nostalgique : il touche une question que connaissent bien les états-majors européens, celle de savoir si un appareil spécialisé, robuste et bon marché à l’usage garde sa place face à la logique du tout-multirôle. La réponse américaine, cette fois, s’écrit à 126 exemplaires.

Marc Delaunay
Marc Delaunay
Marc Delaunay. Spécialiste aéronautique & spatial Marc écrit sur l'aéronautique et le spatial. Cadences d'Airbus, moteurs de Safran, lanceurs d'ArianeGroup, missions du CNES : il raconte une filière de pointe par ses programmes et ses chiffres, avec le souci de rendre le technique lisible.

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