La loi Rixain a tenu ses promesses sur les comités exécutifs. Elle n’a pas effacé le plafond de verre qui bloque l’accès à la direction générale.
Les chiffres du baromètre annuel de l’IFA et d’Ethics & Boards, publié le 19 février 2026, dressent un tableau en deux temps. La féminisation des instances dirigeantes progresse : elle atteint désormais 31% au sein du CAC 40 et 30% au sein du SBF 120. Un niveau qui place la France dans le peloton de tête européen, aux côtés de la Norvège, de la Finlande et du Royaume-Uni, seuls pays à franchir le seuil de 30%.
Mais les chiffres s’arrêtent là . Au sommet réel des entreprises, là où se signent les grandes décisions, les femmes ne représentent que 10% des dirigeants du CAC 40 et du SBF 120. Un taux qui n’est pas une exception française : hormis la Norvège et ses 16%, aucun pays étudié par le baromètre ne dépasse ce niveau.
La loi Rixain : un pari quasiment gagné sur les comex
Votée le 24 décembre 2021, la loi portée par la députée Renaissance de l’Essonne Marie-Pierre Rixain imposait aux entreprises de plus de 1 000 salariés d’afficher un taux de féminisation d’au moins 30% dans leurs cadres dirigeants et instances dirigeantes à partir du 1er mars 2026. Résultat : l’objectif est quasiment atteint au sein du CAC 40.
«Il n’y a plus beaucoup de mauvais élèves», se félicite Marie-Pierre Rixain. Elle va plus loin : «il me semble évident que le taux de 40% fixé pour le 1er mars 2029 est atteignable.» L’hétérogénéité reste réelle, pourtant. Certaines entreprises du CAC 40 affichent déjà 40% de féminisation, devançant l’échéance de trois ans. D’autres n’atteignent toujours pas 30% et s’exposent désormais aux sanctions prévues par la loi.
La progression tient en grande partie à la contrainte légale. «Sans loi, la féminisation des instances de gouvernance n’évoluerait pas», résume la tribune publiée par La Tribune.
| Indicateur | CAC 40 | SBF 120 |
|---|---|---|
| Taux de féminisation des comex/codir | 31% | 30% |
| Part des femmes dirigeantes | 10% | 10% |
| Part des femmes présidentes de conseil | 5% | 13,3% |
Source : Le Figaro / Challenges, baromètre IFA-Ethics & Boards, février 2026
Le vrai plafond : les postes opérationnels
Le gouffre entre 31% dans les comex et 10% à la tête des entreprises n’est pas un hasard. Il s’explique par une répartition profondément asymétrique des responsabilités au sein même de ces instances.[1]
Parmi les membres de comex ou codir, 60% des hommes pilotent une activité opérationnelle. Chez les femmes, ce chiffre tombe à 30%. Or les postes opérationnels constituent la rampe de lancement traditionnelle vers la direction générale : finance, production, direction commerciale d’une grande division. Sans ces expériences, le parcours vers le sommet reste barré de fait, même quand la présence en comex est assurée.
«L’accès aux postes de direction générale reste lui aussi restreint», confirme Floriane de Saint Pierre, fondatrice d’Ethics & Boards. Les femmes entrent dans les comex, mais pas encore par la porte qui mène au bureau du PDG.[2]
Pourquoi le plafond de verre résiste malgré les quotas
Présidences de conseil : les femmes quasi absentes au CAC 40
Le tableau est encore plus net au niveau des conseils d’administration. Les femmes ne représentent que 5% des présidentes de conseil au sein du CAC 40. Dans le SBF 120, le taux monte à 13,3%, mais reste très en deçà de la représentation dans les comex.
La différence entre les deux indices mérite qu’on s’y arrête : elle signale que les grands groupes du CAC 40, les plus scrutés, les plus sous pression des investisseurs institutionnels, sont paradoxalement les plus en retard sur ce point précis. Les entreprises de taille légèrement inférieure du SBF 120 font mieux sur la gouvernance au niveau du conseil.
Mixité et performance : ce que dit l’Observatoire Skema
L’argument de la performance économique s’impose de plus en plus dans le débat. Michel Ferrary, professeur de management à l’université de Genève et chercheur affilié à Skema Business School, a publié en janvier 2026 l’édition annuelle de l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises.[3] Ses conclusions sont sans ambiguïté : «La mixité du middle management est fortement corrélée à la rentabilité, à la performance boursière, à la responsabilité sociétale et environnementale, et à un risque financier plus faible.»
Sur la rentabilité opérationnelle de l’année 2024, les dix entreprises dont le comex est le plus féminisé affichent les meilleurs résultats de son panel. Le lien de causalité reste difficile à établir avec certitude, mais la corrélation est suffisamment robuste pour peser dans les décisions de gouvernance.
La prochaine échéance est fixée au 1er mars 2029 : les entreprises visées par la loi Rixain devront alors atteindre 40% de femmes dans leurs instances dirigeantes. Le cap des comex sera probablement franchi. Celui des directions générales, beaucoup moins.
Féminisation CAC 40 en 2026 : les chiffres à retenir
- La loi Rixain impose 30% de femmes dans les comex des entreprises de plus de 1 000 salariés depuis le 1er mars 2026.
- Les femmes représentent 31% des membres de comex dans le CAC 40, mais seulement 10% des dirigeants.
- Seulement 5% des présidentes de conseil siègent au CAC 40, contre 13,3% dans le SBF 120.
- 60% des hommes en comex occupent un poste opérationnel, contre 30% des femmes.
- Le prochain quota légal est fixé à 40% pour le 1er mars 2029.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
