La neuvième édition de Choose France, tenue le 1er juin 2026 au château de Versailles, affiche 93 milliards d’euros d’investissements étrangers annoncés. Un record sur le papier, qui dépasse à lui seul les huit éditions précédentes cumulées.
Emmanuel Macron l’a lui-même qualifié de « record » : 71 projets, 93 milliards d’euros, 15 600 emplois promis selon l’Élysée. Les huit premières éditions réunies totalisaient 87 milliards. L’addition est spectaculaire. Elle repose pour moitié sur un seul acteur.
SoftBank, Brookfield, MGX : les data centers avalent la mise
Le Japonais SoftBank pèse à lui seul 45 milliards d’euros du total, engagés d’ici 2031 pour un complexe de data centers dans les Hauts-de-France, en partenariat avec Schneider Electric. L’engagement grimpe à 75 milliards à terme. Le Canadien Brookfield Asset Management ajoute 10 milliards de dollars pour un data center d’un gigawatt dans le Nord. Le fonds émirati MGX et Bpifrance ont annoncé un deuxième site à 7,5 milliards d’euros, et Salesforce 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) [4].
Ce qui attire ces capitaux, c’est l’électricité française : décarbonée, structurellement excédentaire, elle répond directement à la consommation énergétique croissante des centres de calcul. L’IA capte la grande majorité des flux annoncés cette année.
Ce que Neomat illustre sur le délai entre promesse et béton
Un exemple concret venu de l’édition 2023 éclaire le fossé entre annonce et réalité. La première pierre de l’usine Neomat a été posée le 29 mai 2026, soit trois ans après l’annonce faite lors du Choose France 2023. Ce site, détenu à 51 % par le Chinois XTC New Energy et à 49 % par le Français Orano, mobilise un demi-milliard d’euros pour produire des matériaux actifs de cathode destinés aux batteries de véhicules électriques [1].
Trois ans entre l’engagement et la première pelletée : c’est le rythme réel de concrétisation sur les projets industriels lourds. Les data centers, dont la construction est plus standardisée, peuvent aller plus vite, mais les montants annoncés cette année s’étalent pour la plupart jusqu’en 2031.
93 milliards en une édition, un chiffre à lire avec ses conditions
La concentration des annonces sur quelques méga-projets change la nature de l’exercice. Les 45 milliards de SoftBank représentent 48 % du total affiché. Retirer cet unique investissement ramènerait le bilan 2026 à 48 milliards, soit un niveau comparable aux éditions précédentes.
Les 15 600 emplois promis, rapportés aux 93 milliards engagés, traduisent par ailleurs la nature capitalistique des projets retenus : des infrastructures numériques et énergétiques à forte intensité de capital, peu créatrices de postes à court terme. L’industrie pharmaceutique ou agroalimentaire, présente dans les éditions passées, pèse moins dans ce cru dominé par la tech et l’énergie [5].
La prochaine édition ne sera pas portée par Emmanuel Macron : Choose France 2026 est son dernier sommet sous ce format avant la fin de son mandat.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
