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Dans le Cap Corse, l’usine d’amiante de Canari disparaît après 60 ans : une fresque de 70 mètres et 5 000 tonnes de gravats toxiques

Date:

L’usine d’amiante de Canari, fermée depuis 1965, a définitivement quitté le paysage corse en juin 2026 après huit mois de démolition. Une fresque de 70 mètres rend hommage aux ouvriers disparus.

Le bâtiment à flanc de falaise, visible depuis la route en corniche du Cap Corse, risquait l’effondrement. Les derniers pans de façade sont tombés ce printemps. Soixante ans après la fermeture du principal gisement d’amiante français, l’usine de Canari sort du paysage mais pas des mémoires. Le chantier, lancé à l’automne 2025, s’est achevé en juin 2026. À sa place : une fresque géante en noir et blanc, inaugurée le 16 juin, qui porte les visages des hommes qui ont travaillé dans « l’enfer blanc ».

Mimì Santini, 85 ans, ancien ouvrier de l’usine, se souvient : « La poussière, on la mangeait. Moi, j’ai l’asbestose, j’ai des plaques pleurales. Je me demande comment je suis encore vivant. Tous mes amis, tous ceux qui travaillaient avec moi, ils ont tous disparu. L’un après l’autre. Il n’y en a plus. L’usine, c’était nous, on a tout pris. » Il ramène chez lui, malgré lui, la fibre toxique pendant des années, comme la plupart de ses collègues. Beaucoup sont morts de maladies respiratoires.

En chiffres
1965
Fermeture de l'usine
Après 16 ans d'exploitation intensive
300
Employés à la fermeture
Principal gisement français
5 000 t
Gravats amiantés produits
Stockés sur place, sous surveillance
70 m
Longueur de la fresque
Inaugurée le 16 juin 2026

5 000 tonnes de gravats amiantés stockés sur place

Le chantier de démolition a produit 5 000 tonnes de gravats contenant de l’amiante[3]. Les déchets ont été stockés sur site puis recouverts d’une couche de protection pour éviter toute dispersion des fibres. L’opération, pilotée par l’État et financée en partie par l’ADEME de Corse, visait à sécuriser le secteur : la structure menaçait de s’effondrer sur la route territoriale 80 qui longe la côte.

L’usine avait été exploitée à plein régime de 1949 à 1965 par une filiale d’Eternit. À sa fermeture, elle employait 300 personnes[2]. Le site combinait mine à ciel ouvert et usine de traitement : les roches extraites en hauteur descendaient vers les ateliers de broyage et de tri, situés le long de la corniche. Les stériles, les résidus non exploitables, étaient rejetés à la mer via deux plans inclinés appelés « sauterelles ». Le paysage en garde la cicatrice.

Une fresque de 70 mètres face à la mer

Le 16 juin 2026, l’association Popularte a inauguré une fresque de 70 mètres de long sur le site de l’ancienne usine[4]. Le projet artistique, financé par l’ADEME, présente les visages en noir et blanc des ouvriers qui ont extrait et transformé l’amiante pendant des décennies. Fabien Flori, président de l’association, précise l’intention : « C’est quelque chose qui ne va pas impacter le paysage. Cela permet de montrer au plus grand nombre, en particulier aux plus jeunes, un témoignage de ce qu’a été cet endroit il n’y a pas si longtemps, il y a 60 ans. C’est un endroit qui doit inspirer le respect, et surtout nous guider pour éviter qu’on fasse, à l’avenir, des choses qui soient trop impactantes pour le paysage, mais aussi pour la santé des gens qui vivent sur ces territoires. »

Les habitants se partagent entre regret et soulagement. Une riveraine regrette la perte d’un patrimoine industriel : « C’est dommage d’avoir détruit cette usine qui était une mémoire industrielle, ce qu’a fait vivre tout le canton, donc je trouve ça dommage, parce que dans 30 ou 40 ans, ils auront tous oublié. » D’autres voient dans la fresque un relais mémoriel suffisant. Un commentateur sur les réseaux sociaux rappelle : « Mon grand-père était mineur à Canari et est mort de l’asbestose. La dame a raison de dire que l’usine était une mémoire industrielle, mais il fallait cependant la détruire car le risque d’effondrement sur la route était réel et a justifié les travaux. »

Pourquoi l'usine de Canari reste dans les mémoires

Risque sanitaire persistant
Bien que l'usine soit démolie, 5 000 tonnes de gravats amiantés restent stockés sur place, nécessitant une surveillance continue pour éviter toute dispersion de fibres toxiques dans l'environnement.
Mémoire des victimes
La plupart des 300 ouvriers qui ont travaillé dans l'usine entre 1949 et 1965 sont décédés de maladies respiratoires. La fresque de 70 mètres préserve leur souvenir pour les générations futures.
Sécurisation du site
La démolition visait à prévenir l'effondrement de la structure sur la route territoriale 80, axe majeur du Cap Corse, assurant la sécurité des usagers et des riverains.
Patrimoine industriel effacé
Le bâtiment de l'usine, témoin d'une exploitation intensive de 1949 à 1965, disparaît du paysage corse. Certains habitants regrettent la perte d'un repère historique du Cap Corse.
Vigilance pour l'avenir
Le projet de fresque porte une mission de prévention : rappeler les conséquences sanitaires et environnementales de l'exploitation industrielle pour éviter de reproduire de telles erreurs.

Découvert en 1898, fermé en 1965

Le gisement d’amiante de Canari a été découvert en 1898. L’exploitation industrielle commence au milieu du XXᵉ siècle. Entre 1949 et 1965, l’usine tourne à plein régime sous la houlette d’une filiale française du groupe Eternit, spécialisé dans les matériaux de construction contenant de l’amiante. Le site est à la fois carrière et usine : les roches fibrées passent par des phases de broyage, de séchage dans un silo au toit incurvé (disparu depuis), puis de tri des fibres dans l’atelier principal. L’amiante ensachée part ensuite vers le continent.

Le Cap Corse a connu l’une des plus fortes concentrations de travailleurs exposés à l’amiante en France. Les protections individuelles étaient inexistantes ou insuffisantes. La plupart des ouvriers ont développé des maladies respiratoires graves : asbestose, plaques pleurales, cancers. Beaucoup sont morts prématurément. La fermeture de l’usine en 1965 marque la fin d’une exploitation intense, mais pas celle des conséquences sanitaires.

Inauguration officielle fin juin

La fresque a été présentée au public et aux habitants le 16 juin 2026. L’inauguration officielle en présence de la préfète de Haute-Corse était prévue le 30 juin. Le projet artistique transforme un lieu de contamination en espace de mémoire. Les visages des ouvriers, immortalisés sur 70 mètres, regardent la Méditerranée. L’ADEME finance l’opération dans le cadre de sa politique de préservation des mémoires industrielles et de prévention des risques sanitaires et environnementaux.

Le site reste sous surveillance. Les gravats amiantés stockés nécessitent un suivi à long terme pour éviter toute dispersion. La route territoriale 80, désormais sécurisée, continue de longer le littoral corse. La fresque s’impose comme un nouveau repère visuel, moins spectaculaire que la silhouette industrielle disparue, mais porteur d’une autre charge : celle du souvenir et de la vigilance.

Chronologie de l’usine d’amiante de Canari
Année Événement
1898 Découverte du gisement d’amiante
1949 Début de l’exploitation à plein régime (filiale Eternit)
1965 Fermeture de l’usine (300 employés)
Automne 2025 Lancement du chantier de démolition
Juin 2026 Fin des travaux, 5 000 tonnes de gravats amiantés stockés
16 juin 2026 Inauguration de la fresque de 70 mètres

Source : ICI, Wikipédia

Démolition de l'usine d'amiante de Canari : les faits

  • L'usine d'amiante de Canari a été démolie entre l'automne 2025 et juin 2026, produisant 5 000 tonnes de gravats toxiques stockés sur place.
  • Une fresque de 70 mètres en hommage aux ouvriers a été inaugurée le 16 juin 2026, financée par l'ADEME de Corse.
  • L'usine, exploitée de 1949 à 1965 par une filiale d'Eternit, employait 300 personnes à sa fermeture.
  • Mimì Santini, 85 ans, ancien ouvrier, souffre d'asbestose : « Tous mes amis qui travaillaient avec moi ont disparu. »
  • Le bâtiment risquait l'effondrement sur la route territoriale 80, justifiant la démolition.
  • Le gisement, découvert en 1898, fut le principal site d'extraction d'amiante en France.
Julien Mercier
Julien Mercier
Julien Mercier suit la tech française depuis une quinzaine d'années, des premières levées de la French Tech aux modèles de Mistral. Il s'intéresse autant aux startups qu'aux enjeux de souveraineté numérique : cloud, semi-conducteurs, cybersécurité. Sa ligne, expliquer ce qu'une annonce change vraiment, sans jargon ni esbroufe.

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