Gérald Darmanin annonce la construction d’un troisième quartier de haute sécurité au cÅ“ur de la jungle guyanaise, à Saint-Laurent-du-Maroni. Ouverture prévue en 2028.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin l’a confirmé mi-mai 2025 : un troisième quartier de haute sécurité sortira de terre d’ici 2028 dans la prison de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane. Soixante places pour les profils les plus dangereux du narcotrafic, quinze autres réservées aux condamnés pour terrorisme jihadiste. L’établissement pénitentiaire complet comptera 500 places et s’implantera sur plusieurs dizaines d’hectares en bordure de la RN1, qui relie la ville à Cayenne. Un permis de construire est en cours de signature pour un coût estimé à 400 millions d’euros.
Saint-Laurent-du-Maroni n’a pas été choisie au hasard. Deuxième ville de Guyane, elle fut entre 1850 et 1938 la porte d’entrée du bagne colonial, où débarquaient les forçats métropolitains. Aujourd’hui, elle concentre une part importante du trafic de cocaïne qui irrigue la métropole. Selon les autorités, au moins 20 % de la cocaïne consommée en France hexagonale transite par la Guyane. Chaque jour, des dizaines de « mules » embarquent dans les vols Cayenne-métropole, bagages ou estomac remplis de drogue sud-américaine. Les services estiment qu’une trentaine parviennent à passer sur chacun des vols quotidiens.
Un régime carcéral durci pour couper les réseaux
L’objectif affiché par Gérald Darmanin est double : isoler les têtes de réseau et les empêcher de poursuivre leur activité depuis leur cellule. « Frapper la criminalité organisée à tous les niveaux. Ici, au début du chemin de la drogue. En métropole, en neutralisant les têtes de réseau. Et jusqu’aux consommateurs. Cette prison sera un verrou dans la guerre contre le narcotrafic », a déclaré le ministre au Journal du Dimanche. Le régime sera « extrêmement strict » : fouilles permanentes, aucun contact avec l’extérieur, surveillance renforcée.
Le garde des Sceaux avait déjà annoncé en mars 2025 la création de deux premiers quartiers de lutte contre la criminalité organisée, à Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais et à Condé-sur-Sarthe dans l’Orne. Le premier est entré en fonction durant l’été 2025, le second devait ouvrir à l’automne de la même année. Trois autres quartiers similaires sont programmés dans les prisons de Valence, Aix-en-Provence et Réau en Seine-et-Marne, pour une ouverture prévue fin 2026 ou début 2027[3]. Au total, environ 700 personnes sont considérées par l’administration pénitentiaire comme « très dangereuses ».
Un projet ancré dans les accords de Guyane 2017
La prison de Saint-Laurent-du-Maroni s’inscrit dans le cadre du plan d’urgence signé en avril 2017 à la suite des accords de Guyane. Ce plan prévoyait la construction d’une cité judiciaire regroupant un tribunal judiciaire, un service pénitentiaire d’insertion et de probation ainsi que des locaux de la protection judiciaire de la jeunesse. Le centre pénitentiaire vise à répondre à la surpopulation chronique de l’établissement de Rémire-Montjoly, près de Cayenne, où le taux d’occupation dépasse régulièrement les capacités d’accueil.
La Guyane est devenue en quelques années un hub majeur du narcotrafic. Plaque tournante entre l’Amérique du Sud et l’Europe, le territoire connaît une pauvreté extrême qui touche plus de la moitié de sa population. Les réseaux exploitent cette précarité pour recruter une main-d’Å“uvre abondante, souvent clandestine, venue des pays voisins. Les autorités parlent d’un « narco-département », où la violence liée au trafic s’enracine dans le tissu social.
Pourquoi cette prison dans la jungle divise
Un retour du bagne ? La polémique enfle
L’annonce a provoqué la colère d’élus locaux, qui dénoncent un « retour du bagne ». Saint-Laurent-du-Maroni porte en effet la mémoire de la relégation pénale coloniale : pendant près d’un siècle, des milliers de forçats y furent déportés dans des conditions souvent mortelles. Pour certains, implanter aujourd’hui une prison de haute sécurité dans cette même ville revient à réactiver un imaginaire de bannissement lointain et de brutalité assumée[2].
Des chercheurs y voient une stratégie de « délocalisation géographique de la peine », qui rappelle d’autres expériences européennes récentes. Le Danemark a signé un accord avec le Kosovo pour y transférer 300 détenus étrangers en attente d’expulsion. La Norvège a loué des places de prison aux Pays-Bas. Aux États-Unis, Donald Trump a évoqué la réouverture d’Alcatraz. En France, Laurent Wauquiez a proposé un centre de rétention à Saint-Pierre-et-Miquelon. Dans tous les cas, la logique est la même : éloigner géographiquement, tout en conservant la souveraineté juridique.
Les premières images en trois dimensions du site
Des plans en 3D de la future prison ont été diffusés sur TF1 mi-mai 2025. Ils montrent un bâtiment coupé du monde, entouré de jungle, dans un environnement humide et chaud. Les quartiers de haute sécurité accueilleront des narcotrafiquants, des détenus radicalisés, des fichés S et des condamnés pour terrorisme. Une partie des détenus viendra des Antilles et de Guyane, une autre sera transférée depuis la métropole, à 7 000 kilomètres de là [5].
Le ministre de la Justice a indiqué vouloir isoler « d’ici l’été » (été 2025) les cent plus gros narcotrafiquants du pays, afin de briser leurs capacités de commandement à distance. Le quartier guyanais viendra compléter ce dispositif en 2028, en offrant une capacité d’isolement supplémentaire pour les profils considérés comme les plus réfractaires ou dangereux. L’administration pénitentiaire promet un régime de détention parmi les plus stricts jamais appliqués en France : surveillance continue, absence de communication avec l’extérieur, pas de possibilité de trafic interne.
Reste à savoir si cette prison pourra effectivement casser les réseaux ou si elle deviendra, comme le craignent certains observateurs, un symbole de relégation pénale loin des regards, dans une région déjà fragilisée par la violence et l’abandon. Les travaux doivent commencer prochainement. La livraison est attendue pour 2028.
Prison haute sécurité en Guyane : les chiffres clés
- Un quartier de haute sécurité de 60 places ouvrira en 2028 à Saint-Laurent-du-Maroni, en pleine jungle guyanaise
- 400 millions d'euros de coût estimé pour un centre pénitentiaire de 500 places, dont 15 réservées aux jihadistes
- Saint-Laurent-du-Maroni fut entre 1850 et 1938 la porte d'entrée du bagne colonial français
- Au moins 20 % de la cocaïne consommée en métropole transite par la Guyane
- Trois autres quartiers haute sécurité prévus à Valence, Aix-en-Provence et Réau d'ici fin 2026-début 2027
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
