La start-up toulousaine Donecle a levé 10 millions d’euros pour industrialiser l’inspection d’avions par drones autonomes et accélérer son déploiement à l’international.
Six heures minimum, parfois jusqu’à seize, des nacelles à déplacer tout autour de l’appareil, deux ou trois techniciens mobilisés : l’inspection visuelle d’un avion est l’une des opérations les plus contraignantes de la maintenance aéronautique. Donecle a réduit ce délai à deux heures, avec un drone de 4 kg. Fondée en 2015 à Toulouse, la start-up vient d’annoncer une levée de fonds de 10 millions d’euros pour changer d’échelle.
Le principe est simple dans son exécution, beaucoup moins dans son ingénierie. Un quadricoptère développé en interne effectue un vol entièrement automatique autour de l’avion, capturant des milliers de photos en haute définition. Les images sont ensuite analysées par des algorithmes capables de détecter rayures, enfoncements, traces d’érosion, décollements de peinture ou impacts de foudre. Un rapport est généré via le logiciel maison Iris Report. Aucun échafaudage, aucune ligne de vie, pas d’équipement lourd à déployer.
80 % de la flotte mondiale dans le viseur d’ici fin 2026
Ce qui distingue Donecle de ses concurrents tient à deux certifications rares : Airbus et Boeing ont toutes deux homologué sa solution. Donecle est à ce jour le seul opérateur de drones à cumuler cette double reconnaissance, ce qui lui ouvre la porte à 80 % de la flotte commerciale mondiale, selon les données communiquées par l’entreprise. [4]
Quinze clients dans quinze pays utilisent déjà la solution, sous forme d’abonnement avec location de drones. Parmi eux : United Airlines, Lufthansa, Latam, DHL. Le secteur militaire est également présent dans le portefeuille : la Royal Air Force, l’armée de l’air et de l’espace française et la Marine nationale figurent parmi les utilisateurs référencés. [5]
| Année | Événement | Montant / Indicateur |
|---|---|---|
| 2015 | Fondation à Toulouse | — |
| 2019 | Solution opérationnelle (avions monocouloirs) | — |
| 2023 | Levée de fonds | 5,6 M€ |
| 2026 | Nouvelle levée de fonds | 10 M€ |
| 2026 | Clients actifs, 15 pays | 15 clients |
Source : La Dépêche du Midi, La Tribune
Un gain de temps qui se chiffre en heures de disponibilité avion
L’enjeu n’est pas seulement la sécurité ou la précision du contrôle. C’est l’immobilisation de l’appareil. Un avion au sol ne génère pas de revenus. Passer d’une inspection de seize heures à deux heures, c’est diviser par huit le temps d’indisponibilité de l’appareil pour cette opération seule.
Au-delà du rapport d’inspection immédiat, Donecle développe des services de maintenance prédictive : les données collectées vol après vol alimentent des systèmes qui permettent d’anticiper les réparations à venir, de les planifier et donc de réduire encore les délais d’immobilisation. Les informations sont directement intégrées aux systèmes de maintenance des compagnies.
“Un inspecteur travaille en général par équipe de deux à trois personnes et l’opération peut durer six à douze heures”, rappelait Matthieu Claybrough, cofondateur et directeur général de Donecle. [1] La technologie ne supprime pas les techniciens : elle libère leur temps pour des opérations à plus forte valeur ajoutée.
Pourquoi l'inspection par drones redistribue les cartes
10 millions d’euros pour accélérer, y compris par acquisition
Cette troisième levée de fonds significative doit financer l’accélération à l’international et la montée en puissance des services digitaux. [3] L’entreprise prévoit également une croissance externe : selon La Dépêche du Midi, un rachat d’entreprise dans le secteur pourrait être bouclé d’ici fin 2026. Dix nouveaux emplois seront créés à Toulouse dans la foulée.
La précédente levée, bouclée en 2023 à hauteur de 5,6 millions d’euros, avait été réalisée avec le soutien du fabricant de peintures aéronautiques AkzoNobel. [2] Cette fois, le tour de table atteint le double, signe que le modèle commercial par abonnement commence à convaincre les investisseurs autant que les compagnies.
Un modèle qui intéresse aussi la défense
La présence de clients militaires dans le portefeuille de Donecle n’est pas anecdotique. L’inspection régulière des flottes militaires, soumise à des contraintes opérationnelles encore plus strictes que dans le civil, représente un marché distinct, moins visible mais potentiellement très stable. La Marine nationale, l’armée de l’air et de l’espace et la Royal Air Force britannique ont toutes trois déjà adopté la solution toulousaine.
Pour les industriels de la filière, la trajectoire de Donecle illustre comment une brique technologique précise, adossée à des certifications solides et déployée sur un modèle récurrent, peut prendre pied sur un marché mondial depuis Toulouse, sans attendre l’émergence d’un grand programme national. La couverture de 80 % de la flotte mondiale visée pour la fin de l’année donne la mesure de ce que la start-up a construit en dix ans.
Donecle inspection drones : les chiffres clés
- Fondée en 2015 à Toulouse, Donecle est le seul opérateur certifié à la fois par Airbus et Boeing.
- Ses drones de 4 kg ramènent une inspection de 16 heures à 2 heures.
- 15 clients dans 15 pays, dont Lufthansa, United Airlines et plusieurs armées occidentales.
- La levée de 10 millions d'euros en 2026 doit financer l'international et une acquisition avant fin 2026.
- La maintenance prédictive intègre les données directement aux systèmes de maintenance des compagnies.
Sources
5 sources · 5 faits sourcés
