La Concacaf, qui regroupe 41 fédérations de football nord et centre-américaines, refuse formellement le projet FIFA Forward Enterprise. Procédure bâclée, délai imposé, gouvernance ignorée : le rejet est total.
Jeudi 30 juillet, les 41 membres de la Concacaf ont enterré le plan de Gianni Infantino. Le président de la Fifa veut créer une filiale commerciale ouverte à des investisseurs privés, dont Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump, prendrait les rênes. La Confédération d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes claque la porte. Elle rejoint l’UEFA, qui a menacé dans la foulée de boycotter les prochaines Coupes du monde. L’instance présidée par Victor Montagliani ne parle pas de boycott, mais son rejet est sans appel.
Le communiqué de la Concacaf soulève trois griefs majeurs. Aucune procédure régulière n’a été suivie. Le délai laissé aux membres pour se prononcer était « artificiellement court ». Aucun organe de gouvernance compétent de la Fifa n’a examiné ni approuvé ce projet avant son annonce publique. La Concacaf a découvert l’affaire par la presse, puis par un communiqué de la Fifa, sans aucune consultation préalable. Les fédérations membres, dont celles des États-Unis, du Mexique et du Canada, coorganisateurs de la Coupe du monde qui vient de s’achever —, n’ont eu droit à aucun débat interne.
Un projet présenté mardi, rejeté jeudi
Mardi, la Fifa a dévoilé FIFA Forward Enterprise, nouvelle filiale chargée de regrouper ses activités commerciales et événementielles[1]. Le projet prévoit la cession de parts à un groupe d’investisseurs privés. Selon le Times, cette entité serait évaluée à 20 milliards de dollars et superviserait notamment la Coupe du monde et la nouvelle Coupe du monde des clubs. Joshua Kushner, figure du capital-investissement américain, dirigerait le consortium d’investisseurs.
La présentation publique a provoqué un tollé immédiat. L’UEFA a réuni ses 55 membres et voté « à l’unanimité » une menace de boycott des Coupes du monde. La Confédération asiatique de football (AFC) a publié un communiqué similaire à celui de la Concacaf : « L’AFC n’a pas été consultée sur ce projet et regrette qu’un sujet d’une telle importance ait été rendu public avant que la famille de l’AFC n’ait eu l’occasion de l’examiner et d’en débattre par les voies de gouvernance prévues. » Les instances continentales dénoncent un passage en force.
La Concacaf remet en cause la nécessité du projet

Le communiqué de la Concacaf va plus loin que la simple dénonciation de forme[2]. Il interroge la justification même du recours au capital-investissement. La Fifa sort de la Coupe du monde la plus rentable de son histoire. Pourquoi faudrait-il alors faire appel à des fonds privés pour financer les programmes FIFA Forward, le dispositif d’aide au développement du football mondial ? La Concacaf estime que la question financière n’a pas été posée ni justifiée. Le programme Forward existe depuis 2016, il finance les infrastructures et la formation dans les fédérations. Il est aujourd’hui alimenté par les revenus de la Fifa. L’injection de capitaux privés dans une nouvelle entité commerciale change la nature du financement et soulève la question de l’indépendance de l’instance mondiale.
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« L’avenir du football (et son plus grand atout) doit rester entre les mains de la famille du football », écrit la Concacaf. Cette formule reprend mot pour mot l’argumentaire de l’UEFA, qui défend le modèle associatif et refuse toute privatisation du système compétitif mondial. Les opposants au projet d’Infantino craignent que l’arrivée de fonds privés ne transforme la Fifa en entité cotée, pilotée par des impératifs de rentabilité à court terme.
Pourquoi la gouvernance de la Fifa est contestée
La Concacaf demande le respect des statuts de la Fifa
La Concacaf a chargé ses représentants au Conseil de la Fifa « d’enjoindre au président de la Fifa de veiller à ce que toute question suive les processus de gouvernance appropriés par l’intermédiaire des services et du Conseil de la Fifa, conformément aux statuts de la Fifa »[3]. Cette phrase, technique, revient à exiger qu’Infantino cesse de communiquer publiquement sur un projet qui n’a jamais été examiné par le Conseil, organe décisionnaire de la Fifa composé de 37 membres.
Les statuts de la Fifa prévoient une procédure stricte pour toute modification de structure ou ouverture de capital. Le Conseil doit approuver, puis le Congrès (assemblée générale des 211 fédérations membres) doit voter. Infantino a court-circuité les deux instances. Il a annoncé FIFA Forward Enterprise directement dans la presse, puis proposé un délai de quelques jours aux confédérations pour se prononcer. La Concacaf dénonce une rupture de procédure et réclame un retour à l’ordre statutaire.
L’UEFA menace, la Concacaf n’évoque pas le boycott
L’UEFA a franchi un cap en menaçant de boycotter les Coupes du monde. Cette décision, prise à l’unanimité, signifie que les 55 fédérations européennes pourraient refuser de participer aux prochaines éditions si le projet d’ouverture aux investisseurs privés était maintenu. L’absence des équipes européennes viderait la compétition de sa substance sportive et commerciale.
La Concacaf, elle, ne mentionne pas le boycott dans son communiqué. Mais son rejet formel et sa demande de respect des statuts placent Infantino dans une impasse. Trois confédérations (UEFA, Concacaf, AFC) ont publiquement critiqué le projet. Les confédérations africaine (CAF), sud-américaine (Conmebol) et océanienne (OFC) n’ont pas encore pris position officiellement. Le président de la Fifa ne peut pas lancer FIFA Forward Enterprise sans l’accord du Conseil ni du Congrès. Il doit désormais soit retirer le projet, soit le soumettre aux instances de gouvernance dans les formes prévues.
Joshua Kushner, figure du capital-investissement et frère de Jared Kushner
Le projet de la Fifa place Joshua Kushner en tête du consortium d’investisseurs. Ce financier américain dirige Thrive Capital, fonds de capital-risque qui a investi dans Instagram, Spotify et OpenAI. Il est le frère cadet de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et ancien conseiller à la Maison Blanche. Les liens entre la Fifa, Gianni Infantino et l’administration Trump ont déjà été pointés par la presse américaine et européenne. L’attribution de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Mexique et au Canada, la proximité entre Infantino et Trump lors de la finale disputée en juillet à New York, la création d’une filiale pilotée par un proche de la famille Trump : ces éléments alimentent les critiques sur la gouvernance de la Fifa.
La Concacaf ne nomme pas Joshua Kushner dans son communiqué, mais elle rappelle que le football mondial appartient à « la famille du football », pas à des investisseurs extérieurs. Le débat dépasse la question financière : il porte sur le contrôle de la Coupe du monde, compétition la plus suivie au monde, et sur l’indépendance de la Fifa face aux intérêts privés.
Rejet du plan Fifa : ce qu'il faut retenir
- La Concacaf rejette formellement le projet FIFA Forward Enterprise jeudi 30 juillet 2026
- L'UEFA menace de boycotter les Coupes du monde si le projet est maintenu
- Aucune consultation préalable, aucun examen par le Conseil de la Fifa avant l'annonce publique
- Joshua Kushner, frère du gendre de Trump, dirigerait le consortium d'investisseurs privés
- La Concacaf demande le respect des statuts de la Fifa et des processus de gouvernance
- La Fifa sort de la Coupe du monde la plus rentable de son histoire
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

