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Face aux incendies records, l’A400M largue 20 000 litres sur Lacanau : premier test opérationnel pour l’avion militaire

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Samedi 25 juillet, l’A400M a effectué son premier largage opérationnel au-dessus de Lacanau. L’avion de transport militaire, capable d’emporter 20 000 litres d’eau ou de retardant, vient renforcer les moyens aériens de la Sécurité civile face à des incendies déjà records.

Le géant des airs est entré dans la bataille. Samedi 25 juillet, un A400M a largué pour la première fois en conditions réelles de l’eau sur un feu de forêt, au-dessus de Lacanau, en Gironde. C’est la première utilisation opérationnelle de cet avion de transport militaire dans la lutte contre les incendies. Depuis le début de l’année, 44 000 hectares ont déjà brûlé.

L’appareil peut emporter jusqu’à 20 000 litres d’eau ou de retardant, soit l’équivalent de trois Canadair. Une capacité massive que le gouvernement entend mobiliser pour ralentir la progression des feux dès leur phase initiale. Alice Rufo, ministre déléguée des Armées, explique : « L’A400M vient et nous allons y travailler sous une dizaine de jours en appui pour éviter l’extension puisqu’il s’agit de retardants. Il s’agit au fond d’aller sur des zones qui permettent que le feu n’avance pas. »

Le déploiement de cet avion militaire répond à une double urgence : l’intensification des feux de forêt liée au réchauffement climatique et le vieillissement de la flotte de Canadair[1]. La France mise désormais sur cet appareil polyvalent pour compléter son arsenal aérien.

En chiffres
20 000 L
Capacité de largage de l'A400M
Soit 3 fois un Canadair
44 000
Hectares brûlés depuis janvier 2026
Incendies déjà records
12
Canadair dans la flotte française
6 000 litres chacun
400 m
Longueur de ligne de largage possible
Selon Airbus

Un largage massif en quelques secondes

L’A400M ne remplace pas les Canadair. Il répond à une autre logique. Sa très grande capacité d’emport lui permet de réaliser des largages massifs afin de ralentir la progression d’un feu ou de protéger des zones menacées avant l’arrivée des moyens terrestres. Les autorités envisagent son emploi dans la phase initiale des incendies, lorsque quelques minutes peuvent faire la différence entre un départ de feu et une catastrophe.

Le dispositif repose sur une citerne installée dans la soute cargo de l’appareil. L’eau peut être larguée en vol en ouvrant la trappe de la soute, permettant ainsi de créer « des lignes de forte concentration allant jusqu’à 400 mètres de long », assure Airbus[5]. L’avion sera surtout utilisé « en amont des flammes », en larguant du produit retardant, indique l’armée de l’Air et de l’Espace.

Contrairement aux Canadair, l’A400M ne peut pas écoper directement sur un plan d’eau. La citerne doit être rechargée au sol, sur une piste d’atterrissage ou dans une base militaire. Mais l’opération ne prend qu’une dizaine de minutes, sans compter le vol aller-retour entre l’incendie et la piste choisie. Les A400M peuvent, en théorie, se poser partout où ils peuvent être rechargés : pélicandromes ou tout aéroport civil avec des pompiers.

Un avion né d’une ambition européenne

Exterior view of an Airbus factory building with the company logo prominently displayed.
Exterior view of an Airbus factory building with the company logo prominently displayed. — Photo : Peter Xie / Pexels

L’A400M n’a pas été conçu pour lutter contre les incendies. Il répond à une ambition européenne : disposer d’un avion capable de remplacer les flottes vieillissantes de C-160 Transall et de C-130 Hercules. Né au début des années 2000, le programme visait à doter l’Europe d’un avion de transport indépendant des États-Unis ou de la Russie, seuls constructeurs de tels appareils à l’époque.

Avec ses quatre turbopropulseurs, ses 45 mètres de long, son immense soute et sa capacité d’emporter 37 tonnes, l’appareil se distingue par sa polyvalence. Son aptitude à décoller de pistes sommaires, même sablonneuses, en fait un outil recherché pour les opérations militaires. Son développement a toutefois connu nombre d’embûches : retards, surcoûts, désistements de partenaires. Malgré ces freins, l’avion effectue un premier vol d’essai concluant à Séville en 2009.

En 2013, la France reçoit son premier exemplaire. Il atterrit sur la base de Bricy, près d’Orléans. « L’A400M s’est beaucoup fait désirer depuis son premier vol à Séville en 2009. Il a bien failli ne jamais voir le jour, trop cher et des moteurs que les ingénieurs ont bien eus du mal à régler », rappelait à l’époque un reportage diffusé au journal de 20 heures.

Didier Vernet, développement Airbus Military, expliquait alors : « On a développé un moteur totalement nouveau. La puissance d’un seul moteur (et cet avion est équipé de quatre moteurs) la puissance d’un seul moteur, c’est la même puissance qu’un Transall. Cet avion, il a la même puissance que 4 Transall ! » Doté de moteurs surpuissants, l’avion transporteur peut également être ravitaillé et ravitailler en vol et peut poser sa charge au plus près du front, même dans le sable.

Pourquoi l'A400M change la lutte contre les feux

Feux records en 2026
44 000 hectares ont déjà brûlé depuis janvier. L'intensification des incendies liée au réchauffement climatique impose de nouveaux moyens aériens pour ralentir la progression des flammes dès leur phase initiale.
Complémentarité avec les Canadair
L'A400M ne remplace pas les Canadair, qui peuvent écoper sur l'eau et multiplier les rotations. Il intervient en amont, avec des largages massifs de retardant pour protéger des zones avant l'arrivée des moyens terrestres.
Capacité de largage triplée
Avec 20 000 litres, l'A400M peut créer des lignes de largage de 400 mètres. Un atout pour ralentir la progression des feux sur de grandes surfaces, notamment dans les zones reculées ou difficiles d'accès.
Renouvellement de la flotte
Le vieillissement des 12 Canadair français impose de nouvelles solutions. L'A400M, l'ATR 72 et d'autres appareils sont testés pour compléter l'arsenal aérien de la Sécurité civile face à des incendies de plus en plus massifs.

Complémentarité avec les Canadair

Les Canadair conservent un avantage décisif : ils peuvent écoper directement sur un plan d’eau et multiplier les rotations au plus près des incendies. Pendant qu’un A400M effectue une rotation, un Canadair en réalise trois. Mais la capacité de largage de l’avion militaire change l’équation.

Le colonel Guillaume Vernet, porte-parole du chef d’état-major des Armées, précise : « L’A400M, c’est un avion polyvalent, moderne et qui doit beaucoup de sa valeur à sa soute. Donc la soute de l’A400M, c’est le système d’armes de l’avion. Ça serait plutôt un moyen qui serait utilisé en préventif[3]. » Les deux moyens aériens sont donc complémentaires.

En 2026, la France dispose de plusieurs avions pour lutter contre les incendies : 12 Canadair, capables de larguer 6 000 litres d’eau chacun, huit Dash pouvant transporter 10 000 litres de retardant, 12 hélicoptères bombardiers d’eau, 6 Air Tractor ainsi que 27 hélicoptères départementaux. L’A400M vient s’ajouter à cet arsenal, sans le remplacer.

Flotte française de lutte contre les incendies en 2026
Type d’appareil Nombre Capacité de largage
Canadair 12 6 000 litres
Dash 8 10 000 litres
Hélicoptères bombardiers d’eau 12 Variable
Air Tractor 6 Variable
Hélicoptères départementaux 27 Variable
A400M (nouveau) 1 20 000 litres

Source : INA

La France teste avant l’Espagne

La France est le premier pays à tester sur un feu réel le dispositif qui transforme l’avion en combattant du feu. Mais elle aurait pu le faire bien plus tôt, estime le député européen Renew Europe, Grégory Allione, ancien président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Ce début d’été avait plutôt laissé penser que l’Espagne serait le testeur officiel du kit de largage développé par Airbus Espace[2]. En mai, le premier ministre Pedro Sanchez avait annoncé ce renfort comme une des nouveautés de la lutte ibérique contre les flammes en 2026. En France, personne ne disait rien encore sur le sujet.

Face à l’incendie massif en Gironde, le gouvernement a décidé de déployer l’appareil dès samedi 25 juillet, alors qu’il ne devait pas être opérationnel avant quelques jours. L’exécutif souhaite agir vite. Airbus souligne également que l’appareil peut « opérer à partir de pistes courtes et non pavées », ce qui pourrait à terme « transformer la façon dont les incendies sont combattus dans les zones reculées ou difficiles d’accès ».

Une option parmi d’autres pour renouveler la flotte

Cette réflexion s’inscrit dans un débat plus large sur le renouvellement de la flotte française de bombardiers d’eau. D’autres solutions de lutte anti-incendie, comme l’ATR 72 et ses deux réservoirs, sont également étudiées pour compléter les Canadair. Le vieillissement de ces derniers impose de nouvelles réponses.

L’A400M présente un autre avantage : il peut voler de nuit. Cet atout pourrait se révéler décisif dans la lutte contre les feux de forêt, notamment pour ralentir la progression des flammes pendant les heures les plus fraîches. Michel Cagneux, pilote d’essai, témoignait en 2013 : « Je me fais un peu plaisir. Je retrouve des sensations que j’avais oubliées, sur les avions de ligne, je retrouve des sensations de chasseur. C’est un appareil que l’on peut remuer, manœuvrer, on fait avec, un peu ce qu’on veut. »

Reste à savoir si ce premier largage opérationnel convaincra les autorités d’intégrer durablement l’A400M dans le dispositif anti-incendie français. Pour l’heure, l’appareil vient d’entrer dans la bataille, avec ses 20 000 litres et son envergure de 42 mètres.

A400M anti-incendie : ce qu'il faut retenir

  • Premier largage opérationnel de l'A400M le 25 juillet 2026 au-dessus de Lacanau
  • L'appareil peut emporter 20 000 litres d'eau ou de retardant, soit trois fois un Canadair
  • 44 000 hectares ont brûlé en France depuis janvier 2026
  • La citerne doit être rechargée au sol, opération de dix minutes
  • L'A400M peut voler de nuit et opérer depuis des pistes courtes non pavées
  • La France teste le dispositif avant l'Espagne, qui devait l'utiliser en premier
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

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