La Fonderie de Bretagne, site de Caudan dans le Morbihan, vient d’être placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lorient. 266 emplois directs basculent dans l’incertitude, un an seulement après la reprise du site par le groupe landais Europlasma.
Le tribunal de commerce de Lorient a prononcé le 3 juillet le redressement judiciaire de la Fonderie de Bretagne, soixante ans après sa création. Le site de Caudan, spécialisé dans la fabrication de pièces de fonderie, avait été repris en avril 2025 par Europlasma, groupe landais qui promettait une diversification vers l’industrie de défense. Un an plus tard, la production reste à l’arrêt et la perspective d’une liquidation pure et simple se rapproche.
L’annonce intervient après la publication des résultats financiers catastrophiques d’Europlasma : le groupe a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025, plus du double de l’exercice précédent. La reprise de la Fonderie de Bretagne, présentée comme un axe stratégique, n’a jamais produit les résultats escomptés.
Incendie en janvier 2026, production jamais relancée
Le site a été frappé par un incendie important début 2026[4]. Les réparations devaient permettre une reprise rapide de la production. Mais six mois plus tard, les lignes restent silencieuses. L’arrêt, prévu pour quelques semaines, s’est prolongé sans qu’aucun calendrier de redémarrage ne soit annoncé.
Le plan industriel initial prévoyait une montée en puissance rapide de la production de corps creux d’obus, pièces destinées à l’armement. Les objectifs affichés lors de la reprise : 250 000 unités la première année, puis 700 000 à terme. Ces volumes n’ont jamais été atteints. La production est restée largement en deçà des capacités installées.
Des investissements jugés insuffisants par les salariés
Les représentants CGT du site dénoncent un manque criant d’investissements depuis la reprise[4]. Le feu du début d’année n’explique pas, selon eux, l’échec complet du redressement. Le site manquait déjà de moyens pour tenir les cadences promises et assurer la transition vers la défense.
Historiquement tournée vers l’automobile, la Fonderie de Bretagne a accumulé les difficultés à mesure que les donneurs d’ordre réduisaient leurs commandes. Le rachat par Europlasma devait sauver le site en le basculant vers un marché porteur. Mais la stratégie a buté sur une réalité industrielle : changer de marché en un an réclame des moyens que le groupe landais n’a manifestement pas apportés.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Emplois directs concernés | 266 |
| Perte nette Europlasma (2025) | 35,6 millions d’euros |
| Production d’obus prévue (an 1) | 250 000 unités |
| Production d’obus prévue (à terme) | 700 000 unités |
Source : Le Monde, La Vie Ouvrière
Pourquoi la reprise par Europlasma a échoué
266 salariés dans l’attente d’un repreneur
Pour les 266 salariés du site de Caudan, la situation bascule à nouveau dans l’incertitude. Beaucoup ont déjà vécu plusieurs plans sociaux, plusieurs reprises successives. La Fonderie de Bretagne avait connu des turbulences avant l’arrivée d’Europlasma, mais jamais avec une issue aussi rapide.
Le redressement judiciaire ouvre une période d’observation, durant laquelle un administrateur va chercher un repreneur. Mais les perspectives sont minces : le site est à l’arrêt, les carnets de commandes sont vides, et Europlasma accumule les pertes. Une liquidation judiciaire reste l’hypothèse la plus probable si aucun industriel ne se manifeste[3].
Les syndicats multiplient les appels à l’État et aux collectivités locales. Le savoir-faire accumulé sur le site depuis 1965 représente, selon eux, un atout stratégique pour la souveraineté industrielle française. Mais les mots ne suffisent plus : sans engagement financier concret, la fermeture définitive semble inévitable.
Europlasma, un groupe fragilisé par plusieurs échecs
Europlasma, basé dans les Landes, s’était spécialisé dans la valorisation énergétique des déchets par plasma thermique. Le groupe a diversifié ses activités vers la défense avec le rachat de la Fonderie de Bretagne, mais sans réussir à stabiliser son modèle économique. Les pertes de 35,6 millions d’euros en 2025[2] reflètent un groupe qui peine à trouver sa rentabilité.
La reprise de Caudan devait lui ouvrir l’accès aux contrats publics d’armement, un marché en forte croissance depuis le début de la guerre en Ukraine. Mais entre l’annonce d’une reprise et la mise en production réelle d’une fonderie orientée défense, le décalage s’est révélé insurmontable. Le groupe n’a pas su ou pas pu mobiliser les ressources nécessaires à la transformation du site.
Un symbole de l’échec de la réindustrialisation régionale
L’histoire de la Fonderie de Bretagne illustre les limites des reprises industrielles pilotées sans moyens. Le site disposait d’un outil de production, de salariés qualifiés, d’un marché porteur. Mais sans investissements massifs, aucune reconversion n’était possible. Europlasma a misé sur un redémarrage rapide sans engager les dizaines de millions nécessaires à la modernisation des lignes.
Le cas fait écho à d’autres fermetures récentes dans l’Ouest : Ascoval, Luxfer, autant de sites repris dans l’urgence, puis abandonnés faute de capitaux. La Bretagne, longtemps terre d’industrie lourde, voit ses derniers bastions tomber les uns après les autres. Le discours sur la souveraineté industrielle se heurte à une réalité têtue : sans financement public massif, les repreneurs privés ne tiennent pas leurs promesses.
Fonderie de Bretagne : les étapes de la chute
- La Fonderie de Bretagne, site de Caudan (Morbihan), placée en redressement judiciaire le 3 juillet 2026
- 266 emplois directs menacés, un an après la reprise par le groupe landais Europlasma
- Europlasma a enregistré une perte nette de 35,6 millions d'euros en 2025, plus du double de l'exercice précédent
- Un incendie début 2026 a stoppé la production, jamais relancée depuis
- Le plan industriel prévoyait 250 000 corps creux d'obus la première année, 700 000 à terme : aucun objectif atteint
- Les syndicats dénoncent un manque d'investissements, la liquidation judiciaire reste l'hypothèse la plus probable
Sources
3 sources · 4 faits sourcés
