Giorgia Meloni, Premier ministre italien d’extrême droite, affiche désormais un soutien clair à l’Union européenne et à l’Ukraine, quatre ans après avoir prôné la sortie de la monnaie unique.
Le 18 juin dernier, Giorgia Meloni posait tout sourire aux côtés des dirigeants européens. « L’Europe doit être prête à utiliser sa force géopolitique et économique », déclarait-elle. Une image qui tranche avec ses premières années à la tête de Fratelli d’Italia, parti d’extrême droite, quand elle martelait : « La démocratie en Europe est une mascarade. L’Europe n’est pas l’Union européenne. »
À mesure que ses ambitions grandissaient, son discours s’est assoupli. Élue en octobre 2022, elle consacre son tout premier déplacement officiel à Bruxelles. Objectif : rassurer. « D’un point de vue personnel, humain, il y a une discussion très franche et très positive. Je suis contente », déclarait-elle le 3 novembre 2022.
190 milliards d’euros, l’Italie première bénéficiaire du plan de relance
L’Italie est la première bénéficiaire du plan de relance européen mis en place à la sortie du Covid[1]. Avec plus de 190 milliards d’euros à allouer, le pays ne peut pas se passer de l’Europe. Giorgia Meloni l’a rapidement compris. Dans son gouvernement, elle joue la continuité et conserve même le ministre de l’Économie de Mario Draghi, symbole de sérieux budgétaire.
« C’est un pays aussi qui est très endetté et qui a bénéficié aussi de fonds européens dans le cadre du PNR. Ils en ont profité pour faire énormément de travaux, donc ça a été un soutien important de la part de Bruxelles. Donc, Giorgia Meloni ne pouvait pas complètement se mettre à dos la présidence européenne », analyse Lynda Dematteo, politologue et enseignante à l’EHESS.
Soutien à l’Ukraine et rapprochement avec von der Leyen
Contrairement à d’autres leaders de l’extrême droite européenne, Giorgia Meloni affiche un soutien clair à l’Ukraine. « L’Italie continuera bien sûr à soutenir la résistance héroïque du peuple ukrainien, comme nous l’avons fait jusqu’à présent sur tous les fronts », indiquait-elle le 10 juillet 2025. Une position qui lui permet de se rapprocher fortement de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Ensemble, elles multiplient les rencontres, allant à Lampedusa sur la question migratoire ou en Émilie-Romagne après des inondations. « Le soutien de l’Europe et de la Commission est très important pour nous en ce moment », déclarait Giorgia Meloni le 25 mai 2023. Ursula von der Leyen aussi a besoin du soutien à Bruxelles du Premier ministre italien[2].
« Chacun a besoin de l’autre. D’une part, la majorité d’Ursula von der Leyen n’est pas si stable que ça, elle a besoin de force d’appoint. Alors, le parti de Giorgia Meloni ne soutient pas la Commission de von der Leyen, mais il peut y avoir sur tel ou tel sujet des majorités qui doivent l’inclure », décrypte Alessandro Giacone, spécialiste politique de l’Italie.
Pourquoi Meloni a basculé vers Bruxelles
Un modèle pour l’extrême droite européenne
Pour l’establishment européen, le nom de Giorgia Meloni est devenu une forme d’auto-apaisement. Autrefois figure radicale, elle gouverne aujourd’hui un pays fondateur de l’UE et une économie majeure sans faire imploser le système, du moins du point de vue de Bruxelles[2].
Jordan Bardella, protégé de Marine Le Pen et figure du Rassemblement national français, a salué son bilan économique et la stabilité qu’elle a apportée à l’Italie. Pour les populistes dont les agendas inquiètent généralement les investisseurs, Meloni est l’exemple rassurant : la preuve que les marchés n’ont pas à paniquer et que les partis mainstream ne sont pas les seules mains sûres.
Ajustement nécessaire ou nouvelle phase politique ?
Après trois années au pouvoir sans difficultés majeures, le gouvernement Meloni traverse sa première période véritablement difficile, tant sur le plan intérieur, après la défaite au référendum sur la justice des 22 et 23 mars 2026, que sur ses choix de politique étrangère[3].
Giorgia Meloni n’abandonne pas son identité politique, mais elle semble contrainte de rééquilibrer son expression : moins de proximité visible avec ses alliés les plus problématiques, davantage de centralité européenne. La nouvelle phase mélonienne n’est pas celle d’un affaiblissement immédiat, mais plutôt celle d’un ajustement nécessaire[3].
Entre Washington et Bruxelles, les équilibres fragiles
Ce week-end, Giorgia Meloni a tenté de jouer les équilibristes. Elle a annoncé que l’Italie participerait comme « nation observatrice » au « Conseil de la paix » lancé par Donald Trump : une manière d’être présente sans soulever d’objections constitutionnelles, l’Italie ne pouvant pas adhérer à une organisation privée, et sans avoir à verser le milliard demandé pour en devenir membre[4].
Être là , donc, sans payer ni s’engager pleinement, mais en offrant malgré tout une forme de légitimité politique à l’initiative américaine. Un choix très critiqué par les oppositions, qui accusent la présidente du Conseil de « vendre » l’Italie aux intérêts de l’hôte de la Maison Blanche.
Sur la question technologique aussi, Fratelli d’Italia prêche le nationalisme. Le parti veut soutenir les entreprises locales et voit la Chine et les États-Unis comme des menaces égales pour la souveraineté tech italienne[5]. Mais l’infighting politique et la dynamique forte derrière le plan de relance de Draghi, qui apportera des milliards d’euros de fonds européens dans le pays, limiteront la marge de manÅ“uvre de Meloni.
Eurosceptique hier, partenaire incontournable aujourd’hui, Giorgia Meloni a laissé l’idéologie de côté pour choisir le pragmatisme.
Giorgia Meloni et l'Europe : les dates clés
- Giorgia Meloni, chef du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, prônait la sortie de l'euro avant 2022
- L'Italie est la première bénéficiaire du plan de relance européen avec plus de 190 milliards d'euros
- Elle conserve le ministre de l'Économie de Mario Draghi pour rassurer Bruxelles
- Elle affiche un soutien clair à l'Ukraine, contrairement à d'autres leaders d'extrême droite
- Jordan Bardella salue son bilan économique et sa stabilité gouvernementale
- Elle participe comme « nation observatrice » au Conseil de la paix de Trump sans verser le milliard demandé
Sources
5 sources · 7 faits sourcés
