Il n’y a pas d’usine sans ceux qui la conçoivent. Orano vient de l’affirmer en posant ses valises au cÅ“ur de Dijon, le 20 juillet. Un pôle d’ingénierie de 1 200 mètres carrés, cinquante salariés aujourd’hui, cent attendus à terme. Guillaume Dureau, directeur des projets, de la R&D, de l’innovation et des nouvelles activités d’Orano, l’a dit sans détour lors de l’inauguration : « Lorsque l’on évoque nos réussites industrielles, on pense à nos usines, à nos grands sites, à nos technologies. Mais derrière, il y a toujours une ingénierie capable d’imaginer, de concevoir et de concrétiser. Car j’en suis profondément convaincu, il n’y a pas d’industrie sans une ingénierie pour épauler et assister les usines. »
La présence d’Orano à Dijon ne date pas d’hier : quelques collaborateurs avaient été déployés dès 2023. Mais cette fois, l’entreprise pose une structure pérenne. L’adresse n’a rien d’un hasard. « Notre choix s’est appuyé sur les nombreux atouts de la région Bourgogne-Franche-Comté : son histoire industrielle, ses écoles, ses universités, ses centres de recherche et un écosystème nucléaire de premier plan autour du CEA, d’EDF et de Framatome », a souligné Guillaume Dureau. Le territoire offre tout ce dont un groupe comme Orano a besoin : des compétences, une culture technique, un maillage industriel qui tient.
L’ingénierie du nucléaire représente 3 000 collaborateurs Orano répartis sur vingt-cinq sites, dont vingt et un en France. À Dijon, les équipes se sont fait une spécialité : la conception de boîtes à gants, ces postes de travail confinés qui permettent de manipuler des matières radioactives en toute sécurité. Sur les deux plateaux du site dijonnais, des compétences se croisent : mécanique, sûreté, chaudronnerie, procédé, ventilation, calcul de structure, installation générale. « Nos équipes travaillent sur des équipements aussi essentiels que les boîtes-à -gants destinées à la manipulation de matières radioactives de manière confinée », précise-t-on chez Orano.
Pour que ces boîtes à gants collent au réel, le pôle dijonnais s’est doté d’une salle de réalité virtuelle. Là , ingénieurs et futurs utilisateurs, les opérateurs, se retrouvent autour d’une maquette numérique. Chacun partage sa façon de procéder, commente les gestes, ajuste la hauteur d’un poste, l’angle d’une vitre, l’accessibilité d’un outil[1]. Les remarques font évoluer la conception avant la mise en production, notamment chez CLM Industrie, industriel du territoire. Ce dialogue entre ceux qui dessinent et ceux qui manipulent évite les mauvaises surprises et les retouches coûteuses une fois l’équipement livré.
Aval du futur : concevoir l’usine qui tournera jusqu’en 2100
Le pôle dijonnais ne se limite pas au quotidien des usines existantes. Il contribue au projet Aval du futur, le chantier qui doit renouveler les installations de traitement et de recyclage des combustibles nucléaires sur le site de La Hague. « Le plus grand projet industriel français des prochaines décennies, nous concevons déjà la nouvelle génération d’usine de traitement-recyclage de matières nucléaires pour fonctionner jusqu’en 2100 », insiste Guillaume Dureau. Quinze projets sont annoncés à l’horizon 2040, dont un atelier de déchargement des combustibles et un atelier de fabrication de combustibles MOX. La charge de travail est vertigineuse : Orano estime à plus de 10 millions d’heures par an le volume d’ingénierie nécessaire d’ici 2030[2].
En parallèle, le groupe accompagne l’extension de l’usine d’enrichissement de Tricastin, la prolongation du parc électronucléaire français et les futurs réacteurs qui sortiront de terre. Orano porte l’ambition d’être le bras technique de cette relance du nucléaire que la France a actée. Pour y parvenir, l’entreprise multiplie les recrutements, développe ses implantations territoriales et noue des partenariats avec des acteurs industriels reconnus. Bourgogne-Franche-Comté, avec son pôle dijonnais, s’inscrit dans cette stratégie : être au plus près des clients, des compétences, des usines.
Ce qui se joue à Dijon dépasse le périmètre d’un bureau d’études. C’est la capacité d’Orano à imaginer et à réaliser les installations qui traiteront, recycleront et sécuriseront les matières nucléaires pendant des décennies. Et c’est aussi, pour la région, la preuve qu’on peut encore attirer et faire grandir des compétences pointues sur son sol, loin des métropoles parisiennes, quand le territoire tient ses promesses : formation, industrie, écosystème.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

