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“Il y a un Iran officiel et la résistance” : retour sur six jours encadrés à Téhéran pour France Télévisions

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Thomas Donzel, journaliste reporter d’images pour France Télévisions, a filmé les funérailles d’Ali Khamenei à Téhéran en juillet 2026. Visa obtenu après six mois, traducteur officiel, 15 millions de participants revendiqués par le régime.

Thomas Donzel a déposé sa demande de visa en décembre 2025. L’autorisation est tombée mi-juin 2026, juste à temps pour filmer les obsèques du guide suprême iranien assassiné. Le régime a ouvert ses portes aux équipes télé étrangères pour montrer au monde la foule venue rendre hommage à Ali Khamenei. France Télévisions a été l’une des rares chaînes autorisées à filmer sur place. Mais l’accès s’est fait sous conditions strictes.

Sur le terrain, Donzel et son équipe ont travaillé avec un traducteur fourni par une agence officielle. Ce dernier les accompagnait partout. Il rédigeait aussi un rapport quotidien sur leurs activités. Le message était clair : filmer les cérémonies, rien d’autre. Pas de sortie du cadre prévu, pas d’images dans les rues de Téhéran, pas d’interviews sauvages. Le journaliste rapporte que ce traducteur rappelait constamment le périmètre autorisé : les obsèques, uniquement.

En chiffres
6 mois
délai d'obtention du visa pour l'équipe de France Télévisions
demande déposée en décembre 2025, autorisation mi-juin 2026
15 millions
participants annoncés par le régime pour les funérailles
chiffre jugé "très clairement exagéré" par Thomas Donzel
6 jours
durée des funérailles nationales d'Ali Khamenei à Téhéran
du 4 au 9 juillet 2026

Une liberté de surface le soir venu

Le soir, l’équipe pouvait sortir sans caméra. Donzel décrit cette marge de manÅ“uvre comme une “forme de liberté” : dîner en ville, se balader dans Téhéran, acheter de l’eau dans une supérette. Ces moments sans traducteur officiel permettaient des échanges rapides avec des Iraniens croisés dans la rue. Pas d’interviews filmées, pas de micros, juste des conversations informelles. C’est là qu’émerge, selon le journaliste, une image plus complexe : “Il y a un Iran officiel et la résistance.”

Cette distinction traverse tout le séjour. D’un côté, les cérémonies massives orchestrées par le pouvoir. De l’autre, des voix qu’on ne filme pas mais qu’on entend quand même, loin des caméras et des rapports quotidiens. Donzel insiste : ce qu’il a pu voir officiellement ne reflète qu’une partie du tableau[1].

15 millions de participants : un chiffre invérifiable

Les autorités iraniennes ont annoncé 15 millions de personnes présentes pour les funérailles d’Ali Khamenei. Thomas Donzel qualifie ce chiffre de “très clairement exagéré”. Il y avait du monde, certes. Le dimanche matin, lors de la grande prière avec les officiels, l’esplanade où reposait le cercueil était noire de monde. Le lendemain, pour le cortège traversant Téhéran, l’affluence restait forte. Mais très vite, la foule s’est dispersée. La chaleur écrasante a pesé, et les places se sont vidées bien avant la fin des cérémonies.

Le journaliste souligne que les images diffusées ont capté les moments de pic, pas la durée réelle de la présence. Une fois les premières heures passées, l’esplanade n’était plus aussi remplie. Le régime a voulu montrer sa capacité de mobilisation. Le résultat visuel était impressionnant au début, moins dans la durée.

Pourquoi le régime iranien encadre les journalistes étrangers

Propagande maîtrisée
Le régime iranien a ouvert ses portes aux caméras étrangères pour montrer sa capacité de mobilisation et affirmer que le pouvoir tient malgré la guerre. L'encadrement strict des journalistes visait à contrôler l'image diffusée au reste du monde.
Chiffres gonflés
Les 15 millions de participants annoncés par les autorités sont jugés exagérés par les journalistes sur place. L'affluence était réelle au début, mais la foule s'est dispersée rapidement, notamment à cause de la chaleur.
Dualité iranienne
Thomas Donzel distingue "un Iran officiel et la résistance". Les échanges informels le soir, sans caméra, révélaient une réalité plus complexe que celle montrée dans les cérémonies encadrées.
Contrôle quotidien
Le traducteur fourni par une agence officielle rédigeait un rapport chaque jour sur les activités de l'équipe. Le message était clair : filmer les obsèques, rien d'autre, pas de sorties du cadre prévu.

Les États-Unis comme ennemi désigné

Pour les participants des cortèges, les États-Unis restent “le grand Satan”. Donald Trump, en particulier, a été ciblé dans les manifestations. Des milliers de pancartes imprimées circulaient dans la foule : le visage de Trump avec une cible, accompagné de slogans comme “Nous allons tuer Trump” ou “Il va y avoir du sang”. Le président américain, qui a ordonné la frappe ayant tué Ali Khamenei, cristallise la colère affichée publiquement.

Thomas Donzel note que ces slogans hostiles contre Israël et les États-Unis, ces appels à la vengeance, ne relèvent pas seulement d’une cérémonie religieuse. Il s’agit d’un “exercice de communication très organisé”. La République islamique veut envoyer un message au reste du monde : malgré la guerre, le pouvoir tient. Il ne plie pas[3].

Un exercice de propagande sous contrôle

Les funérailles d’Ali Khamenei ont duré six jours. Elles ont été conçues comme une démonstration de force. Le régime a ouvert ses portes aux caméras étrangères pour diffuser cette image d’unité et de résilience. Mais le dispositif d’encadrement des journalistes rappelle que l’objectif n’était pas de montrer l’Iran tel qu’il est, mais tel que le pouvoir veut qu’on le voie.

Donzel rappelle que, sans caméra, les échanges dans les rues révélaient une autre réalité. Les gens parlaient, mais pas devant les micros officiels. Cette dualité entre l’Iran officiel et les voix qui n’apparaissent pas dans les reportages encadrés traverse toute l’expérience du journaliste. Six mois pour obtenir le visa, six jours sous surveillance, quelques soirées de liberté relative : c’est dans cet espace restreint que se dessine une image fragmentaire d’un pays en guerre, entre propagande et résistance silencieuse.

Téhéran sous contrôle : les contraintes du reportage

    • Demande de visa déposée en décembre 2025, autorisation obtenue mi-juin 2026
    • Traducteur fourni par une agence officielle, rédaction d’un rapport quotidien sur les activités de l’équipe
    • Périmètre de tournage limité aux cérémonies, interdiction de filmer dans les rues de Téhéran
    • Sorties sans caméra autorisées le soir, échanges informels possibles avec des Iraniens
    • 15 millions de participants annoncés par le régime, chiffre jugé exagéré par le journaliste
    • Pancartes imprimées en série : visage de Donald Trump ciblé, slogans hostiles contre les États-Unis

Un correspondant habitué des terrains tendus

Thomas Donzel travaille pour France Télévisions depuis 2007. Il a couvert l’actualité internationale depuis plusieurs bureaux : Johannesburg, Londres, New Delhi, aujourd’hui Washington. En 2021, il a filmé en direct l’assaut du Capitole par des manifestants pro-Trump, aux côtés du correspondant Loïc de La Mornais. Cette séquence, diffusée sur Franceinfo, avait réuni 2,7 millions de téléspectateurs[4].

Le journaliste connaît les situations de guerre et les reportages sous pression. Il a déclaré après l’assaut du Capitole avoir vécu des moments “bien plus dangereux” lors de missions en zone de conflit. À Téhéran, en juillet 2026, la tension était d’un autre ordre : pas de violence directe contre les journalistes, mais un contrôle permanent. Le danger n’était pas physique, il était dans le cadre imposé, dans ce qu’on ne peut pas filmer, dans les rapports quotidiens du traducteur.

Donzel a pu observer l’Iran officiel, celui des cérémonies et des slogans. Mais il a aussi perçu, dans les échanges du soir, l’Iran qui ne se montre pas. Cette dualité, il la résume en une phrase : “Il y a un Iran officiel et la résistance.” C’est cette ligne de fracture que le régime ne voulait pas laisser filmer.

Six jours à Téhéran : les chiffres du reportage sous contrôle

  • Thomas Donzel a attendu six mois pour obtenir son visa, déposé en décembre 2025.
  • Un traducteur officiel accompagnait l'équipe et rédigeait un rapport quotidien sur leurs activités.
  • Le régime a annoncé 15 millions de participants, chiffre jugé exagéré par le journaliste.
  • Le soir, l'équipe pouvait sortir sans caméra et échanger informellement avec des Iraniens.
  • Des milliers de pancartes ciblaient Donald Trump avec des slogans hostiles.
  • Les places se sont vidées rapidement après les premières heures, malgré l'affluence initiale.
Julien Mercier
Julien Mercier
Julien Mercier suit la tech française depuis une quinzaine d'années, des premières levées de la French Tech aux modèles de Mistral. Il s'intéresse autant aux startups qu'aux enjeux de souveraineté numérique : cloud, semi-conducteurs, cybersécurité. Sa ligne, expliquer ce qu'une annonce change vraiment, sans jargon ni esbroufe.

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