KNDS a officialisé fin juin son introduction en Bourse avec une valorisation cible de 20 milliards d’euros, au moment où la dégringolade boursière de Rheinmetall brouille les repères du secteur.
Le groupe a choisi son moment avec soin : un carnet de commandes qui a franchi 33,1 milliards d’euros fin 2025, contre 23,5 milliards fin 2024, et un chiffre d’affaires en hausse de près de 16 % à 4,4 milliards d’euros. Sur le papier, les fondamentaux sont solides. Mais les marchés ne lisent pas que les fondamentaux.
Le 24 juin, KNDS a officiellement lancé le processus d’introduction, prévoyant de céder 20 % de ses titres. La double cotation envisagée vise à ancrer le groupe simultanément sur les places françaises et allemandes, reflet de sa gouvernance paritaire : l’État français via la holding GIAT Industries d’un côté, la famille Wegmann de l’autre, chacun à hauteur de 50 % depuis le rapprochement en 2015 de Nexter et de Krauss-Maffei Wegmann.
Berlin s’invite au capital avant le coup de cloche
L’Allemagne ne voulait pas rester spectatrice. Selon plusieurs sources proches du dossier citées par Reuters en février, Berlin cherchait à acquérir une participation minoritaire dans KNDS, avec des délibérations portant sur au moins 25,1 % du capital. L’objectif affiché : préserver une influence sur la production de chars et d’artillerie dans un contexte de réarmement accéléré, et éviter toute dissolution éventuelle du groupe. [3]
Fin juin, cette prise de participation s’est concrétisée. C’est dans la foulée de l’entrée de Berlin au capital que KNDS a donné le coup d’envoi formel à son IPO, selon Les Echos. L’État français, lui, escompte récupérer entre 1,5 et 2 milliards d’euros grâce à l’opération, une rentrée d’argent bienvenue pour des caisses sous tension.
La mécanique est donc triangulaire : l’État français vend une fraction de sa part, l’Allemagne entre au capital, et le groupe lève des fonds pour financer la montée en cadence industrielle. KNDS revendique d’ailleurs un modèle calqué sur la production automobile, avec un objectif de hausse de 30 % de ses revenus en 2026.
Rheinmetall comme étalon, et comme problème

La valorisation de 20 milliards d’euros place KNDS dans un entre-deux révélateur. Elle reste très en deçà des 74 milliards de capitalisation boursière de Rheinmetall, le plus grand fabricant européen de munitions. Mais elle dépasse nettement les 5,75 milliards de Renk, autre acteur allemand du secteur. [3]
C’est précisément ce positionnement par rapport à Rheinmetall qui pose problème. Le géant allemand, longtemps présenté comme la référence du secteur en Europe, a subi une dégringolade boursière qui rebat les cartes. L’accord entre les États-Unis et l’Iran, annoncé fin juin, a suffi à faire vaciller l’ensemble du secteur de la défense européen, au point que Les Echos se demandait dès le 24 juin s’il fallait “fuir le secteur de la défense”. [5]
Pour KNDS, le timing est inconfortable. Une IPO se prépare des mois à l’avance ; on ne la reporte pas sans envoyer un signal négatif aux investisseurs. Le groupe assume donc l’incertitude.
| Groupe | Pays | Date IPO | Valorisation |
|---|---|---|---|
| CSG | Tchéquie | Janvier 2026 | 25 milliards d’euros |
| TKMS | Allemagne | Octobre 2025 | 5,15 milliards d’euros |
| KNDS | France / Allemagne | Juin-juillet 2026 | 20 milliards d’euros (cible) |
Source : Usine Nouvelle
Pourquoi l'entrée en Bourse de KNDS est à risque
Caesar, Leopard 2 et le chantier du MGCS en arrière-plan
KNDS n’est pas un assembleur de circonstance. Le canon Caesar et le char Leopard 2, tous deux engagés en Ukraine, constituent le cÅ“ur commercial du groupe. Leur carnet de commandes a plus que doublé depuis le début de la guerre. [4]
Derrière ces programmes opérationnels, KNDS travaille depuis près de dix ans sur le MGCS, char de nouvelle génération destiné à remplacer simultanément les Leopard 2 et les Leclerc, en collaboration avec Thales et Rheinmetall. Un programme structurant, mais dont le financement et le calendrier restent soumis aux aléas politiques franco-allemands. À l’Eurosatory de juin, un prototype de char provisoire baptisé CAPINT MBT a été présenté, témoignage visible de l’avancement du volet terrestre. [1]
C’est aussi le sens politique de l’IPO : en ouvrant le capital aux marchés, KNDS se dote d’un outil de financement autonome, moins dépendant des arbitrages budgétaires des deux États actionnaires. Le groupe vise une hausse de 30 % de ses revenus en 2026, un objectif qui suppose des investissements industriels que ni Paris ni Berlin ne peuvent garantir seuls dans le contexte budgétaire actuel.
L’argent levé, et après

L’introduction en Bourse de KNDS s’inscrit dans un mouvement plus large. Le groupe tchèque CSG est entré en Bourse en janvier 2026 à 25 milliards d’euros de valorisation. Le constructeur naval allemand TKMS avait ouvert la voie en octobre 2025 à 5,15 milliards. L’Europe de la défense apprend à se financer par les marchés, après des décennies de dépendance quasi exclusive aux contrats d’État.
La question qui reste ouverte est celle du prix définitif. Avec une volatilité sectorielle alimentée par les soubresauts diplomatiques, la fourchette de 20 milliards pourrait encore bouger avant le coup de cloche. Les 33,1 milliards d’euros de commandes inscrites au carnet constituent le principal argument des banquiers chargés de l’opération : quand les clients paient d’avance et à des horizons pluriannuels, la visibilité des revenus est un atout rare sur un marché nerveux.
IPO KNDS 2026 : les chiffres clés à retenir
- KNDS a officialisé son IPO le 24 juin 2026, avec une cession de 20 % du capital.
- La valorisation cible est de 20 milliards d'euros, bien en deçà des 74 milliards de Rheinmetall.
- Le carnet de commandes du groupe a atteint 33,1 milliards d'euros fin 2025.
- Berlin cherchait à prendre au moins 25,1 % du capital avant ou lors de l'introduction.
- L'État français espère récupérer entre 1,5 et 2 milliards d'euros via l'opération.
- KNDS travaille depuis près de dix ans sur le programme de char MGCS avec Thales et Rheinmetall.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
