Une enceinte parlante en forme d’anneau, munie d’une caméra, censée vous suivre de la table de chevet au plan de travail de la cuisine, et facturée jusqu’à 400 dollars pièce. Voilà le premier objet grand public qu’OpenAI voudrait glisser dans nos intérieurs. Le laboratoire américain, roi du logiciel avec ChatGPT, veut s’inviter dans le salon. L’ambition est logique. La rentabilité, elle, reste une tout autre affaire.
L’appareil ne sortirait pas avant début 2027. C’est le premier fruit de la collaboration entre OpenAI et LoveFrom, le studio de design fondé par Jony Ive, l’ancien concepteur maison d’Apple. Pour s’offrir cet allié et amorcer son virage vers le matériel, OpenAI a déboursé 6,5 milliards de dollars afin de racheter la startup io, pilotée par Ive.
Ce que l’on sait de l’objet dessine un pari haut de gamme. Forme d’anneau, de la taille d’un palet de hockey, alimenté par batterie et donc transportable. Construit dans un métal de qualité, pensé pour une allure premium. Détail plus surprenant, il embarquerait des composants capables de bouger seuls, une manière de rendre le produit plus vivant. Pas d’écran pour ce premier modèle, mais une caméra et des capteurs pour observer l’environnement, selon les informations de Bloomberg.
De 200 à 400 dollars, une fourchette qui interroge
Sur le prix, les sources divergent. The Information, qui a révélé le projet, évoque une cible de 200 à 300 dollars[4]. Bloomberg pousse la fourchette jusqu’à 300 à 400 dollars[1]. Dans les deux cas, l’objet se placerait au-dessus de la concurrence installée. À titre de comparaison, les enceintes connectées d’Amazon vont de 40 dollars pour l’entrée de gamme à 240 dollars pour le haut du panier.
| Élément | Donnée rapportée |
|---|---|
| Prix estimé (The Information) | 200 à 300 dollars |
| Prix estimé (Bloomberg) | 300 à 400 dollars |
| Enceintes Amazon (comparaison) | 40 à 240 dollars |
| Rachat de io par OpenAI | 6,5 milliards de dollars |
| Lancement visé | début 2027 |
Source : Engadget
L’enjeu n’est pas anodin pour une entreprise qui brûle du cash à grande vitesse. Certaines estimations évoquent une trésorerie qui pourrait s’épuiser courant 2027, et même une possible levée de 100 milliards de dollars ne changerait pas fondamentalement l’équation à long terme[2]. Miser sur un objet coûteux, dans un marché où les enceintes connectées n’ont historiquement jamais brillé par leurs marges, tient du pari audacieux autant que de la fuite en avant.
Une équipe de plus de 200 personnes et une galaxie d’objets
OpenAI ne se contente pas de l’enceinte. Plus de 200 salariés sont mobilisés sur ce projet matériel[3]. En coulisses, le laboratoire travaillerait aussi sur des écouteurs baptisés en interne Dime, attendus fin 2026, sur des lunettes connectées envisagées pour 2028, et sur une lampe intelligente encore au stade de prototype[5]. La logique est limpide : ancrer ChatGPT dans le quotidien physique, pas seulement dans l’écran du téléphone.
Reste la question qui fâche, celle qu’aucun communiqué de la Silicon Valley n’aime aborder de front : une caméra qui observe en permanence votre salon. Le stockage des données, leur traitement dans le cloud, le contrôle réel laissé à l’utilisateur, autant de sujets que régulateurs et défenseurs de la vie privée examineront de près bien avant le lancement. Sur le terrain de la souveraineté numérique, ce genre d’objet illustre exactement ce que l’Europe devrait apprendre à concevoir chez elle plutôt qu’à acheter clé en main : un capteur permanent, connecté aux serveurs d’un géant américain, planté au cœur du foyer.
Un virage matériel déjà semé d’embûches
Le passage d’OpenAI au matériel ne se déroule pas sans accroc. Le laboratoire est poursuivi par Apple, roi incontesté du hardware, qui l’accuse d’avoir volé des secrets industriels. OpenAI nie tout manquement. Le symbole vaut d’être souligné : l’entreprise recrute l’ex-designer star d’Apple, dépense des milliards pour entrer sur un terrain que Cupertino connaît par cœur, et se retrouve aussitôt attaquée en justice par la maison mère de l’iPhone.
Pendant ce temps, Google prépare le redémarrage de son Home Speaker, une approche plus sobre destinée à porter son expérience Gemini. Le champ de bataille se dessine clairement. L’IA veut sortir de nos écrans pour s’installer dans nos murs. La vraie question n’est pas de savoir si un anneau parlant à 400 dollars trouvera preneur. Elle est de savoir qui contrôlera l’objet qui vous écoute, vous regarde et vous répond dans votre propre cuisine.
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés

