Les salles d’attente pleines, les brancards dans les couloirs, l’épuisement des équipes : chaque été, le tableau se répète dans les hôpitaux du Grand Est. Moins de médecins disponibles, plus de monde sur les routes, et des urgences saturées par des cas qui, souvent, pourraient être pris en charge ailleurs. Cette année, l’Agence régionale de santé Grand Est a décidé de parler cash : « Les urgences, c’est pas une évidence ! » Le slogan de sa campagne estivale dit tout. Il s’agit de rappeler aux habitants qu’avant de foncer aux urgences, il existe d’autres portes d’entrée dans le système de soins, plus rapides, plus adaptées, et qui laissent les équipes hospitalières respirer pour ceux qui en ont vraiment besoin.
Car les chiffres sont là , têtus. Entre 30 et 40 % des patients qui passent la porte des urgences du Grand Est n’y ont pas leur place, pas parce qu’ils simulent, mais parce que leur état ne relève pas d’une urgence vitale. Une entorse, une fièvre qui dure, une angine carabinée : autant de situations qui mériteraient un médecin, certes, mais pas nécessairement un brancard à l’hôpital. Le problème, c’est que beaucoup l’ignorent, ou ne savent tout simplement pas vers qui se tourner quand le médecin traitant est en congé et que la douleur, elle, ne prend pas de vacances.
L’ARS Grand Est a donc décidé de tracer le chemin. Avant de sauter dans la voiture direction les urgences, trois étapes. D’abord, appeler son médecin traitant ou son remplaçant. Évident, en théorie. Moins en pratique, surtout l’été, quand les cabinets tournent au ralenti. Si personne ne décroche, deuxième étape : aller sur le site santé.fr, qui recense les solutions du coin. Une maison médicale de garde ouverte le week-end, un centre de santé qui prend sans rendez-vous, une téléconsultation accessible en quelques clics. Des options existent, encore faut-il savoir qu’elles sont là .
Et si le doute persiste, si on ne sait pas si c’est grave ou pas, si aucune solution ne semble marcher, troisième étape : composer le 15[2]. Pas pour dire qu’on arrive, mais pour demander conseil. Au bout du fil, un médecin régulateur écoute, évalue, oriente. Parfois, il rassure simplement. Parfois, il cale un rendez-vous en ville dans les 48 heures. Parfois, il organise une téléconsultation immédiate. Et parfois, oui, il confirme qu’il faut aller aux urgences, et là , un véhicule sanitaire peut même être envoyé. Le 15 fonctionne 24 heures sur 24, et pour les personnes sourdes ou malentendantes, le 114 remplit la même mission.
Le 116 117, l’autre numéro qui compte
Le 15 n’est pas le seul recours. Dans tout le Grand Est, le 116 117 propose aussi un accès aux soins non programmés, le soir, le week-end, quand tout est fermé. Gratuit, il permet de joindre un professionnel qui oriente vers une maison médicale de garde, un médecin de permanence ou une consultation rapide. Ce numéro a été renforcé ces dernières années pour désengorger les urgences et offrir une vraie alternative[4]. Il s’inscrit dans la stratégie régionale d’amélioration de l’accès aux soins, portée aussi bien par l’ARS que par les Préfectures et les Conseils départementaux.
France Santé : un réseau en construction dans la région

Parallèlement, le réseau France Santé se déploie dans le Grand Est. L’objectif : garantir un accès rapide et de proximité aux soins de premier recours, en labellisant des structures réparties sur tout le territoire. D’ici mi-2026, 2 000 structures doivent rejoindre le réseau national, 5 000 à l’horizon 2027. Dans le Grand Est, 105 structures ont déjà donné leur accord de principe[3]. Une fois le cadre conventionnel validé en 2026, elles pourront signer une convention France Santé et bénéficier de financements pérennes pour renforcer leurs équipes, moderniser leurs équipements, améliorer l’accompagnement des patients. Le pilotage est assuré par l’ARS, les Préfets, les Conseils départementaux et les Caisses d’assurance maladie. L’ambition : rendre l’offre de soins plus lisible, plus accessible, surtout dans les territoires fragiles.
Redonner du temps médical aux soignants
En parallèle de cette campagne grand public, l’ARS Grand Est a lancé un appel à projets pour redonner du temps aux médecins dans les établissements publics de santé. Le constat est connu : la pression administrative, la complexification des parcours, les difficultés à recruter et à fidéliser rongent le temps médical. L’objectif de l’appel à projets : soutenir des initiatives qui permettent de diminuer le temps consacré à des tâches non cliniques, d’optimiser l’organisation du travail médical, d’améliorer la qualité et la sécurité des soins[1]. Les projets doivent démontrer un gain mesurable de temps médical, réinvesti directement dans le soin. La date limite de dépôt était fixée au 4 juillet 2026.
Toutes ces démarches convergent vers un même horizon : protéger l’accès aux soins, éviter la saturation des services d’urgences, orienter chaque patient vers la bonne réponse, au bon moment, au bon endroit. L’ARS Grand Est le répète : une meilleure orientation des patients réduit les temps d’attente, améliore la qualité de la prise en charge et préserve les capacités des urgences pour ceux qui en ont réellement besoin. L’été 2026 sera donc celui de la pédagogie : rappeler que les urgences ne sont pas un réflexe, mais un dernier recours. Et que savoir où aller, c’est déjà se soigner mieux.
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

