L’intelligence artificielle permet désormais de masquer moisissures et cafards sur les photos d’annonces immobilières, tandis que les escrocs reproduisent les mails des plateformes pour détourner les paiements.
Manon Meslin a réservé un appartement la semaine dernière. Les photos montraient un logement lumineux, une cuisine impeccable, une salle de bain sans défaut. À son arrivée, elle découvre de l’humidité, des restes de nourriture, des cafards. Les toilettes portent des traces de moisissure et des murs rafistolés, absents des clichés de l’annonce. Pour elle, l’explication est claire : les images ont été retouchées par intelligence artificielle.
« Comme s’ils avaient demandé à l’IA d’améliorer ce bien en le rendant plus lumineux ou en effaçant des traces de moisissures. Parce que toutes ces choses-là , elles y sont bien et sur leurs photos à eux, il n’y a rien de tout ça », explique la jeune femme. Impossible de savoir si les photos ont effectivement été modifiées ou si le logement s’est dégradé entre-temps.
Un test sur les toilettes insalubres : l’IA efface tout
France Télévisions a voulu mesurer la puissance de transformation des outils accessibles en ligne. L’équipe a récupéré l’image des toilettes insalubres de Manon Meslin et l’a soumise à une intelligence artificielle[1], en lui demandant de rendre les lieux propres et d’effacer toute trace d’insalubrité. Le résultat obtenu ressemble aux photos de l’annonce initiale : plus de moisissure, des toilettes comme neuves.
Les assistants IA généralistes permettent aussi de déceler les annonces suspectes avant même la visite. En soumettant le texte d’une annonce, ils identifient les informations manquantes, génèrent une liste de questions à poser et repèrent les formulations ambiguës du type « à rafraîchir » ou « charges en cours de régularisation »[1].
Booking appelle à vérifier les avis avant de réserver

Contactée, la plateforme Booking assure faire preuve de la plus grande vigilance. Elle invite ses clients à vérifier plusieurs éléments avant de valider une réservation, notamment les commentaires des anciens locataires et la note de l’établissement. Ces indicateurs permettent de croiser les informations visuelles avec l’expérience réelle des voyageurs.
Mais les escrocs ne se limitent pas à l’embellissement de photos. Ils exploitent désormais l’IA pour reproduire les emails des plateformes de location, avec leur mise en page, leur ton, leurs logos. Ils contactent les clients ayant déjà réservé un logement légitime pour envoyer un faux lien de paiement et empochent le montant de la réservation.
Arnaques immobilières à l'IA : les risques en 2026
Les deepfakes de voix et de vidéos gagnent l’immobilier
« Vous avez les cybercriminels qui ont piraté le système, ils sont en embuscade, vous faites une réservation qui est tout à fait légitime sur le site légitime et comme ils sont en embuscade, eh bien eux vont se servir des informations qui sont officielles, véritables, pour vous envoyer des emails d’hameçonnage ou des messages sur WhatsApp d’hameçonnage pour vous inviter à payer plus ou à payer différemment », détaille Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité.
Les deepfakes, ces vidéos et messages vocaux générés par IA, représentent la grande nouveauté de ces dernières années[2]. Des particuliers reçoivent des appels imitant parfaitement la voix d’un membre de leur famille demandant une aide financière urgente. Des entreprises sont ciblées par de faux ordres de virement émanant prétendument de leur direction. L’an dernier, les Belges ont perdu plus de 38 millions d’euros dans des arnaques au faux investissement dopées à l’IA[4], un montant largement sous-estimé selon les autorités.
Les spécialistes recommandent de toujours vérifier par un autre canal toute demande d’argent inhabituelle, même si elle semble provenir d’une voix familière[2]. En cas de doute sur un mail de confirmation ou de paiement, il faut se connecter directement au compte sur le site officiel de la plateforme plutôt que de cliquer sur le lien reçu.
L’IA accélère aussi la détection de fraude

L’intelligence artificielle ne sert pas qu’aux escrocs. Elle accélère la vérification des dossiers locataires et limite les litiges entre propriétaires et locataires. Des plateformes utilisent l’IA pour analyser la cohérence entre bulletins de salaire, contrat de travail, avis d’imposition et carte d’identité[5]. « Beaucoup modifient uniquement le salaire en bas de la fiche de paie, mais oublient les autres chiffres disséminés partout. L’IA, elle, voit tout », explique Bruno Cantegrel, dont les propos sont rapportés par Moneyvox.
Le système repère les incohérences et élimine les tentatives de fraude. « Les personnes qui veulent tricher ne déposent même pas leurs documents sur notre plateforme », assure-t-il. Les états des lieux bénéficient du même gain de temps : une photo de la cuisine suffit pour que l’IA identifie automatiquement les équipements, leur marque, leur couleur. Pour l’inventaire, il suffit de dicter le nombre d’assiettes ou de couverts. Résultat : un état des lieux préparé quatre fois plus vite et beaucoup plus complet, ce qui réduit le premier motif de contentieux à la sortie[5].
Les spécialistes insistent : l’IA ne remplace pas l’expertise humaine, mais elle rend les vérifications plus rapides et plus systématiques. Les agences immobilières l’utilisent pour traiter un volume croissant de dossiers sans embaucher de personnel supplémentaire. Les acheteurs et locataires, eux, peuvent s’en servir pour décrypter une clause de compromis ou comparer deux quartiers avant de visiter[1].
Dans un secteur marqué par une asymétrie d’information forte entre vendeurs et acheteurs, l’intelligence artificielle offre aux particuliers des outils jusqu’ici réservés aux professionnels. À condition de savoir qu’elle peut aussi servir à les tromper.
IA et location immobilière : ce qu'il faut retenir
- Des locataires découvrent des logements insalubres dont les photos ont été retouchées par IA
- Les escrocs clonent les mails des plateformes de location pour détourner les paiements
- L'IA permet aussi de détecter les fraudes dans les dossiers locataires et d'accélérer les états des lieux
- Les deepfakes de voix et de vidéos ciblent particuliers et entreprises pour des demandes d'argent
- Booking recommande de vérifier les avis clients et les notes avant de réserver un logement
Sources
4 sources · 8 faits vérifiés

