Le compteur national cale, mais ici, ça tourne encore. En 2025, l’Occitanie a ouvert 26 sites industriels nouveaux ou agrandis. Dans le même temps, 16 ont fermé ou réduit la voilure. Bilan net : 10 usines de plus sur le territoire. Un score qui place la région au deuxième rang national, juste derrière la Nouvelle-Aquitaine et ses 19 ouvertures nettes.
Ce résultat, tiré du baromètre industriel de l’État présenté par le préfet de région, intervient dans un contexte peu favorable. Au premier semestre 2026, la France a inauguré 101 nouveaux sites industriels contre 136 un an plus tôt. La réindustrialisation, affichée comme « la mère de toutes les batailles » par Emmanuel Macron en mai 2023, marque le pas. Les ouvertures compensent tout juste les fermetures, ramenant le solde à l’équilibre.
Mais l’Occitanie tient. Entre les métropoles de Montpellier, Perpignan et Béziers, plusieurs opérations marquantes ont vu le jour. Des lignes pilotes, des extensions, des premières usines qui ancrent des savoir-faire stratégiques : santé, emballage, industrie lourde, économie circulaire.
Inits ouvre une plateforme mutualisée de bioproduction à Mauguio
En février 2026, Inits a inauguré à Mauguio, dans le parc Industries Or Méditerranée près de Montpellier, sa nouvelle unité de bioproduction baptisée INITS-SMO. Un site de 3 200 m² dédié aux médicaments en essais cliniques, fruit de six années de travail et d’un investissement de 28 millions d’euros[1].
L’équipement permet aux entreprises de biotechnologie de produire elles-mêmes leurs lots précliniques et cliniques, tout en bénéficiant d’un accompagnement intégré en réglementation, qualité, production et gestion de projet. Le site abrite des laboratoires de R&D, des suites de production aux normes GMP et des capacités de contrôle qualité.
Pour Irdi Capital Investissement, partenaire historique du projet, cette plateforme dépasse le cadre régional : elle s’adresse à toute l’Europe. Une infrastructure de santé de premier plan, sur un territoire qui fait de la bioproduction un axe stratégique.
Diam Bouchage automatise trois lignes à Céret

Le 23 avril 2026, Diam Bouchage, filiale du groupe français Oeneo et numéro deux mondial du bouchon en liège, a dévoilé trois nouvelles lignes d’emballage automatisées sur son site industriel des Pyrénées-Orientales, à Céret. Une opération majeure portée par un grand groupe, dans un contexte où ce type d’acteur ralentit fortement ses inaugurations : 13 nouveaux sites au premier semestre 2026 contre 29 un an plus tôt[1].
L’investissement vise à renforcer la compétitivité de l’entreprise dans un marché du liège sous pression, face à la concurrence internationale et aux tensions sur les approvisionnements. Les nouvelles lignes augmentent les capacités de production tout en préservant l’emploi local dans une filière traditionnelle qui doit se moderniser pour survivre.
SLB injecte 75 millions dans une usine agile à Béziers
À l’est de l’Hérault, c’est l’américain SLB, ex-Schlumberger, qui porte le plus gros investissement industriel de l’année en Occitanie. L’entreprise, historiquement positionnée dans la fabrication d’équipements pour l’exploration gazière et pétrolière, injecte 75 millions d’euros dans la construction d’une « Agile Factory » à Béziers[3].
Le site cible de nouveaux marchés : éolien flottant (fabrication de sous-ensembles de flotteurs ou pièces de nacelles), nucléaire, aéronautique, ferroviaire. Il héberge également depuis 2021 Genvia, la startup industrielle spécialisée dans l’hydrogène décarboné. Cette ligne agile permet d’extraire n’importe quelle pièce d’un bloc, comprimant ainsi les coûts de production et renforçant la flexibilité industrielle.
Un choix stratégique qui traduit la mutation en cours : les filières liées à l’innovation et à la transition écologique continuent d’attirer les capitaux, là où les industries traditionnelles peinent face à la concurrence mondiale.
Cykero, future usine du reconditionné à Castelnau-le-Lez

Parmi les quatre entreprises régionales sélectionnées au dispositif « Première Usine » en 2026, Cykero incarne cette nouvelle génération industrielle. Spécialiste du reconditionnement de smartphones, tablettes et ordinateurs portables, la société ouvrira en décembre 2026 son usine du futur à Castelnau-le-Lez, dans l’Hérault[2].
Le Technocentre intégrera un showroom « reconditionné en France », des lignes de production intelligentes et une gestion énergétique optimisée : panneaux solaires, toit végétalisé, récupération d’énergie. Objectif : traiter de gros volumes pour répondre aux besoins des grands comptes, avec un taux de retour SAV inférieur à 2 %. À l’horizon 2030, le site vise 160 emplois directs, une capacité de 40 000 appareils reconditionnés par mois et un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros.
L’ouverture partielle est programmée pour décembre 2026, la mise en service complète pour mars 2027. Un signal fort pour l’économie circulaire, dans une région qui fait le pari de l’industrie verte.
Une dynamique fragile mais réelle
Ces ouvertures interviennent dans un climat économique tendu. Selon la dernière enquête Besoin de main-d’Å“uvre de France Travail publiée le 21 avril, les prévisions d’embauche pour 2026 sont en retrait de 8 % en Occitanie[4]. Les carnets de commande restent fragiles dans l’industrie, se replient dans la construction, le commerce, les cafés-hôtels-restaurants et les services.
Près d’un tiers des chefs d’entreprise se disent pessimistes pour l’avenir. 84 % estiment que le conflit au Moyen-Orient aura des conséquences sur leur activité, dont 55 % jugent que c’est déjà le cas. Près de 80 % anticipent une baisse de la demande ou une dégradation de leur carnet de commande.
Pourtant, la région tient. Les PME et ETI conservent une dynamique d’investissement solide malgré une hausse des fermetures. Les startups, elles, retrouvent un niveau d’inaugurations proche de celui de 2024, tout en affichant une forte capacité de financement : 1,94 milliard d’euros levés au premier semestre 2026, soit une progression de 42 % sur un an[1].
Le dispositif « Première Usine », pilier du plan France 2030, soutient cette trajectoire. Depuis son lancement, il a financé plus d’une centaine de projets à hauteur de 500 millions d’euros. En 2026, treize nouveaux projets ont été sélectionnés au niveau national, dont quatre en Occitanie : Cykero, Mecano ID, Water Horizon et Ascendance. Ils bénéficieront de plus de 80 millions d’euros de soutien public.
À Castelnaudary, dans l’Aude, l’entreprise Framacold a déployé en 2025 la première unité française de séparation pour régénération avancée de fluides frigorigènes complexes[5]. Une opération qui s’inscrit dans la même logique : innovation technique, transition écologique, ancrage territorial.
L’Occitanie résiste au ralentissement national, mais la partie reste serrée. Les secteurs de l’agroalimentaire et des biens de consommation demeurent les plus exposés aux fermetures. La trésorerie se dégrade dans la construction et les services, où les retards de paiement et les impayés pèsent sur les entreprises.
Malgré tout, le bilan 2025 reste positif : 10 usines nettes de plus sur le territoire. Et les projets annoncés pour 2026, de Cykero à SLB, montrent que la dynamique n’est pas éteinte. Elle se déplace vers de nouveaux secteurs, de nouveaux modèles, de nouveaux territoires. L’industrie occitane mue, elle ne recule pas.
Sources
5 sources · 7 faits vérifiés

