On pourrait croire que la tension retombe. Les chiffres d’avril affichaient 8,5% de biens locatifs en plus sur le marché régional, et au deuxième trimestre 2026, l’offre nationale a gonflé de 9% tandis que la demande reculait de 21%. Sauf que derrière ce calme apparent, le logement reste une poudrière. Les loyers ont bondi de 10,8% en Centre-Val de Loire depuis 2021. À Tours, la hausse atteint 14%, à Châteauroux, 17,8%. Et pour trouver un appartement à Orléans ou à Blois, les agences ne manquent jamais de candidats.
La raison de cette tension qui ne faiblit pas ? Une pénurie structurelle que personne ne nie plus. L’offre ne suffit pas à contenter la demande, et les chiffres de la construction le confirment brutalement. En 2022, 16 900 autorisations de construction de logements ont été accordées dans la région. En 2025, ce nombre est tombé à 9 800. Presque divisé par deux.
Ludovic Dagois, président de la FNAIM dans l’Indre et vice-président de la fédération régionale, pointait le problème lors d’une intervention au journal ICI 19/20 le 22 juillet. Il met également en cause les logements qui sortent du circuit de l’habitation principale : les plateformes de location touristique comme Airbnb et Booking d’un côté, et de l’autre, l’interdiction de louer les passoires thermiques. Depuis janvier 2025, les logements classés G en performance énergétique ne peuvent plus accueillir de nouveaux locataires. Des dizaines de milliers de biens se sont ainsi retrouvés hors du marché en région, accentuant la pression.
Un marché qui se recompose lentement
Pourtant, après une chute de l’offre à l’entrée en vigueur de cette loi, le nombre de logements proposés à la location est reparti à la hausse[1]. En juillet, l’étude Bien’ici indiquait 10% de logements disponibles en plus par rapport à 2023, tandis que la proportion de passoires thermiques à louer a été divisée par deux. De quoi relativiser l’effet panique. Du côté de la Confédération nationale du logement en Eure-et-Loir, association de défense des locataires, le ton est clair : si on recommence à louer des DPE en G, on va loger les gens dans n’importe quoi, des bouilloires ou des frigos, c’est dangereux.
Mais la tension ne vient pas seulement du manque de construction ou de la sortie de certains biens du marché. Elle vient aussi du pouvoir d’achat en berne. Les organisations professionnelles mettent en avant deux constats. Celui des propriétaires potentiels d’abord : l’Observatoire GH Location note que le nombre de nouveaux crédits immobiliers a chuté de 40% en 2025. Résultat, moins de particuliers achètent pour louer, l’investissement locatif privé recule, et l’offre ne se renouvelle pas.
Une région marquée par la vacance
Paradoxe du Centre-Val de Loire : la région affiche un taux de vacance de logements de 10,1%, contre 8,1% au niveau national[2]. En 2020, cela représentait 141 400 logements vides. Ces biens ne sont pas pour autant disponibles immédiatement : ils peuvent être en litige successoral, en attente de travaux, ou ne pas répondre aux normes pour être occupés. Mais leur nombre ne cesse d’augmenter. Entre 1990 et 2020, les logements vacants ont progressé de 2% par an en moyenne, tandis que le parc total ne croissait que de 0,8% par an.
Cette vacance touche particulièrement le sud de la région, moins dense, mais reste relativement faible le long de l’axe ligérien et dans les territoires proches de l’ÃŽle-de-France. La hausse s’est accélérée après la crise de 2008, surtout dans les intercommunalités qui perdent des habitants.
L’envolée des impayés et des expulsions
Du côté des locataires, la situation se durcit aussi. La Fondation pour le logement signale une envolée des impayés et des expulsions, alimentée par la hausse des loyers mais aussi par la loi Kasbarian-Bergé dite « anti-squat », qui complexifie l’obtention de délais de paiement et accélère les procédures[3]. D’après une enquête de la Fondation auprès de ses partenaires associatifs, 77% d’entre eux déclarent qu’il est désormais plus compliqué d’obtenir des délais de paiement, et 62% qu’il est plus difficile d’obtenir des délais pour quitter les lieux.
Les marchés locatifs ruraux et périurbains, longtemps épargnés, sont eux aussi entrés en tension. Entre 2023 et 2024, les loyers ont progressé de 3,8% pour les maisons, contre 3,1% pour les appartements d’une ou deux pièces[5]. Un phénomène lié à l’élargissement géographique de la recherche de logement, face à la saturation des centres urbains.
Le calme affiché par les dernières statistiques ne doit donc pas tromper. En Centre-Val de Loire comme ailleurs, le problème du logement n’est pas résolu. Il se déplace, se recompose, mais ne s’éteint pas.
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

