La commission mixte paritaire a validé l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030, actant une hausse de 36 milliards d’euros par rapport au texte initial promulgué en août 2023.
Le texte porte le budget du ministère des Armées à 76,3 milliards d’euros en 2030, soit 2,5 % du PIB. L’accord entre députés et sénateurs clôt plusieurs semaines de navette parlementaire sur un dossier où les deux chambres ne partageaient pas la même ambition.
Les sénateurs avaient voulu aller plus loin
La commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense avait proposé d’ajouter 14 milliards supplémentaires à la trajectoire gouvernementale, visant 83,9 milliards d’euros en 2030, soit 2,7 % du PIB. L’objectif affiché : se rapprocher de l’engagement pris par la France auprès de l’OTAN de consacrer 3,5 % de son PIB à la défense, et renforcer le tableau capacitaire avec trois frégates supplémentaires et une trentaine de Rafale F4, dont dix pour la Marine nationale.
Ces 14 milliards n’ont pas survécu à la commission mixte paritaire. Le texte entériné reste calé sur la trajectoire gouvernementale initiale, sans les ajouts sénatoriaux.
Le spectre du décrochage face à l’Allemagne
Le vote intervient dans un contexte où l’écart avec les partenaires européens se creuse à grande vitesse. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a averti devant la commission des Finances du Sénat que “le décrochage est possible”. Selon lui, si l’Allemagne maintient son rythme, “dans cinq ans, l’argument selon lequel nous bénéficions d’une expérience opérationnelle et d’une certaine culture ne tiendra plus”.
Les chiffres donnent corps à l’inquiétude. D’après une note de la Direction générale du Trésor publiée en novembre dernier, Berlin prévoit de porter ses dépenses de défense et de sécurité à 167,8 milliards d’euros en 2029, contre 66,8 milliards en 2024. Pour 2026, le budget du ministère allemand de la Défense atteint 82,7 milliards d’euros auxquels s’ajoutent 25,5 milliards prélevés sur le Fonds spécial de la Bundeswehr, soit 108,2 milliards au total. La France, avec son enveloppe de 76,3 milliards projetée en 2030, reste structurellement en deçà .
Le CEMA a également noté que “pour les Américains, la référence européenne devient peu à peu l’Allemagne”, et que la récente revue stratégique publiée par Berlin “ne mentionne pas une seule fois la France”. L’atout français reste la dissuasion nucléaire, que le général Mandon place au cÅ“ur de “l’équation de défense de l’Europe”.
