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Mayotte : 42 heures de coupure d’eau dès le 18 juillet, six heures perdues par cycle

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À Mamoudzou comme ailleurs sur l’île, les bidons s’empilent devant les maisons. Ce jeudi 18 juillet, le robinet ne coulera pas davantage, bien au contraire. Mayotte bascule dans un nouveau tour d’eau : 30 heures d’eau distribuée, puis 42 heures de coupure. Six heures en moins pour chaque cycle de trois jours. Le Comité de suivi de la ressource en eau, présidé par le préfet, a acté la mesure le 10 juillet. La phase transitoire, lancée le 15, s’achève. Le nouveau régime s’applique désormais sur l’ensemble du territoire.

L’ancien rythme, déjà contraignant, partageait le temps en deux : 36 heures avec eau, 36 heures sans. Il ne tenait plus. Météo-France, le Bureau de recherches géologiques et minières et la Direction de l’environnement ont livré le verdict : depuis le début de l’année, les précipitations accusent un déficit de 25 %. La retenue collinaire de Dzoumogné, essentielle pour alimenter l’île, n’est remplie qu’à 70 % en plein milieu d’année. Les autres retenues affichent des niveaux encore plus faibles. Le Comité n’a pas eu d’autre choix que de durcir les restrictions pour étaler la consommation et éviter la rupture totale d’approvisionnement dans les semaines à venir.

Les quatre secteurs de distribution de l’île restent inchangés, mais les horaires bougent. La Société Mahoraise des Eaux adapte le calendrier de rotation pour chaque zone. Concrètement, une famille qui disposait d’eau 36 heures d’affilée en perd désormais six. Cela semble peu, sur le papier. Sur le terrain, c’est l’étau qui se resserre encore.

Mamoudzou privée d’eau trois à quatre jours d’affilée

À l’Assemblée nationale, la députée de Mayotte Anchya Bamana a dénoncé une situation sanitaire catastrophique. Elle rapporte des familles restées sans eau pendant trois à quatre jours consécutifs[2]. Ce n’est pas une exagération : les défaillances du réseau et les retards dans les rotations aggravent la pénurie théorique. Le planning officiel annonce 42 heures de coupure, mais les habitants, eux, vivent parfois bien plus longtemps sans une goutte au robinet.

L’organisation devient le quotidien. Stockage dans des bidons, restriction sur la vaisselle, la lessive, l’hygiène. Les points d’eau de fortune se multiplient. La colère monte contre les autorités et la Société Mahoraise des Eaux, accusées d’avoir laissé pourrir la situation. Car au-delà du climat, le réseau lui-même étouffe sous ses propres fuites.

40 % de l’eau perdue dans les canalisations

Les fuites représentent environ 40 % du volume total distribué sur l’île. Un taux qui place Mayotte parmi les plus mauvais élèves de France. Ces pertes considérables aggravent mécaniquement la pression sur les réserves et réduisent l’efficacité de toutes les mesures de restriction. Rationner l’eau n’a de sens que si elle arrive bien au robinet. Or ici, elle disparaît en chemin.

La vétusté des canalisations, l’absence d’entretien régulier et la croissance démographique galopante expliquent cet état du réseau. Moderniser l’infrastructure constitue un enjeu prioritaire, mais les travaux nécessaires demandent des investissements massifs et du temps. L’État a programmé 730 millions d’euros pour les infrastructures d’eau et d’assainissement de Mayotte sur la période 2024-2027[4]. Cette enveloppe doit financer la réhabilitation du réseau, la construction de nouvelles retenues et l’extension de l’usine de dessalement de Petite-Terre.

Mais les résultats concrets tardent à se matérialiser. Les habitants ne voient ni chantier ni amélioration. Pendant ce temps, les coupures s’allongent, les bidons s’accumulent, et la colère grandit. La crise hydrique de Mayotte n’est pas seulement climatique. Elle est aussi celle d’un territoire dont les infrastructures ne suivent plus, dont la population croît plus vite que les capacités de distribution, et dont les autorités peinent à rattraper le retard.

Le nouveau tour d’eau entre en vigueur ce 18 juillet. Pour combien de temps ? La saison sèche s’installe. Si elle se prolonge, le cycle pourrait encore se durcir. Mamoudzou, comme le reste de l’île, retient son souffle et compte les heures.

Ahmed Soilihi
Ahmed Soilihi
Ahmed Soilihi, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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