MBDA présente au salon de Farnborough un intercepteur conçu pour abattre des volumes massifs de drones à moindre coût. Première livraison prévue en 2028.
Le fabricant européen de missiles MBDA a dévoilé lundi 20 juillet son Counter Mass Interceptor, un système d’arme destiné à contrer les attaques menées par des dizaines, voire des centaines de munitions bon marché. L’objectif : répondre à une menace que les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont rendue pressante, celle des vagues de drones jetables capables de saturer les défenses aériennes classiques.
Le missilier le dit lui-même : l’Europe ne dispose aujourd’hui d’aucun système souverain capable de gérer ce type de saturation. Les armées du continent dépendent donc de solutions américaines, israéliennes ou autres pour faire face à ces attaques de masse.
Un système souverain face à un vide capacitaire européen
Le représentant de MBDA interrogé par Reuters a posé le constat sans détour. Quand un pays européen doit se protéger contre des essaims de drones à 20 000 euros l’unité, il se tourne vers des roquettes guidées américaines comme l’APKWS de BAE Systems, produite avec Northrop Grumman et General Dynamics, ou vers des solutions israéliennes. Aucun intercepteur européen ne couvre ce créneau à grande échelle.
Le Counter Mass Interceptor vise à combler ce vide. MBDA promet une arme suffisamment simple et peu coûteuse pour que son emploi reste économiquement tenable face à des cibles jetables. La Russie envoie des Shahed iraniens par dizaines chaque nuit sur l’Ukraine ; l’Iran en a lancé des vagues entières contre les États-Unis et Israël. Chaque interception par un missile complexe coûte plusieurs fois le prix de la cible abattue, une équation que les stocks de munitions européens ne supportent pas longtemps[1].
Deux versions pour couvrir drones légers et menaces subsoniques

Le système se décline en deux temps. La première version, celle qui sera présentée à Farnborough, cible les drones de petite taille. Une seconde itération, à plus longue portée, suivra. Celle-ci élargira le spectre : drones de tous gabarits, roquettes, bombes planantes, missiles subsoniques. Elle pourra opérer par tous les temps[2].
Le développement est actuellement piloté par les équipes britanniques de MBDA. Une future version sera sans doute menée par les équipes françaises, selon le groupe. MBDA précise qu’une version initiale de l’intercepteur sera disponible dès 2028.
Pourquoi l'Europe mise sur un intercepteur de masse
Une production inspirée de l’industrie automobile
Le missilier assume une rupture dans sa logique de fabrication. L’intercepteur pourra être produit soit par des partenaires industriels, soit directement par MBDA, en utilisant des installations existantes et des lignes de production réaffectées. Le groupe parle d’un modèle proche de l’industrie automobile : produire à grande échelle, rapidement, sans recourir à des chaînes dédiées coûteuses.
Cette approche répond à une contrainte nouvelle : la consommation de munitions en temps de guerre de haute intensité dépasse tout ce que l’industrie de défense européenne avait anticipé. Les stocks s’épuisent, les délais s’allongent. MBDA veut pouvoir monter en cadence sans réinventer l’usine à chaque commande.
Un puzzle de solutions anti-drones chez MBDA

Le Counter Mass Interceptor s’inscrit dans une gamme anti-drones que MBDA étoffe à marche forcée. Le groupe poursuit le développement de son système SKY WARDEN, destiné à la protection d’infrastructures civiles et stratégiques, et capable de s’adapter d’un tempo de paix à un tempo de guerre. MBDA travaille aussi sur des intercepteurs hybrides, associant missiles guidés et lasers à haute énergie. Un tel système, baptisé DEFENDAIR, est en cours de développement pour les forces armées allemandes, avec une mise en service envisagée avant la fin de la décennie[3].
Le groupe a également dévoilé au salon ILA de Berlin en juin dernier une plateforme combinant un intercepteur cinétique et un laser à haute énergie. L’objectif : créer des enveloppes d’engagement qui se chevauchent, pour traiter à la fois les drones rapides, les essaims et les menaces à très bas coût. MBDA investit depuis des décennies dans les armes à énergie dirigée, précisément pour ce type de scénario : des volumes de cibles dont le prix unitaire interdit l’emploi systématique de missiles complexes.
La France commande déjà un drone longue portée de saturation
En parallèle, MBDA a reçu en janvier 2026 un contrat de la Direction générale de l’armement française pour développer et produire un drone kamikaze longue portée, baptisé One-Way Effector (OWE). Ce drone, dévoilé au salon du Bourget en juin 2025, doit saturer les défenses adverses pour forcer les systèmes anti-aériens à se révéler. Première livraison aux armées françaises prévue mi-2027[4].
L’OWE mesure trois mètres de long, affiche une envergure de 3,3 mètres et emporte une charge militaire de 40 kilogrammes. Il peut frapper à plus de 500 kilomètres, à une vitesse pouvant atteindre 400 km/h. Positionné entre les munitions rôdeuses à bas coût et les missiles de croisière coûteux, il reprend les leçons ukrainiennes : obliger l’adversaire à consommer ses intercepteurs sur des plateformes jetables, pendant que d’autres armes, plus chères, frappent les cibles de valeur.
Le Counter Mass Interceptor et l’OWE forment donc les deux faces d’une même réalité tactique : celle d’une guerre où le volume compte autant que la précision, et où l’économie des munitions dicte une part croissante de la manÅ“uvre. MBDA affirme rester le seul acteur européen à couvrir l’ensemble du spectre des armes complexes souveraines, de la contre-drone à la défense antimissile balistique, en passant par les systèmes hypersoniques de frappe en profondeur.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Envergure | 3,3 m |
| Longueur | 3 m |
| Charge militaire | 40 kg |
| Portée | > 500 km |
| Vitesse maximale | 400 km/h |
| Livraisons prévues | Mi-2027 |
Source : The Defense Post
MBDA présente son portefeuille complet de défense aérienne à Farnborough : SKY WARDEN, MISTRAL, FULGUR, VL MICA, CAMM, ASTER, la famille AQUILA. Certains systèmes, dont MISTRAL 3, MICA et ASTER-SAMP/T, sont déjà déployés et ont fait leurs preuves sur le terrain. Les premiers systèmes SAMP/T NG seront livrés aux armées de l’air et de l’espace françaises et italiennes en 2026 pour évaluation opérationnelle[1]. Le groupe annonce aussi AQUILA, un intercepteur préparant les capacités futures contre les menaces hypersoniques complexes.
L’enjeu pour MBDA, et pour l’Europe, est de ne plus dépendre de fournisseurs extérieurs pour des capacités que les conflits actuels ont rendues indispensables. Le Counter Mass Interceptor et ses déclinaisons constituent une première réponse industrielle, pensée pour une production rapide et un déploiement immédiat. Les armées de l’OTAN attendent désormais de voir si cette promesse tiendra face aux volumes réels d’une guerre de haute intensité.
Counter Mass Interceptor MBDA : ce qu'il faut retenir
- MBDA dévoile le Counter Mass Interceptor au salon de Farnborough le 20 juillet 2026
- Première version disponible dès 2028, seconde itération longue portée à suivre
- Production inspirée de l'industrie automobile pour monter rapidement en cadence
- Aucun système souverain européen ne couvre actuellement les attaques de saturation par drones
- La France a commandé en janvier 2026 le drone kamikaze OWE, livraison mi-2027
- MBDA développe aussi DEFENDAIR, un système hybride laser-intercepteur pour l'Allemagne
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés

