Les territoires ultramarins retrouvent de la couleur économique après les crises de 2024, selon le rapport annuel de l’IEOM. La Nouvelle-Calédonie, elle, fait exception.
Climat des affaires, inflation, emploi, crédit : les indicateurs remontent dans la plupart des territoires d’outre-mer. L’Institut d’émission d’outre-mer dresse un bilan qui contraste avec les turbulences de 2024, année marquée par plusieurs crises dans l’arc ultramarin. La Nouvelle-Calédonie, frappée par les violences du printemps 2024 qui ont fait 14 morts et ravagé une partie de son tissu économique, n’a pas encore amorcé cette sortie du tunnel.
Le quartier industriel de Ducos, à Nouméa, reste l’image la plus parlante de cette fracture. L’archipel cumule un taux de créances douteuses largement supérieur à celui de ses voisins du Pacifique : en Polynésie française, ce taux s’établit à 2,5 %, quand la Nouvelle-Calédonie affiche un niveau bien au-delà , selon les données de l’IEOM. Cette divergence illustre l’ampleur des dommages laissés par une année de destructions, de faillites et d’activité à l’arrêt.
Un an après les émeutes, le bilan reste lourd à Nouméa
En mai 2025, un an après les émeutes, le président de la chambre de commerce et d’industrie résumait la situation sans détour : «Ça fait un an qu’on est dans la survie, la haine, la destruction, la faillite.»[3] Des immeubles commerciaux entiers attendaient encore d’être démolis, le temps de régler les litiges avec les assurances. La pharmacie avait rouvert. Le supermarché, la banque, la boulangerie, le centre médical : non.
Le marché du travail reflète la même réalité. Les demandeurs d’emploi inscrits au Giep-NC, organisme de formation dédié, se retrouvent à 100 candidats pour une seule place. Le ticket de bus à 500 francs Pacifique, soit 4,2 euros, est devenu un frein concret à la mobilité quotidienne pour une partie de la population.
Sur le plan politique, le ministre des Outre-mer Manuel Valls a remis un projet d’accord aux délégations indépendantistes et non-indépendantistes, les appelant à «faire preuve d’audace» et à «se hisser à la hauteur de ce moment décisif et historique».[5] Il a également rencontré les maires calédoniens pour évoquer sécurité, finances locales, reconstruction et scolarité. Les dotations communales 2025 ont été confirmées, les subventions d’investissement débloquées, et une enveloppe de 200 millions d’euros reste en cours d’arbitrage pour soutenir des communes en première ligne face à la précarité croissante.
22 milliards d’euros pour l’ensemble des Outre-mer dans le budget 2026
Le budget 2026, adopté le 2 février après engagement de la responsabilité du gouvernement sur le fondement du 49.3, prévoit un effort global de près de 22 milliards d’euros pour les territoires ultramarins.[4] La mission Outre-mer intègre des mesures qui concernent directement l’ensemble des collectivités, de la Martinique à Mayotte en passant par la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie.
Ce cadre budgétaire arrive dans un contexte où la plupart des territoires montrent des signaux positifs. L’inflation recule, le crédit repart dans certaines zones, le climat des affaires se redresse. La Nouvelle-Calédonie est, dans ce tableau d’ensemble, la variable qui tire les moyennes vers le bas.
| Territoire | Taux de créances douteuses |
|---|---|
| Polynésie française | 2,5 % |
| Nouvelle-Calédonie | Largement supérieur à 2,5 % |
Source : IEOM via Outre-mer La 1ère
Pourquoi la Nouvelle-Calédonie décroche du reste de l'outre-mer
La question politique, préalable à tout rebond durable
Valls l’a dit lui-même en rencontrant les élus locaux : la reprise économique est liée à la paix civile. Sans accord politique sur le statut de l’archipel, les investisseurs restent en retrait, les reconstructions s’éternisent et les départs de population active se poursuivent. Les deux associations de maires calédoniens devaient se réunir la semaine suivant la visite du ministre pour formuler des propositions sur la place des communes dans le futur statut institutionnel.
Le rapport de l’IEOM donne aux responsables calédoniens une photographie précise de l’écart qui se creuse avec le reste de l’outre-mer français. L’enjeu, pour l’archipel, est d’enclencher une dynamique de reconstruction avant que cet écart ne devienne structurel.
Économie ultramarine 2026 : les chiffres à retenir
- Le rapport annuel de l'IEOM signale un redressement économique dans la majorité des territoires ultramarins après les crises de 2024.
- La Nouvelle-Calédonie affiche un taux de créances douteuses très supérieur aux 2,5 % observés en Polynésie française.
- Le budget 2026 prévoit près de 22 milliards d'euros pour l'ensemble des Outre-mer, adopté le 2 février via le 49.3.
- Manuel Valls a remis un projet d'accord politique aux délégations calédoniennes et confirmé une enveloppe de 200 millions d'euros pour les communes.
- Un an après les émeutes de mai 2024, le marché de l'emploi à Nouméa compte 100 candidats pour une seule place en formation.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
