Le Grand Est engage un pacte industriel centré sur la création d’emplois, la modernisation des usines et le financement de formations dans les filières stratégiques.
La région Grand Est n’a pas attendu que le débat sur la réindustrialisation se fixe au niveau national pour poser ses pièces. Le pacte industriel qu’elle porte vise à mobiliser les leviers disponibles sur son territoire : investissements dans les sites de production, montée en compétences des salariés et attractivité pour les filières à fort potentiel. L’ambition est de traduire une dynamique nationale en réalité concrète, usine par usine, formation par formation.
Le contexte n’est pas anodin. La reconversion interne des salariés s’impose progressivement comme une réponse à la tension sur les compétences dans l’industrie, la cybersécurité ou la défense. Plutôt que de recruter à l’extérieur, des entreprises misent sur leurs propres effectifs, en garantissant le maintien de la rémunération, l’accompagnement par un mentor et un droit au retour en cas d’échec.
Nucléaire, hydrogène vert, santé : trois filières au cœur du dispositif
Le pacte cible en priorité les secteurs où le Grand Est dispose d’un socle existant. Le nucléaire figure en tête, une filière pour laquelle la région dispose d’un tissu industriel dense autour des sites de production d’électricité et de leurs sous-traitants. L’hydrogène vert et la santé complètent le triptyque.
Ces trois secteurs ont en commun d’exiger des compétences très spécifiques, difficiles à trouver sur le marché du travail. C’est précisément l’enjeu que le pacte cherche à traiter en finançant des formations innovantes, initiales comme continues. L’objectif affiché est de former des démonstrateurs, de nouvelles certifications et, dans certains cas, de soutenir l’immobilier nécessaire à l’implantation des centres de formation. [2]
La logique rejoint celle qu’on observe ailleurs dans l’industrie française : une académie créée pour simuler l’environnement d’une ligne de production permet de former annuellement près de 1 700 salariés, dont certains changent complètement de profession. Des horlogers, des couturières, des maquettistes sont recherchés pour la minutie de leur travail. [5]
Formation et reconversion : le nerf de la guerre pour les industriels
Le volet formation du pacte traduit une réalité que les entreprises du Grand Est vivent au quotidien. Trouver des techniciens qualifiés pour les nouvelles lignes de production ou les équipements de maintenance est devenu un défi structurel. La solution passe de plus en plus par la reconversion interne.
Des entreprises, notamment les plus grandes, proposent à leurs salariés des parcours de réorientation assortis de garanties fortes. «Nous leur garantissons le maintien de leur rémunération, un mentor et le droit au retour», explique-t-on dans les secteurs en tension. Le salarié qui bascule vers un nouveau métier ne prend pas de risque financier, ce qui lève l’un des freins traditionnels à la mobilité interne. [5]
La transition écologique renforce cette dynamique. Comme le souligne l’économiste Mathilde Guergoat-Larivière, «il existe un double besoin dans la transition écologique : des formations dans l’emploi et des formations permettant de changer d’emploi». Le pacte du Grand Est intègre cette double dimension : maintenir les compétences existantes tout en anticipant les métiers qui n’existent pas encore sur le territoire. [1]
Le secteur de la formation professionnelle traverse pourtant une période de fragilisation. Après l’essor rapide qui a suivi la libéralisation de 2018, les contrôles se sont intensifiés et les politiques de soutien à l’apprentissage se sont resserrées. Le pacte devra donc composer avec un écosystème de formation sous pression, où les financements publics sont plus sélectifs qu’ils ne l’étaient.
Ce que le pacte Grand Est change pour l'industrie régionale
Un appel à manifestation d’intérêt pour structurer les lauréats
Pour sélectionner les projets éligibles aux financements, le dispositif passe par un appel à manifestation d’intérêt. L’objectif est de financer des formations innovantes de tous niveaux, des démonstrateurs industriels, des certifications nouvelles et, le cas échéant, des projets immobiliers au service des filières prioritaires.
Le calendrier et la composition du jury restaient à finaliser au moment de la publication, mais les premiers lauréats devaient être désignés dans un délai d’environ un an. [2]
Le Grand Est mise ainsi sur une sélection par la qualité des projets plutôt que sur un saupoudrage de financements. Les porteurs de formations qui visent le nucléaire, l’hydrogène ou la santé ont intérêt à structurer des dossiers solides : la concurrence entre territoires pour capter ces filières est réelle, et le Grand Est ne sera pas le seul à se positionner.
Pacte industriel Grand Est : les points clés à retenir
- Le pacte cible trois filières prioritaires : nucléaire, hydrogène vert et santé.
- Les entreprises proposent des reconversions internes avec maintien de salaire et droit au retour.
- Un appel à manifestation d'intérêt finance formations innovantes, certifications et immobilier industriel.
- Près de 1 700 salariés sont formés chaque année dans certaines académies industrielles internes.
- Le secteur de la formation professionnelle est fragilisé depuis le resserrement des financements publics post-2018.
Sources
3 sources · 5 faits sourcés
