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Patrons du CAC 40 : 6,5 millions d’euros en moyenne en 2024, mais les écarts battent des records

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En 2024, un grand patron du CAC 40 a touché en moyenne 6,5 millions d’euros. La moyenne recule, mais la médiane bat tous ses records depuis 1999.

Le chiffre semble paradoxal. Les rémunérations des dirigeants du CAC 40 ont baissé l’an dernier, et pourtant les inégalités au sein du groupe se creusent. C’est le portrait que dresse le cabinet Proxinvest dans son dernier baromètre annuel : une moyenne en repli, une médiane au plus haut, et un podium entièrement recomposé.

Pour comprendre ce que ces millions recouvrent concrètement, il faut décomposer la structure de la rémunération. Un dirigeant du CAC 40 perçoit une part fixe, un bonus annuel lié aux performances de l’exercice, et une rémunération en actions calculée sur trois ans. La part fixe moyenne dans l’indice s’élève à 1,4 million d’euros. Le bonus est plafonné, en moyenne, à 186 % du fixe. L’incitation à moyen terme en actions peut atteindre jusqu’à 285 % du fixe, sauf si le plafond est exprimé en nombre de titres plutôt qu’en valeur, ce qui avantage le dirigeant quand le cours monte.

En chiffres
6,5 M€
Rémunération moyenne d'un patron du CAC 40 en 2024
-9 % par rapport à 2023
5,6 M€
Rémunération médiane en 2024
Plus haut niveau depuis 1999
23,1 M€
Rémunération de Francesco Milleri (EssilorLuxottica)
Plus de 2x son niveau de 2023
110x
Écart entre un patron du CAC 40 et un salarié moyen
Plafond public : 450 000 € (décret 2012)
+54 %
Hausse de la rémunération moyenne entre 2011 et 2024
De 4,2 M€ à 6,5 M€

9 % de recul en moyenne, un plus haut historique pour la médiane

La rémunération moyenne des patrons du CAC 40 s’est établie à 6,5 millions d’euros en 2024, soit un recul de 9 % par rapport à 2023, selon Proxinvest. [2] Mais cette moyenne masque une réalité plus contrastée. La rémunération médiane, elle, a progressé de 5 % pour atteindre environ 5,6 millions d’euros, son niveau le plus élevé depuis la première publication du rapport Proxinvest en 1999. Autrement dit, la moitié des dirigeants du CAC 40 gagnent plus de 5,6 millions d’euros par an.

Ce double mouvement, baisse de la moyenne et hausse de la médiane, traduit un phénomène précis : quelques rémunérations exceptionnelles tirent la moyenne vers le bas quand elles diminuent, tandis que le bloc central des dirigeants continue de progresser. Les écarts entre les mieux et les moins bien payés se creusent donc, même si l’enveloppe totale se contracte.

Rémunérations des dirigeants du CAC 40 en 2024
Indicateur Montant 2024 Évolution vs 2023
Rémunération moyenne 6,5 millions d’euros -9 %
Rémunération médiane 5,6 millions d’euros +5 %
Part fixe moyenne (CAC 40) 1,4 million d’euros n.d.

Source : La Tribune / Proxinvest

EssilorLuxottica, Bolloré, Dassault Systèmes : le podium 2024 entièrement recomposé

Francesco Milleri, PDG d’EssilorLuxottica, domine le classement avec une rémunération totale de 23,1 millions d’euros en 2024, soit plus du double de ce qu’il avait perçu en 2023. Il devance Cyrille Bolloré (groupe Bolloré), crédité de 15,7 millions d’euros, et Pascal Daloz, directeur général de Dassault Systèmes depuis janvier 2024, à 15,5 millions d’euros.

Ce remaniement au sommet illustre précisément pourquoi la moyenne recule : les très hauts niveaux de 2023 ne se répètent pas tous, pendant que de nouveaux entrants ou des dirigeants en place signent des exercices records.

Top 3 des patrons du CAC 40 les mieux rémunérés en 2024
Dirigeant Entreprise Rémunération totale
Francesco Milleri EssilorLuxottica 23,1 millions d’euros
Cyrille Bolloré Groupe Bolloré 15,7 millions d’euros
Pascal Daloz Dassault Systèmes 15,5 millions d’euros

Source : La Tribune / Proxinvest

Pourquoi les écarts de salaires au CAC 40 s'élargissent

Moyenne en baisse, médiane en hausse
La rémunération moyenne recule de 9 % en 2024, mais la médiane progresse de 5 % à 5,6 millions d'euros, son record absolu depuis 1999. Les écarts internes s'élargissent.
EssilorLuxottica double la mise
Francesco Milleri perçoit 23,1 millions d'euros en 2024, plus du double de l'année précédente. Il devance Cyrille Bolloré (15,7 M€) et Pascal Daloz de Dassault Systèmes (15,5 M€).
Fixe en hausse dans six groupes
Sanofi, L'Oréal, BNP Paribas ou encore Unibail-Rodamco-Westfield ont relevé le fixe de leur dirigeant pour 2025, avec des hausses allant de 6 % à 25 %.
110 fois le salaire d'un employé moyen
L'écart entre les grands patrons de l'indice et leurs salariés dépasse un facteur 110. Les dirigeants du secteur public, eux, sont plafonnés à 450 000 euros par décret depuis 2012.
Actionnaires globalement conciliants
Malgré des niveaux records, les assemblées générales approuvent massivement les politiques de rémunération. La pression réglementaire sur un plafonnement légal reste à ce jour sans suite en France.

Les fixes relevés dans plusieurs grands groupes

En dehors des envolées liées aux parts variables et aux actions, les rémunérations fixes bougent aussi. Six sociétés du CAC 40 ont relevé leurs fixe au titre de 2025 : Pernod Ricard (+6 %), Sanofi (+14,3 %), L’Oréal (+15 %), Unibail-Rodamco-Westfield (+20 %) et BNP Paribas (+25 %), auquel s’ajoute Valeo, hors indice, à +12,8 %. [4]

BNP Paribas porte ainsi son fixe à 2,3 millions d’euros, quand Société Générale maintient le sien à 1,65 million et Crédit Agricole à 1,1 million. Dans le secteur bancaire, la réglementation limite la somme des parts variables à 200 % du fixe, pour ne pas encourager une prise de risque excessive. Le seul levier de croissance reste donc le fixe, ce qui explique des hausses parfois marquées.

110 fois le salaire moyen d’un salarié, 14 fois moins que le private equity

L’écart entre un patron du CAC 40 et le reste des salariés donne le vertige : les grands dirigeants de l’indice gagnent plus de 110 fois le salaire moyen d’un employé. À l’autre extrémité de l’échelle, les dirigeants de grandes entreprises publiques sont plafonnés à 450 000 euros annuels par un décret datant de 2012.

Reste que ce niveau de rémunération se situe bien en deçà de ce que proposent les fonds de private equity pour des profils comparables. Jean de Calbiac, associé chez Alva Avocats et conseil de plusieurs dirigeants du CAC 40, le dit sans détour : “S’ils allaient travailler dans le private equity, ce serait peut-être moins prestigieux, mais ils gagneraient beaucoup mieux leur vie et seraient bien moins exposés aux critiques.” [4]

De 4,2 millions en 2011 à 6,5 millions en 2024 : une décennie de hausse structurelle

La comparaison longue durée remet les chiffres en perspective. En 2011, la rémunération moyenne d’un patron du CAC 40 s’établissait à 4,2 millions d’euros, selon Le Figaro. [5] En 2024, elle atteint 6,5 millions, soit une progression de plus de 54 % sur treize ans, malgré les à-coups annuels. La baisse de 9 % enregistrée en 2024 par rapport à 2023 s’inscrit donc dans un trend de long terme résolument orienté à la hausse.

La médiane à 5,6 millions, record absolu depuis 1999, confirme que cette tendance ne se concentre pas sur quelques cas extrêmes : elle irrigue l’ensemble du groupe des dirigeants du premier indice français.

Rémunérations CAC 40 en 2024 : les chiffres à retenir

  • En 2024, la rémunération moyenne d'un patron du CAC 40 s'établit à 6,5 millions d'euros, selon Proxinvest.
  • La médiane dépasse 5,6 millions d'euros, son plus haut niveau depuis la première publication du rapport en 1999.
  • Francesco Milleri (EssilorLuxottica) arrive en tête avec 23,1 millions d'euros, plus du double de son niveau 2023.
  • Les grands patrons du CAC 40 gagnent plus de 110 fois le salaire moyen d'un salarié.
  • BNP Paribas a relevé le fixe de son dirigeant de 25 % au titre de 2025, à 2,3 millions d'euros.
  • En 2011, la rémunération moyenne d'un patron du CAC 40 n'était que de 4,2 millions d'euros.
Antoine Rives
Antoine Rives
Antoine couvre l'économie et la vie des entreprises. Résultats, investissements, emploi, Choose France : il remet les chiffres en perspective et distingue la communication du fait économique. Du CAC 40 à la PME, il cherche l'info derrière le communiqué.

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