À 19 ans, Paul Seixas boucle sa deuxième semaine de Tour de France quatrième au général, à 25 secondes du podium, après deux podiums d’étape et un maillot blanc historique.
Premier Grand Tour, premières leçons. Paul Seixas, qui courait encore avec les juniors il y a trois ans, vient de négocier quatorze étapes du Tour de France avec une maturité qui surprend jusque dans son camp. Au soir de la deuxième journée de repos, le Lyonnais de l’équipe Decathlon CMA CGM occupe la quatrième place au classement général. Vingt-cinq secondes le séparent du podium provisoire. « On est contents, on est dans le Top 5. Les écarts ne sont pas gros. On va continuer notre plan de marche et vraiment, on est sereins et satisfaits », résume Dominique Serieys, directeur général de sa formation, au pied de la montée du plateau de Solaison dimanche en fin d’après-midi.
La deuxième semaine a vu le jeune Français confirmer ce qu’il avait montré en première semaine : une capacité à rester dans les roues des meilleurs, une intelligence de course qui tranche avec son âge et, surtout, une audace qui lui a permis de glaner deux podiums d’étape. Au Lioran d’abord, lors de la 10e étape, puis au Markstein quatre jours plus tard, Seixas a terminé troisième, à chaque fois en lançant un dernier effort dans l’ascension finale pour arracher quelques secondes de bonification. Deux coups d’éclat qui ont fait monter la pression médiatique d’un cran.
Le Markstein lui a aussi offert son premier maillot blanc de meilleur jeune, qu’il a revêtu samedi sur le podium protocolaire avant de l’étrenner dimanche sur la route de la 15e étape entre Champagnole et le plateau de Solaison. Les livres d’histoire du Tour retiendront peut-être ce détail : à 19 ans et 297 jours, il devient le plus jeune porteur d’une tunique distinctive de l’épreuve. Un symbole qui s’ajoute aux chiffres.
Une gestion de l’effort saluée par son équipe
Au-delà des résultats bruts, c’est la manière qui rassure chez Decathlon CMA CGM. « On est content que Paul ait bien pu gérer la montée, parce que c’était encore une montée avec une intensité incroyable, une très belle bagarre entre l’équipe UAE, Red Bull, et nous aussi avec Lidl-Trek », souligne Dominique Serieys après l’arrivée à Solaison. Tout au long de la semaine, coéquipiers et staff ont loué son intelligence de course et sa capacité à doser l’effort. Sur un premier Tour, cette lucidité vaut autant qu’un classement flatteur.
Dimanche, pourtant, Seixas a connu son premier vrai coup de moins bien. Dans l’ascension du plateau de Solaison, sur les routes de son enfance[1], il n’a pas réussi à soutenir le rythme imprimé par Tadej Pogacar, mué en équipier modèle pour Isaac Del Toro. Florian Lipowitz dans sa roue, le Français est monté à son tempo, concédant presque une minute au vainqueur du jour, Remco Evenepoel. « J’ai fait la montée à mon rythme », a-t-il expliqué après la ligne, affichant une certaine frustration mais aussi un recul rare pour un coureur de son âge.
Ce léger fléchissement ne change rien à la donne : Seixas reste dans le coup pour le podium et conserve toutes ses chances dans la bataille pour le maillot blanc. Plusieurs candidats au podium général sont éligibles à ce classement, dont le Mexicain Isaac Del Toro et l’Espagnol Juan Ayuso. La troisième semaine, placée sous le signe de la haute montagne, devrait trancher.
La troisième semaine, là où tout se jouera
Après quinze étapes et deux semaines de course, les écarts au classement général restent serrés. Les principaux favoris, Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, n’ont pas encore fait exploser la course. C’est justement dans la troisième semaine, avec des étapes comme celle menant à l’Alpe d’Huez en double ascension, que le sort du classement général devrait se sceller. Pour Seixas, l’inconnue reste entière : personne ne sait comment son organisme réagira après trois semaines de course à ce niveau d’intensité. Lui-même l’avait dit avant le départ de Barcelone : « Je ne me fixe pas d’objectif plus précis parce que je vais dans l’inconnu, n’ayant jamais couru une épreuve aussi longue et exigeante. »
La chute qu’il a subie lors du Tour Auvergne-Rhône-Alpes en juin, qui l’avait contraint à l’abandon, avait semé le doute. « Après mon abandon, j’ai pu reprendre ma préparation presque comme prévu, avec quelques ajustements à certaines séances d’entraînement à cause de mes blessures », avait-il confié avant le Tour[5]. Ce faux pas n’a finalement pas entamé sa forme. Au contraire, il s’est présenté au départ « en grande forme », selon ses propres mots.
Decathlon CMA CGM, son équipe actuelle, voit en lui un coureur capable de rivaliser avec les meilleurs dans les années à venir. Des rumeurs le donnent déjà courtisé par toutes les grandes formations du peloton, y compris celle de Pogacar. Sa cote ne cesse de grimper. À 19 ans, il porte déjà le poids des attentes d’un pays en quête d’un successeur aux grands noms du cyclisme français.
Pourquoi Seixas reste dans le coup pour le podium
Un phénomène sous pression, mais serein
Seixas a prouvé cette saison qu’il savait produire des efforts hors norme. En février, lors de la Faun-Ardèche Classic, il avait attaqué à 40 kilomètres de l’arrivée dans la montée de Saint-Romain-de-Lerps, un effort estimé à 7,2 W/kg sur 16 minutes. Des valeurs qui le placent dans le Top 5 mondial actuel sur ce type de durée[4]. Il avait ensuite bouclé le final en solitaire, à près de 45 km/h de moyenne, reléguant un trio composé de Lenny Martinez, Matteo Jorgenson et Jan Christen à 1 minute 48.
Ce type de performances, dès le début de saison, avait alimenté les espoirs. Mais aussi les interrogations : comment un si jeune coureur peut-il afficher de tels watts en février ? Les explications avancées pointent un stage en altitude en amont et une préparation ciblée. Peu importe le comment, le résultat est là : Seixas impressionne.
Interrogé sur la pression qui pèse sur ses épaules, le Français reste calme. « Je me sens prêt à donner tout ce que j’ai et à réaliser le meilleur résultat possible », déclarait-il avant le départ[5]. Pas de grands discours, pas de promesses démesurées. Juste une confiance tranquille qui détonne dans un peloton où beaucoup de coureurs de son âge seraient déjà submergés.
La troisième semaine du Tour de France s’annonce décisive. Entre la Croix de Fer, le Galibier et l’Alpe d’Huez, les cartes vont être rebattues. Les équipes qui ont encore des coéquipiers en nombre pourront tenter de faire la différence. Pour Seixas, l’objectif reste le même : tenir son rang, grappiller quelques secondes quand l’occasion se présente et, surtout, terminer ce premier Tour dans les meilleures conditions possibles. « On est sereins et satisfaits », répète Dominique Serieys. Le message est clair : pas question de tout risquer pour un podium hypothétique. Mais si l’occasion se présente, le jeune Lyonnais ne la laissera pas filer.
À Solaison, dimanche, il a perdu du temps pour la première fois. Ce n’est peut-être qu’un coup de moins bien passager. Ou le signe que la fatigue commence à peser. La réponse viendra dans les prochains jours, sur les routes des Alpes. D’ici là , Paul Seixas peut se dire qu’il a déjà réussi son Tour. Le reste n’est qu’un bonus.
Paul Seixas au Tour 2026 : les faits clés
- Seixas est quatrième au général à 25 secondes du podium après 15 étapes
- Il a décroché deux troisièmes places d'étape au Lioran et au Markstein
- À 19 ans et 297 jours, il devient le plus jeune porteur d'une tunique distinctive du Tour
- Dimanche à Solaison, il a concédé près d'une minute aux meilleurs pour la première fois
- La troisième semaine, avec Galibier et Alpe d'Huez, sera décisive pour le podium
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

