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Pays-Bas, Naval Group, FDI : comment un blocage belgo-néerlandais ouvre la porte à Paris

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La Haye et Bruxelles coincées sur leur programme commun de bâtiments de surface : c’est dans cette impasse que La Haye examine la solution française, la frégate de défense et d’intervention.

L’information vient du site néerlandais Marineschepen.nl, publié ce 22 juillet 2026 par Jaime Karremann, après entretiens avec des initiés. Les Pays-Bas et la France ont entamé des échanges sur leurs futures frégates. Le stade reste précoce, aucune décision de commande ni même de conception n’est sur la table. Mais le simple fait que La Haye regarde vers la FDI marque un tournant : le blocage avec Bruxelles ouvre une opportunité que Paris n’attendait pas.

Le contexte rend la séquence plus parlante encore. La présence, en avril 2026, du destroyer français Chevalier Paul et de la frégate néerlandaise Zr.Ms. Evertsen avait déjà illustré la densité des contacts opérationnels entre les deux marines, sans qu’on puisse en déduire quoi que ce soit sur le contenu industriel des échanges. Aujourd’hui, le contenu se précise.

En chiffres
5,6 Md€
Contrat sous-marins Orka
4 unités Blacksword Barracuda, 2024
5
FDI en série française
Cinquième frégate commandée le 31 mars 2026
17 juillet
Amendement ICA signé
Élargit la coopération industrielle néerlandaise

Un contrat de 5,6 milliards d’euros sur les sous-marins

En 2024, les Pays-Bas ont retenu Naval Group pour fournir 4 sous-marins de type Blacksword Barracuda, destinés à remplacer les Walrus de la marine royale néerlandaise. Le montant était évalué à environ 5,6 milliards d’euros. Le Parlement néerlandais a avalisé cette acquisition le 11 juin, selon les éléments disponibles. Le 26 juin, un recours de ThyssenKrupp Marine Systems devait encore être examiné devant la cour de La Haye. Le programme, baptisé Orka aux Pays-Bas, a déjà profondément modifié l’équilibre industriel naval local.

Ce contrat donne à Naval Group une assise stratégique majeure dans la flotte néerlandaise. La perspective d’ajouter les frégates de surface à cette position, si les discussions se concrétisent, dessinerait un basculement complet : Damen, le principal constructeur naval militaire néerlandais, verrait son rôle domestique réduit alors que l’industriel français occuperait les deux segments lourds, submersible et surface.

Torpilles, coopération industrielle et accélération

A submarine docked at an urban waterfront with scenic hills in the background.
A submarine docked at an urban waterfront with scenic hills in the background. — Photo : Erik Mclean / Pexels

Le 16 juin 2026, les Pays-Bas ont signé avec Naval Group un contrat pour l’achat de torpilles lourdes F21. Le 17 juillet 2026, le ministère néerlandais des Affaires économiques et du Climat et Naval Group ont signé à La Haye un amendement à l’accord de coopération industrielle, l’Industrial Cooperation Agreement, lié au programme de remplacement des sous-marins néerlandais. Cet amendement autorise l’industriel français à contractualiser avec de nouvelles entreprises néerlandaises pour la fabrication des sous-marins de classe Orka et des torpilles lourdes F21.

Cette extension du réseau industriel local montre que Naval Group ne se contente pas de livrer des bâtiments clés en main : le groupe tisse un maillage d’acteurs néerlandais dans sa chaîne de production, créant une interdépendance qui rend plus difficile un retour en arrière. L’amendement à l’ICA consolide cette stratégie.

Pourquoi ce basculement industriel compte

Emprise stratégique néerlandaise
Naval Group contrôle désormais les sous-marins (Orka, 5,6 Md€) et examine les frégates de surface (FDI). Damen, constructeur local, voit son rôle réduit. Un basculement complet de la base industrielle navale néerlandaise vers la France.
Cinquième FDI : charge de travail garantie
La commande française du 31 mars 2026 prolonge la série en construction à Lorient. Ligne de production ouverte, coûts récurrents partagés, maturité technique prouvée : cela facilite les offres export.
Axe Paris-La Haye-Stockholm face au Sud
Le rapprochement TKMS-Fincantieri-Navantia (Type 212 NFS) pousse Paris, La Haye et Stockholm vers une coopération navale plus étroite. La Suède a déjà choisi la FDI (classe Luleå). Un axe nord-ouest se dessine.
Partenariats industriels locaux
Naval Group tisse un maillage d'acteurs néerlandais (amendement ICA du 17 juillet) et grecs (protocole Metlen, mars 2026). Cette stratégie crée des emplois locaux et renforce le poids politique des offres lors des appels d'offres.
Retards Damen : une brèche pour Naval Group
Le programme ASWF belgo-néerlandais, confié à Damen, accumule les retards. Bruxelles cherche une solution alternative pour combler le retrait du Leopold Ier fin 2028. Naval Group, en position de recours, peut rafler une part de marché imprévue.

Une cinquième FDI française commandée en mars 2026

Le 31 mars 2026, la Direction générale de l’armement a notifié à Naval Group la commande d’une cinquième frégate de défense et d’intervention pour la Marine nationale[4]. Cette commande prolonge la série en construction à Lorient et offre à Naval Group une visibilité de charge de travail qui facilite les offres export : la ligne de production reste ouverte, les coûts récurrents sont partagés, la maturité technique est prouvée.

La FDI embarque le système de défense aérienne Aster, des missiles antinavires Exocet, une plateforme hélicoptère et un équipement de guerre anti-sous-marine de dernière génération développé par Thales. Le système de lancement modulaire, le LMP, lui confère aussi une capacité anti-drone. Cette architecture multicouche, du missile antibalistique longue portée à la défense rapprochée contre les essaims de drones, correspond aux besoins des marines confrontées à des menaces asymétriques et conventionnelles mêlées.

Un partenariat grec pour élargir la base industrielle

Spacious industrial hall with machinery and equipment for manufacturing. Ideal stock image for industry themes.
Spacious industrial hall with machinery and equipment for manufacturing. Ideal stock image for industry themes. — Photo : Mandiri Abadi / Pexels

En mars 2026, Naval Group et le groupe grec Metlen ont signé un protocole d’accord pour élargir leur coopération sur les programmes de sous-marins et de bâtiments de surface[3]. Metlen, via sa filiale M Technologies basée à Volos, prévoit un pôle industriel de six installations dans la région pour soutenir les programmes de défense européens et la fabrication de pointe.

L’accord illustre la stratégie de Naval Group : nouer des partenariats industriels locaux en amont des futures compétitions. Cette approche permet d’intégrer des capacités de production chez des alliés, de créer des emplois locaux et de renforcer le poids politique d’une offre lors d’un appel d’offres. Le rapprochement franco-grec s’inscrit dans un renforcement plus large des liens bilatéraux en matière de défense.

Damen sur une séquence moins favorable

Damen, constructeur naval militaire néerlandais, traverse une phase compliquée. Le programme commun de bâtiments de surface avec la Belgique, confié à Damen, accumule les retards. À Bruxelles, le retrait annoncé du Leopold Ier à la fin de 2028 crée une rupture capacitaire que le programme ASWF de frégate anti-sous-marine, piloté par Damen, ne parviendra pas à combler à temps. C’est dans cette brèche que l’option d’une FDI de Naval Group a été évoquée lors d’échanges récents, selon les sources néerlandaises.

Cette recherche d’une solution alternative témoigne d’un doute sur la capacité de Damen à tenir les calendriers. Pour le constructeur néerlandais, l’enjeu dépasse le seul programme belge : sa crédibilité domestique est en jeu. Naval Group, en position de recours, se trouve en situation de rafler une part de marché qu’il ne visait pas initialement.

Naval Group aux Pays-Bas : programmes en cours et prévus
Programme Type Montant / Volume Statut
Orka (Blacksword Barracuda) Sous-marins 4 unités, 5,6 Md€ Contrat signé 2024, validé Parlement 11 juin
Torpilles F21 Armement Non communiqué Contrat signé 16 juin 2026
FDI (hypothèse) Frégate de surface En discussion Stade précoce, pas de décision

Source : Meta-Defense

Un contexte européen qui redistribue les cartes

Le rapprochement annoncé entre TKMS (Allemagne), Fincantieri (Italie) et Navantia (Espagne) autour des sous-marins Type 212 NFS et CD redistribue les équilibres industriels en Europe. Cette consolidation sud-européenne et germanique pousse Paris, La Haye et Stockholm à examiner une coopération plus étroite sur l’ensemble du spectre naval. La Suède a déjà choisi la FDI pour former sa classe LuleÃ¥, répondant à l’absence de capacité d’escorte hauturière et de défense aérienne de zone de la Svenska marinen, mise en évidence par l’adhésion du pays à l’Otan et la dégradation de l’environnement de sécurité en mer Baltique.

Cette convergence Paris-La Haye-Stockholm dessine un axe nord-ouest distinct de l’axe sud-est en gestation. Pour Naval Group, cet alignement offre une profondeur de marché et une mutualisation de développements qui renforcent la compétitivité face aux consortiums concurrents. Pour les Pays-Bas, s’appuyer sur un partenaire français au lieu de miser exclusivement sur Damen peut apparaître comme un rééquilibrage nécessaire face aux ambitions allemandes et italiennes.

Naval Group aux Pays-Bas : les faits clés

  • Les Pays-Bas examinent la FDI française après un blocage du programme commun de surface avec la Belgique.
  • Naval Group a signé en 2024 un contrat de 5,6 milliards d'euros pour 4 sous-marins Blacksword Barracuda.
  • Le 31 mars 2026, la DGA a commandé une cinquième FDI pour la Marine nationale.
  • Le 17 juillet 2026, Naval Group et La Haye ont signé un amendement élargissant la coopération industrielle néerlandaise.
  • En mars 2026, Naval Group et le grec Metlen ont signé un protocole d'accord sur sous-marins et bâtiments de surface.
  • Damen traverse une séquence difficile, avec des retards sur le programme ASWF belgo-néerlandais.
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

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