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Pendant que la Norvège a renoncé, le Japon lance à Fukuoka la première centrale osmotique d’Asie avec 880 000 kWh par an

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Le Japon produit de l’électricité à partir de la différence de sel entre deux eaux. Sa centrale de Fukuoka tourne depuis août 2025, quand la Norvège a jeté l’éponge sur cette technologie.

L’installation ne capte ni le soleil, ni le vent. Elle tire son courant du contraste de salinité entre deux courants d’eau qui se rencontrent à travers une membrane. Le principe porte un nom : énergie de gradient salin, aussi appelée énergie bleue.

Elle est logée dans le centre de dessalement Uminonakamichi Nata, surnommé Mamizupia, à Fukuoka. C’est la première centrale osmotique du Japon, la première en service en Asie et la deuxième au monde selon la documentation officielle. Le courant a commencé à couler le 5 août 2025.

La physique en jeu paraît limpide, l’ingénierie beaucoup moins. Placez une eau peu salée d’un côté d’une membrane, une eau très salée de l’autre : l’eau douce migre vers l’eau salée pour équilibrer les concentrations[1]. Ce déplacement crée une pression. Dirigée vers une turbine, cette pression devient de l’électricité.

En chiffres
880 000
kWh produits par an
environ 290 foyers de Fukuoka
90 %
taux d'utilisation
indépendant de la météo
30 W/m²
membranes Sweetch Energy
contre 12,6 W/m² auparavant
2e
centrale osmotique au monde
après le Danemark en 2023

Deux déchets marins recyclés en courant à Fukuoka

L’astuce du site tient dans les eaux qu’il utilise. Pas de l’eau douce et de l’eau de mer classique, mais deux rejets. D’un côté la saumure, cette « eau de mer concentrée » que crache le procédé de dessalement. De l’autre, des eaux usées traitées venues d’une station voisine. Deux courants qui posaient problème trouvent une seconde vie[1].

La saumure du dessalement affiche environ 8 % de sel, plus du double de l’eau de mer ordinaire située autour de 3,5 %, selon les chiffres relayés par les autorités japonaises. Avant, il fallait gérer ce rejet avec précaution pour épargner les écosystèmes marins. Il alimente désormais la production électrique. Le défi environnemental du dessalement ne disparaît pas, mais un flux existant est mieux valorisé.

La centrale osmotique de Fukuoka en chiffres
Indicateur Valeur
Puissance nette environ 110 kW
Production annuelle maximale 880 000 kWh
Taux d’utilisation proche de 90 %
Mise en service 5 août 2025
Salinité de la saumure environ 8 %

Source : ECOticias

Les 880 000 kWh annuels équivalent à la consommation d’environ 290 foyers de Fukuoka, ou à la production annuelle de deux terrains de football recouverts de panneaux solaires[1]. D’autres bilans avancent plutôt 220 foyers desservis[3]. On ne parle donc pas d’éclairer une ville entière.

Sa valeur est ailleurs. La centrale peut tourner près de 90 % du temps, sans dépendre du soleil, des nuages, du vent ou de la pluie[3]. Elle fournit un courant stable à une usine gourmande en énergie. Une station de dessalement consomme de l’électricité chaque jour, la nuit comprise, quand aucun panneau ne produit.

Mamizupia n’est pas là par hasard. L’aire métropolitaine de Fukuoka compte des millions d’habitants et manque de grands cours d’eau. Le dessalement pèse lourd dans son approvisionnement : l’usine sort environ 50 000 mètres cubes d’eau douce par jour, de quoi couvrir les besoins de près de 250 000 personnes[1].

La Norvège a lâché, la France mise sur ses nanomembranes

L’énergie osmotique n’est pas neuve. La Norvège avait ouvert dès 2009 le premier prototype mondial à Tofte, porté par Statkraft. Prouesse technique, jamais transformée en solution commerciale. En 2013, Statkraft annonçait l’arrêt de ses investissements dans cette voie[1]. Une douzaine d’années d’efforts pour un abandon.

Le Danemark a repris le flambeau : la première centrale au monde y a été inaugurée en 2023 par la société SaltPower[2]. Fukuoka arrive derrière, en deuxième position mondiale. Les premiers systèmes butaient sur des obstacles concrets : la biosalissure bouchait les membranes par prolifération bactérienne, tandis que l’électrodialyse inverse durait mieux mais produisait très peu[2]. Les progrès des membranes lèvent peu à peu ces verrous.

C’est là que la France entre dans la partie. L’entreprise Sweetch Energy a développé des membranes de taille nanométrique, présentées comme bien plus efficaces que les modèles classiques. Elles génèrent entre 20 et 30 watts par mètre carré, quand les systèmes les plus avancés jusqu’ici plafonnaient à 12,6 watts[2]. Un écart de rendement qui, s’il se confirme à l’échelle industrielle, change l’équation économique de la filière.

Rendement des membranes osmotiques
Technologie Puissance par m²
Systèmes les plus avancés à ce jour 12,6 W/m²
Membranes nanométriques Sweetch Energy 20 à 30 W/m²

Source : Mundo Eléctrico

Pourquoi l'énergie osmotique intéresse la France

Une énergie constante
Contrairement au solaire et à l'éolien, la centrale osmotique tourne près de 90 % du temps, jour et nuit, sans dépendre de la météo.
Deux déchets valorisés
Le site combine la saumure du dessalement, salée à environ 8 %, et des eaux usées traitées, deux rejets jusqu'ici problématiques.
L'avance française sur les membranes
Sweetch Energy annonce des membranes nanométriques à 20 à 30 W/m², bien au-dessus des 12,6 W/m² des meilleurs systèmes précédents.
Un marché à construire
Ports, écluses et stations de dessalement offrent des sites d'intégration où deux eaux de salinité différente se rencontrent déjà.

Une brique industrielle qui vise ports et écluses

La centrale japonaise reste un premier pas réaliste. Elle ne remplace ni le solaire ni l’éolien, mais elle apporte ce qui devient rare dans un système électrique décarboné : de l’énergie constante, disponible quand le soleil s’est couché et que le vent tombe.

Son intérêt tient aussi à son intégration. Ce type d’installation peut se greffer sur des infrastructures existantes : ports, stations de dessalement, écluses[2]. Autant de sites où deux masses d’eau de salinité différente se côtoient déjà. Le communiqué officiel sur le démarrage de la centrale a été publié par le Consortium de l’eau du district de Fukuoka.

Akihiko Tanioka, spécialiste au Tokyo Institute of Science, résume l’ambition : « J’espère que cela se diffusera non seulement au Japon, mais dans le monde entier »[2]. Pour Sweetch Energy, la démonstration japonaise valide un marché que la jeune société française espère adresser avec ses membranes. Le rendement, cette fois, se joue au watt par mètre carré.

Énergie osmotique de Fukuoka : les chiffres à retenir

  • La centrale de Fukuoka produit de l'électricité depuis le 5 août 2025
  • Elle exploite la saumure du dessalement et des eaux usées traitées
  • Production annuelle maximale de 880 000 kWh, taux d'utilisation proche de 90 %
  • La Norvège a abandonné cette technologie en 2013
  • Le français Sweetch Energy revendique 20 à 30 W/m² contre 12,6 W/m² auparavant
Sophie Berlu
Sophie Berlu
Journaliste industrie, énergie & innovation Sophie suit l'industrie française, l'énergie et l'innovation. Nucléaire, ferroviaire, réindustrialisation, brevets : elle s'intéresse à ce qui se fabrique vraiment, dans les usines et sur les sites, loin des effets d'annonce.

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