En Polynésie française, le tourisme et le BTP concentrent l’essentiel des créations d’emplois. Mais derrière la dynamique, les difficultés de recrutement s’accumulent.
Le fenua n’a pas attendu les grandes déclarations pour confirmer ce que les données ISPF et IEOM dessinent depuis plusieurs trimestres : l’emploi tient, porté par deux secteurs qui avancent à des rythmes très différents. Le tourisme accélère, le BTP recrute mais n’arrive pas toujours à remplir ses rangs. Résultat : un marché du travail globalement bien orienté, mais structurellement fragile sur certains métiers.
Le tableau d’ensemble reste favorable. L’indicateur du climat des affaires se maintient largement au-dessus de sa moyenne de longue période, selon l’IEOM, porté par une fréquentation touristique proche de records. L’hôtellerie-restauration et les services figurent parmi les secteurs les plus actifs en matière d’embauche, confirmant le poids du tourisme dans l’économie locale.
75 539 touristes au deuxième trimestre 2025 : l’hébergement terrestre tire la croissance
Les chiffres publiés par l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF) sont nets : la Polynésie française a accueilli 75 539 touristes au deuxième trimestre 2025, soit une progression de 12,4 % sur un an. Cette hausse repose principalement sur l’hébergement terrestre marchand et la reprise du transport aérien.[2]
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Touristes accueillis (T2 2025) | 75 539 |
| Évolution sur un an | +12,4 % |
| Principaux leviers | Hébergement terrestre, transport aérien |
Source : Tahiti Infos / ISPF
Les retombées sur l’emploi sont directes : hébergement, transport de voyageurs, activités récréatives, les chiffres d’affaires de ces filières affichent une croissance significative. Les prix hôteliers restent globalement stables malgré la pression de la demande, ce qui préserve l’attractivité de la destination face à une concurrence internationale accrue. En revanche, l’ISPF relève une hausse générale des indices de prix pour le transport aérien international au départ de Tahiti.
La saison des croisières présente un tableau plus contrasté, sans que les sources disponibles ne précisent l’ampleur exacte du recul.
À Bora Bora, des offres d’emploi non pourvues dans l’hôtellerie
La croissance du tourisme ne résout pas tout. Hina Grepin-Louison, chef de service du SEFI, le dit sans détour : « Il y a beaucoup d’offres dans l’hôtellerie. À Bora Bora notamment, il y a trop d’offres d’emplois qui ne sont pas pourvues. »[4] L’hôtellerie et la restauration peinent à trouver des profils formés localement.
Le secteur du tourisme nautique cumule les mêmes difficultés. Selon Stéphane Renard, du cluster concerné, « la Polynésie manque de formation. Les acteurs du secteur préféreraient recruter localement, mais on a mal anticipé les besoins en termes de formation. Il en manque en Polynésie, donc les entreprises sont obligées de recruter des métropolitains ou des étrangers. Or, on le voit, à formation égale, les employeurs préfèrent recruter local. » Un déséquilibre qui freine la montée en puissance d’un secteur pourtant soutenu par le gouvernement polynésien.
La construction et la réouverture de grands hôtels prévues dans les prochaines années vont encore accentuer ce besoin de main-d’Å“uvre qualifiée. Le marché chinois, dont la présence au fenua progresse à un rythme soutenu, constitue un relais de croissance supplémentaire pour ces métiers.
Pourquoi le fenua peine à pourvoir ses postes clés
Le BTP recrute, mais le contexte national complique la donne
Le bâtiment reste l’autre secteur porteur de l’emploi polynésien. Les programmes de construction, liés notamment aux projets hôteliers et aux infrastructures publiques, maintiennent une demande de travaux soutenue. Mais ici aussi, les tensions sur les compétences sont réelles.[3]
À l’échelle nationale, Le Monde signale que les recrutements devraient reculer très fortement dans le bâtiment en 2026. Ce mouvement, s’il se confirme en métropole, pourrait paradoxalement aggraver les difficultés polynésiennes : les profils formés en France hexagonale, qui constituaient parfois un vivier de recrutement pour le fenua, seront moins disponibles à l’export si les carnets de commandes locaux se remplissent à nouveau.
L’IEOM, dans ses dernières tendances conjoncturelles portant sur la fin 2025, confirme que l’économie polynésienne avance à bon rythme, avec un marché du travail bien orienté dans le tertiaire. Les entreprises du secteur des services continuent d’embaucher pour accompagner la demande. Mais l’institut pointe aussi un ralentissement de la consommation des ménages, signe que la robustesse de la conjoncture n’est pas sans nuances.[1]
Une économie solide, mais exposée aux chocs extérieurs
La dépendance au tourisme est à double tranchant. Elle tire l’emploi vers le haut quand la fréquentation bat des records. Elle expose aussi le fenua à toute perturbation extérieure : ralentissement du trafic aérien international, retournement de la demande asiatique, tensions géopolitiques sur les prix du carburant. L’IEOM le formule clairement dans son rapport : la croissance locale reste sensible aux chocs extérieurs, et le pouvoir d’achat des ménages constitue une variable d’ajustement à surveiller.
À 70 % de taux de maintien dans le secteur pour les personnes ayant suivi une formation spécialisée, selon les données du SEFI, la formation professionnelle reste le levier le plus direct pour sécuriser durablement l’emploi dans le tourisme. Le gouvernement polynésien mise sur cette voie, avec des ouvertures de formations annoncées. Reste à calibrer l’offre sur les vrais besoins du terrain, notamment dans le nautisme et l’hôtellerie haut de gamme, où les postes vacants s’accumulent depuis plusieurs saisons.
Emploi au fenua 2026 : les chiffres du tourisme et du BTP
- 75 539 touristes accueillis en Polynésie française au T2 2025, +12,4 % sur un an selon l'ISPF.
- L'hôtellerie à Bora Bora affiche des offres d'emploi non pourvues, faute de candidats formés localement.
- 70 % des personnes ayant suivi une formation touristique restent dans le secteur, selon le SEFI.
- Le BTP et le tourisme nautique souffrent d'un déficit de formations locales, forçant le recrutement en métropole.
- L'IEOM signale un ralentissement de la consommation des ménages polynésiens fin 2025, malgré une conjoncture globalement positive.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
