ActualitésSCAF officiallement enterré : Dassault construira seul le successeur du Rafale

SCAF officiallement enterré : Dassault construira seul le successeur du Rafale

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Neuf ans de négociations, près de 100 milliards d’euros de budget estimé, et une rupture actée le 8 juin 2026 : le SCAF est mort. Dassault Aviation reprend la main, seul.

«Le président Macron et le chancelier fédéral sont parvenus à la conclusion commune que les entreprises ne parviennent pas à s’entendre sur la construction d’un avion de combat commun», a déclaré le gouvernement allemand lundi 8 juin. Quelques heures plus tard, l’Élysée confirmait, visiblement pris de court par la communication de Berlin : «Les autorités allemandes ont estimé qu’il n’était pas possible de presser davantage les entreprises concernées.» La France «reste néanmoins d’avis que la coopération franco-allemande est nécessaire à nos deux pays comme aux partenaires européens dans le domaine de la défense et de la sécurité».

Le Système de combat aérien du futur avait été lancé en grande pompe le 13 juillet 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, présenté alors comme l’affirmation d’un couple franco-allemand «efficace et ambitieux». L’Espagne s’était jointe au projet en 2019, ajoutant Indra à la liste des industriels impliqués aux côtés de Dassault, Airbus, Safran et Thales. Le programme portait sur sept piliers : le New Generation Fighter (NGF), le moteur, le cloud tactique, les capteurs, les drones de combat, la furtivité et la cohérence d’ensemble.

Dassault contre Airbus : neuf ans de blocage industriel

Le noeud du problème a toujours été le même : Dassault Aviation et Airbus n’ont jamais réussi à s’entendre sur le partage des responsabilités industrielles autour du NGF, pilier central du programme. La tension s’est encore aggravée lorsque Paris a accepté l’intégration espagnole à la demande de Berlin. Malgré deux années d’ingénierie commune et 1,2 milliard d’euros d’autorisations d’engagement budgétés par la France pour la seule année 2026, le programme était au point mort depuis plusieurs mois. [2]

Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, n’avait plus caché son impatience. Le 25 septembre 2025, devant la commission de la défense nationale de l’Assemblée nationale, il avait tranché : «Est-ce que je sais faire un avion de combat de sixième génération, de A à Z en France ? Je le redis, la réponse est oui.» Et sur Airbus : «Il n’a pas ces compétences-là.» Le 4 mars 2026, lors de la présentation des résultats 2025, il avait encore durci le ton, dans un long réquisitoire contre son «partenaire». [5]

Côté allemand, le chancelier Merz avait lui-même contribué à précipiter la rupture en laissant entendre que l’Allemagne n’aurait «pas nécessairement le même besoin que la France en termes d’avion de combat», après neuf ans de programme commun. L’industrie aéronautique allemande poussait parallèlement Berlin à lancer son propre programme, sans Dassault. [3]

Dassault seul, mais avec quelle ambition et quel financement ?

La décision ne peut que soulager Dassault, qui réclamait depuis des années la maîtrise totale du programme NGF. Pourtant, l’équation reste ouverte. Le budget total du SCAF était estimé à près de 100 milliards d’euros : un montant que la France devra désormais porter seule, ou trouver d’autres partenaires pour l’assumer. [2]

Certains observateurs rappellent le précédent de 1985, quand la France avait quitté le projet d’avion commun avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie pour développer ce qui allait devenir le Rafale. Quarante ans plus tard, l’histoire se répète. Mais l’environnement technologique est radicalement différent : le F-35 américain est le produit de milliers de technologies accumulées à un coût colossal. Dassault aura probablement besoin d’une vingtaine d’années et d’une feuille de route financière solide pour ne pas décrocher. [1]

Éric Trappier tiendra une conférence de presse le 23 juillet, à l’occasion de la présentation des résultats du premier semestre. Ce sera la première prise de parole officielle de Dassault depuis l’annonce du 8 juin. D’ici là, le groupe «ne fait aucun commentaire». [5]

Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

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