Août 2018, Gênes. Un pont autoroutier s’effondre en pleine journée, entraînant des dizaines de véhicules dans le vide. Quarante-trois morts. Le viaduc Morandi, emprunté par des milliers d’automobilistes chaque jour, devient d’un coup le symbole de tout ce qu’on redoute quand on roule sur une infrastructure vieillissante sans savoir dans quel état elle se trouve vraiment.
Huit ans plus tard, à la veille du premier verdict, le PDG d’Autostrade per l’Italia, Arrigo Giana, sort du silence. Il présente ses excuses publiques aux familles des victimes et aux Italiens. Un geste qu’il qualifie de devoir moral. On peut saluer le mot. On peut aussi trouver le calendrier gênant : les excuses arrivent quand la justice, elle, arrive au bout.
Le silence, justement, c’est ce qu’on a le plus reproché à Autostrade au moment du drame. À l’époque, l’entreprise ne dit rien, ou presque, pendant que des familles enterrent leurs proches. Aujourd’hui Giana reconnaît cette erreur et jure que ça ne se reproduira plus. La confiance, elle, ne se répare pas d’une lettre.
Un pont des années 1960 dont l’entretien posait déjà question
Le Morandi n’était pas un ouvrage lambda. Construit dans les années 1960, il traînait des controverses sur sa maintenance bien avant l’effondrement. Après la catastrophe, les critiques ont visé des manquements graves dans la surveillance et l’entretien de la structure, des accusations que Giana reconnaît en partie dans sa déclaration récente[1]. C’est la première décision de justice qui doit tomber dans ce dossier.
Depuis, un nouvel ouvrage a remplacé le Morandi : le pont San Giorgio. Le béton neuf ne suffit pourtant pas à effacer le doute. Quand une infrastructure lâche de cette manière, ce n’est pas seulement une pile qui cède, c’est tout un système de contrôle qui a failli à un moment donné.
La vraie question, celle des infrastructures qui vieillissent
Derrière le drame de Gênes, il y a un sujet qui dépasse largement l’Italie. Les infrastructures routières vieillissent partout en Europe, et elles réclament des investissements lourds et une surveillance qui ne relâche jamais. Un pont, un viaduc, un tunnel, ça se ausculte en permanence. Le jour où on considère que l’entretien est une ligne de coût à comprimer, on prépare la catastrophe suivante.
Giana promet des réformes, de nouvelles normes de sécurité, de la transparence, une culture d’entreprise remise à plat. Les mots sont là . Reste que les usagers, eux, attendent des actes concrets et vérifiables, pas des éléments de langage. On ne demande pas à un concessionnaire autoroutier d’être aimé. On lui demande que le pont tienne.
Le verdict à venir pèsera sur l’image d’Autostrade et sur la question, jamais tranchée, de la responsabilité partagée entre l’État, le gestionnaire d’infrastructure et les organes de contrôle. Pour les familles des 43 victimes, aucune sentence ne rendra ce qui a été perdu. Mais elle dira au moins qui, dans cette chaîne, a laissé un pont s’effondrer sur des automobilistes qui ne faisaient que rentrer chez eux.
Sources
1 source · 1 fait vérifié


