Samedi 25 juillet 2026, un Airbus A400M a largué 20 000 litres de retardant au-dessus de Lacanau, en Gironde. C’est la première fois qu’un tel dispositif combat un feu réel.
L’appareil de transport militaire n’avait jamais quitté son rôle de logistique opérationnelle. Il l’a fait ce week-end. L’A400M, utilisé par une dizaine de forces aériennes européennes depuis sa mise en service en 2013, s’est posé sur le théâtre d’opérations français avec une mission nouvelle : contenir l’incendie qui dévorait déjà plusieurs milliers d’hectares autour du bassin d’Arcachon. Le vol a eu lieu samedi en milieu de journée, sous la supervision de l’état-major des armées.
Le gouvernement avait prévenu dix jours plus tôt. Le 10 juillet, Julien Marion, directeur général de la Sécurité civile, évoquait « un début de saison de feux de forêts 2026 d’une exceptionnelle intensité ». Il annonçait alors le recours probable à l’A400M « d’ici dix à quinze jours ». Le calendrier a été tenu. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, confirmait jeudi 23 juillet la mobilisation « d’ici à fin juillet ». Face à l’aggravation du feu girondin, le Premier ministre a accéléré : samedi matin, l’ordre de déploiement immédiat était donné.
Un kit de largage installé en deux heures
L’avion emporte une cuve amovible, chargée par la rampe arrière de la soute. Installation : une à deux heures[1]. Le dispositif peut contenir 20 000 litres d’eau ou de produit retardant, soit « l’équivalent de trois Canadair en volume d’eau », selon les termes du gouvernement. Mais contrairement au Canadair CL-415, qui écopage en vol sur un plan d’eau, l’A400M doit atterrir pour être rechargé au sol. Airbus revendique toutefois sa capacité à décoller et à se poser sur des pistes courtes et non pavées, ce qui élargit les options logistiques.
Le kit a été développé par Airbus Defence and Space. Des essais en vol et une qualification des équipages militaires avaient débuté le 20 juillet[4]. « Tout a été mis en œuvre par les armées pour évaluer cette sorte de vaste cuve chargée dans l’avion, et s’assurer de son emploi opérationnel au plus tôt », déclarait samedi l’état-major à l’AFP. La France devient ainsi la première nation à tester le système en conditions opérationnelles réelles, alors que l’Espagne avait annoncé en mai son intention d’y recourir cet été.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Départs de feu (depuis janvier) | Plus de 12 500 |
| Surface brûlée | 44 000 hectares |
| Personnes évacuées (Gironde, depuis le 22 juillet) | 141 000 |
| Surface incendiée en Gironde (au 25 juillet) | 22 000 hectares |
Source : Sud Radio / France 3 Régions
Un précédent américain, une première européenne
L’emploi d’avions militaires comme bombardiers d’eau n’est pas inédit. Les C-130 Hercules du constructeur américain Lockheed Martin remplissent ce rôle depuis plusieurs décennies. Mais la France est bien la première nation à utiliser le nouveau kit de largage d’Airbus. Et surtout, elle ouvre la voie à une multiplication rapide des moyens : environ cent A400M sont actuellement en service dans les forces aériennes européennes. La Belgique en possède sept (huit si l’on compte l’appareil partagé avec le Luxembourg).
Le caractère amovible du dispositif change la donne. Contrairement aux Canadair, qui sont des appareils spécialisés, l’A400M conserve sa polyvalence. Une fois le kit retiré, l’avion retrouve son rôle de transport stratégique. Cette modularité pourrait séduire d’autres pays confrontés à la montée en fréquence des mégafeux. L’Espagne, qui avait annoncé en mai le recours à l’appareil pour 2026, pourrait passer à l’acte dans les semaines à venir.
Pourquoi l'A400M change la lutte contre les mégafeux
22 000 hectares brûlés en Gironde, 141 000 évacués
La situation demeure critique dans le Sud-Ouest. Au 25 juillet, l’incendie girondin avait parcouru 22 000 hectares et chassé au moins 141 000 habitants et vacanciers[5]. Les feux continuent de sévir et menacent des communes proches de Bordeaux. Le parc des Expositions de la ville a été transformé en centre d’accueil : samedi matin, quelque 3 500 personnes y ont passé la nuit sur des lits de camp ou des tapis de sol. Un deuxième hall a été ouvert, le premier affichant complet.
À l’échelle nationale, le bilan dépasse déjà celui de 2022, année marquée par plus de 30 000 hectares brûlés dans les Landes de Gascogne et l’évacuation de 50 000 personnes. Cette année, plus de 44 000 hectares ont déjà été consumés depuis janvier. La montée en puissance des moyens aériens, avec l’A400M, intervient dans ce contexte de tension opérationnelle extrême.
Déploiement en une dizaine de jours, convention signée le 17 juillet

Le ministère des Armées avait précisé le 23 juillet que « les premiers engagements sur le terrain pourraient intervenir sous une dizaine de jours »[5]. Le délai a été comprimé. Une convention commune avait été signée le 17 juillet entre Airbus et les ministères de l’Intérieur et des Armées, formalisant le cadre d’emploi du dispositif. Les essais en vol avaient commencé trois jours plus tard.
L’A400M mesure 42 mètres d’envergure et dispose de quatre moteurs à hélice contrarotatifs de 11 000 chevaux chacun. Conçu comme un avion de transport polyvalent, il peut emporter jusqu’à 37 tonnes de matériel (40 tonnes dans les versions futures) et 116 personnes[2]. Sa conversion en bombardier d’eau repose entièrement sur le kit amovible : aucune modification structurelle de l’appareil n’est nécessaire. Ce point technique pourrait faciliter l’adoption du système par d’autres forces aériennes européennes, sans immobiliser durablement les flottes de transport stratégique.
A400M lutte anti-incendies : les faits clés
- Premier largage opérationnel d'un A400M contre un incendie, le 25 juillet 2026 à Lacanau (Gironde)
- Le kit amovible de 20 000 litres s'installe en une à deux heures dans la soute de l'appareil
- La France est la première nation à utiliser ce dispositif développé par Airbus en conditions réelles
- Environ cent A400M en service dans les forces aériennes européennes, Belgique incluse (7 appareils)
- Plus de 44 000 hectares brûlés en France depuis janvier 2026, dépassant le bilan de 2022
- Convention signée le 17 juillet 2026 entre Airbus et les ministères de l'Intérieur et des Armées
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés

