Thales s’allie à Systematic, principal éditeur de logiciels de défense du Danemark, pour fournir une architecture de commandement et contrôle à la défense aérienne danoise.
L’annonce a été faite le 19 août à Herning, lors des journées de l’industrie organisées par l’Agence du matériel et des achats du ministère danois de la Défense. Le partenariat vise à doter les forces danoises d’une capacité de commandement et de contrôle capable de coordonner plusieurs couches de défense aérienne : radars de surveillance, systèmes sol-air de différentes portées, capteurs OTAN. Copenhague a multiplié les acquisitions ces derniers mois pour reconstituer un bouclier antiaérien négligé après la fin de la Guerre froide. VL MICA, IRIS-T SLM, NASAMS, trois radars TPY-4 de Lockheed Martin et surtout le SAMP/T NG, dont le Danemark a été le premier client export en 2025 : l’arsenal se densifie, mais sans architecture centrale, l’ensemble reste cloisonné.
L’alliance scellée entre Thales et Systematic répond à ce besoin. Elle combine les systèmes de défense aérienne du groupe français avec Sitaware, la suite logicielle de commandement développée par l’éditeur danois. Systematic, fondée en 1985 à Aarhus, est le plus grand développeur privé de logiciels de défense du pays. Partenaire de l’OTAN depuis sa création, la société compte une cinquantaine de clients dans le monde et propose des solutions C4ISR pour la conduite d’opérations multidomaines. Son ancrage local pèse dans l’équation : Copenhague cherche à renforcer sa base industrielle tout en adoptant des standards OTAN.
Une brique logicielle pour relier le SAMP/T NG aux autres systèmes
Le partenariat doit permettre une meilleure intégration du SAMP/T NG avec les autres couches de défense antiaérienne acquises par le Danemark. Le système franco-italien, développé par MBDA et Thales, associe missiles Aster 30 et radar de veille Ground Fire. Il constitue la strate longue portée de la défense danoise, capable d’engager des menaces jusqu’à 150 kilomètres. Mais pour être efficace dans un environnement multicouche, il doit dialoguer en temps réel avec les radars de surveillance, les systèmes de portée intermédiaire et les capteurs alliés déployés dans la région.
C’est là qu’intervient Systematic. Sa suite Sitaware sert déjà de socle logiciel à plusieurs pays de l’OTAN pour coordonner les opérations aériennes et terrestres. L’alliance avec Thales vise à adapter cette brique aux besoins spécifiques de la défense aérienne danoise, en intégrant les flux de données des radars, des systèmes d’armes et des postes de commandement. L’objectif affiché est de livrer une capacité de commandement et contrôle aérien (C2) et de défense sol-air (SBAMD) interopérable avec les programmes de l’OTAN[3].
Le projet contribuera également, selon Thales, à la création de valeur sur le territoire danois à long terme. La formule revient dans le communiqué et dans les déclarations de Martin Soegaard, directeur pays de Thales pour le Danemark, l’Irlande, l’Islande et les Pays baltes. “En combinant des solutions éprouvées avec une coopération locale solide, nous renforçons notre présence dans le pays et contribuons à des capacités de défense génératrices de valeur pour l’industrie danoise”, a-t-il déclaré[1]. L’alliance ouvre aussi des opportunités d’exportation pour Systematic, qui pourrait proposer son logiciel à d’autres clients du SAMP/T NG.
Le Danemark face à la question de la souveraineté en matière de C2
En décembre 2025, l’administration américaine avait autorisé Copenhague à acquérir un Système de commandement de combat intégré (IBCS) développé par Northrop Grumman. Le montant évoqué atteignait environ 3 milliards d’euros. Aucun contrat n’a été signé depuis. L’IBCS est la solution retenue par l’US Army pour coordonner ses systèmes de défense aérienne et antimissile. Plusieurs pays européens l’ont examiné, notamment l’Allemagne et la Pologne, mais le choix d’une architecture américaine soulève des questions de souveraineté et d’interopérabilité avec les systèmes européens.
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Le partenariat Thales-Systematic se positionne comme une alternative européenne. Thales insiste sur la notion de “solutions souveraines de défense européenne” dans son communiqué. Le groupe français est présent au Danemark depuis plus de cinquante ans : ses radars équipent la marine danoise (APAR, SMART-L, SMART-S), ses systèmes de communication internes (SOTAS) équipent les blindés de l’armée de terre, et son logiciel gère l’espace aérien danois en partenariat avec NAVIAIR, le prestataire de navigation aérienne du pays. Systematic, de son côté, développe ses logiciels en Europe et les déploie sur des infrastructures locales, ce qui limite la dépendance vis-à-vis de tiers extracontinentaux.
Klaus H. Qvist, responsable du développement commercial de Systematic, a qualifié l’alliance d'”étape importante pour renforcer les capacités de défense aérienne du Danemark avec des technologies européennes de confiance, tout en s’appuyant sur les solides compétences industrielles” du pays. La formule traduit une volonté d’ancrer le projet dans un écosystème danois et européen, à distance des solutions américaines tout en préservant l’interopérabilité OTAN.
Pourquoi ce partenariat franco-danois compte pour l'Europe
Un modèle exportable pour d’autres clients du SAMP/T NG
L’alliance Thales-Systematic pourrait servir de prototype pour d’autres pays acquéreurs du SAMP/T NG. La Finlande, la Suède et les Pays-Bas ont manifesté leur intérêt pour le système franco-italien. Tous trois cherchent à moderniser leur défense aérienne dans un contexte de tension accrue en mer Baltique et en Europe du Nord. Si Copenhague valide l’architecture C2 développée avec Systematic, le modèle pourrait être proposé à ces pays, avec des adaptations selon leurs besoins spécifiques.
Thales dispose déjà d’un pied industriel dans plusieurs de ces pays. En Finlande, le groupe a livré des radars GM400 et travaille sur des programmes de communication sécurisée. Aux Pays-Bas, ses radars SMART-L MM équipent les frégates de défense aérienne de la marine. La Suède, elle, utilise des systèmes de guerre électronique Thales sur ses avions de combat Gripen. L’alliance avec Systematic pourrait donc s’étendre à d’autres marchés nordiques et baltes, où la demande pour des architectures C2 souveraines et interopérables OTAN ne cesse de croître.
Le partenariat a été officialisé lors des DALO Industry Days, un salon de défense qui se tient chaque année à Herning. L’événement rassemble industriels, ministères et forces armées pour discuter des programmes en cours et des futurs appels d’offres. L’Agence du matériel et des achats du ministère danois de la Défense (DALO) pilote l’ensemble des acquisitions militaires du pays. Elle supervise notamment les programmes de commandement et contrôle aérien et de défense sol-air par missiles, auxquels le partenariat Thales-Systematic entend répondre.
La question du calendrier reste ouverte. Aucune échéance précise n’a été communiquée pour la livraison de la capacité C2. Le SAMP/T NG danois, lui, doit être opérationnel dans les années à venir, mais les délais exacts n’ont pas été rendus publics. L’intégration logicielle avec Sitaware devra être bouclée avant la mise en service opérationnel du système de missiles, faute de quoi le Danemark se retrouverait avec une couche de défense longue portée isolée du reste de son architecture antiaérienne.
Thales et Systematic face à la défense aérienne danoise
- Thales s'allie à Systematic, principal éditeur danois de logiciels de défense, pour fournir une architecture C2 à la défense aérienne du Danemark
- Le Danemark a acquis le SAMP/T NG en 2025, devenant le premier client export du système franco-italien
- En 2025, Washington avait autorisé la vente d'un système IBCS (Northrop Grumman) pour 3 milliards d'euros, sans suite connue
- Systematic, fondée en 1985 à Aarhus, compte une cinquantaine de clients dans le monde et développe la suite logicielle Sitaware (C4ISR)
- Le partenariat vise à intégrer le SAMP/T NG avec les radars TPY-4, VL MICA, IRIS-T SLM et NASAMS acquis par Copenhague
- Thales est présent au Danemark depuis cinquante ans : radars navals (APAR, SMART-L), systèmes de communication (SOTAS), gestion du trafic aérien
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

