Dernier de la classe pour la cinquième année de suite, l’État français consacre 70 euros par habitant au réseau ferroviaire, contre 622 au Luxembourg.
Le classement publié en juillet 2026 par l’organisation allemande Allianz Pro Schiene enfonce le clou. À partir des données du cabinet SCI Verkehr, l’Alliance pour le rail compile chaque année l’effort public consenti par les États européens pour leurs infrastructures ferroviaires. L’édition 2025 (qui porte sur l’exercice budgétaire de l’année précédente) place la France en queue de peloton, avec un investissement de 70 euros par habitant. Le Luxembourg occupe la première marche avec 622 euros par tête, soit presque neuf fois plus.
C’est la cinquième année consécutive que la France ferme le classement des pays de l’Union étudiés. Une progression existe, certes : 5 euros de plus qu’en 2024, 19 de plus qu’en 2023, 24 de plus qu’en 2022. Mais l’écart avec le reste de l’Europe reste vertigineux.
| Pays | Montant (euros/habitant) |
|---|---|
| Luxembourg | 622 |
| France | 70 |
| Espagne (2024) | 70 |
| Italie (2024) | 51 |
Source : Allianz Pro Schiene, via Charente Libre
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Autoroutes et TGV, les lignes ordinaires sacrifiées
Le rapport d’Allianz Pro Schiene[1] ne se contente pas de chiffrer l’investissement public. Il pointe les choix stratégiques français : un réseau autoroutier développé à marche forcée, 12 000 kilomètres concédés —, et un modèle ferroviaire concentré sur la grande vitesse. Le TGV capte l’essentiel des moyens. Les lignes interrégionales et départementales, elles, vieillissent sans entretien suffisant.
Cette politique a produit un parc de voies ferrées à deux vitesses. D’un côté, des axes à grande vitesse modernes et performants. De l’autre, un réseau ordinaire sous tension, dont l’état se dégrade progressivement. Les collectivités locales, qui ont hérité de la gestion d’une partie de ces lignes, peinent à compenser le désengagement de l’État.
Un modèle de financement qui fragilise la SNCF
L’organisation allemande souligne un autre effet de ce sous-investissement chronique : la fragilité croissante de SNCF Réseau, gestionnaire du réseau national. Le faible niveau de financement public contraint l’entreprise à arbitrer en permanence entre maintenance courante, modernisation et renouvellement des voies. Résultat : un décalage croissant entre les besoins réels du réseau et les crédits disponibles.
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Le cabinet SCI Verkehr, qui alimente le classement, s’appuie sur les budgets publics votés et exécutés chaque année. La comparaison européenne révèle deux modèles distincts. D’un côté, des États comme le Luxembourg, la Suisse ou l’Autriche, qui ont fait du train un levier d’aménagement du territoire et y consacrent des moyens conséquents. De l’autre, des pays (dont la France) qui ont misé sur la route et la grande vitesse ferroviaire, laissant le réseau conventionnel en déshérence.
Pourquoi la France investit si peu dans le rail
Une progression insuffisante pour rattraper le retard
La hausse de 5 euros par habitant entre 2024 et 2025 témoigne d’un léger redressement. Mais à ce rythme, il faudrait des décennies pour combler l’écart avec les champions européens. L’Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas investissent plusieurs centaines d’euros par tête chaque année.
Le classement d’Allianz Pro Schiene ne porte que sur onze pays de l’Union. D’autres États membres n’ont pas été intégrés, faute de données consolidées. Mais parmi les onze étudiés, la position française est sans équivoque : dernière, loin derrière.
Le débat sur le financement du rail en France dépasse la seule question budgétaire. Il renvoie à un choix d’aménagement du territoire, à une vision de la mobilité et à l’équilibre entre infrastructures routières et ferroviaires. Pour l’instant, le rapport de forces reste défavorable au train hors grande vitesse.
Investissement ferroviaire 2025 : les écarts en Europe
- La France arrive dernière du classement européen Allianz Pro Schiene pour la cinquième année d'affilée, avec 70 euros par habitant investis dans le rail en 2025
- Le Luxembourg investit 622 euros par habitant, soit 8,9 fois plus que la France
- L'effort français progresse de 5 euros par rapport à 2024, mais reste très en deçà de la moyenne européenne
- Les choix politiques ont privilégié les autoroutes (12 000 km concédés) et les lignes TGV au détriment du réseau ordinaire
- Les lignes interrégionales et départementales souffrent d'un vieillissement accéléré faute d'entretien suffisant
- Le classement 2025 porte sur onze pays de l'Union, calculé à partir des données du cabinet SCI Verkehr
Sources
1 source · 1 fait vérifié


