Renault et Thales ont présenté le 15 juin 2026 à Eurosatory un SUV militarisé capable de déployer des drones, bâti sur la base du Rafale de série.
Un SUV vendu dans les concessions françaises depuis 2024, recouvert d’un enrobage beige mat, coiffé d’un rack toit chargé d’équipements et chaussé de pneumatiques renforcés : c’est sur ce châssis que Renault et Thales ont construit leur réponse à la guerre de drones. Le 4 Troop, officiellement désigné VCMR (véhicule civil multirôle), n’est pas un simple concept. Les deux groupes l’ont présenté en prototype fonctionnel au salon Eurosatory à Paris-Nord Villepinte, avec l’ambition déclarée d’en produire des séries.
L’idée de porter un véhicule grand public sur un théâtre d’opérations peut paraître décalée. Elle répond à une logique industrielle précise : adosser un programme militaire au réseau de maintenance et d’après-vente d’un constructeur automobile, réduire l’empreinte logistique des armées et accélérer les cadences de production. Ford a exploré la même voie avec ses plateformes F-Series et Ranger. Renault et Thales la formalisent avec un concept abouti.
Ce que le 4 Troop embarque réellement sous la carrosserie
La carrosserie du Rafale est conservée, l’intérieur est entièrement reconfiguré. Thales y a installé sa Combat Digital Platform, un système qui agrège communications sécurisées, connectivité tactique, coordination opérationnelle et aide à la décision assistée par intelligence artificielle.[3] Le véhicule devient ainsi un poste de commandement mobile, capable de piloter et coordonner simultanément plusieurs drones aériens (UAV) et drones terrestres (UGV).
La transmission est hybride rechargeable 4×4. Selon Carscoops, la motorisation reprend la base de la version Rafale E-Tech 4×4, soit 300 chevaux combinés alimentés par une batterie de 22 kWh offrant 100 kilomètres d’autonomie électrique pure.[3] C’est ce mode silencieux qui intéresse les militaires : sur station ou en approche, le véhicule peut opérer sans signature thermique ni acoustique, précisément le profil de survie requis sous la menace des systèmes anti-drones adverses.
Une fonction Vehicle-to-Load (V2L) permet d’alimenter des équipements électriques spécialisés directement depuis le véhicule, augmentant l’autonomie des unités déployées sans dépendance à une chaîne logistique externe.[2]
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Transmission | 4×4 hybride rechargeable |
| Puissance combinée | 300 ch (221 kW) |
| Capacité batterie | 22 kWh |
| Autonomie électrique | 100 km |
| Système de mission | Thales Combat Digital Platform |
| Capacités drone | UAV et UGV (déploiement et coordination) |
| Fonction énergie | Vehicle-to-Load (V2L) |
Source : Carscoops, Renault Group Media
La logique stratégique derrière le choix d’une plateforme civile

Marc Dehondt, chez Thales, a posé le contexte sans détour lors d’Eurosatory : «La France craint de voir des combats de haute intensité sur son territoire et, pour se préparer à cette possibilité, nous devons être prêts.»[4] Cette déclaration situe le projet au-delà d’un simple exercice marketing. Le 4 Troop vise d’abord l’armée française, avec des perspectives d’export vers les alliés de l’Otan ensuite.
Le choix du Rafale comme base n’est pas définitif. Renault précise que la technologie Thales peut être adaptée à d’autres modèles de sa gamme, SUV ou utilitaires. La plateforme CMF-CD, partagée avec l’Austral et l’Espace, offre une base architecturale électronique que Renault maîtrise industriellement. C’est cet argument que les deux partenaires mettent en avant pour convaincre les états-majors : produire en série, livrer vite, maintenir à moindre coût.
Les missions annoncées couvrent un spectre large : appui à la décision, reconnaissance, coordination de troupes, escorte, soutien logistique, surveillance de sites, déploiement de drones.[2] En résumant, un véhicule de commandement léger capable de s’insérer dans une manÅ“uvre interarmes moderne sans exiger d’infrastructure dédiée.
Pourquoi un SUV civil peut devenir une arme
Du prototype à la série : un calendrier encore ouvert
Renault et Thales affirment qu’une production en série est possible. La technologie Thales embarquée «répond déjà aux normes opérationnelles et de connectivité requises par les forces armées», selon Carscoops. L’après-vente et la maintenance seraient assurés par le réseau commercial existant de Renault, ce qui allège structurellement le soutien en service des armées.
Aucune commande ferme n’a été annoncée à ce stade. Le 4 Troop reste un prototype de démonstration, même si le discours des deux industriels dépasse celui d’un simple démonstrateur technologique. L’argument du coût d’acquisition optimisé et de la rapidité de déploiement est directement calqué sur les enseignements du conflit ukrainien, où la capacité à produire et régénérer des véhicules légers polyvalents s’est révélée déterminante.
Renault et Thales ont par ailleurs précisé que cette architecture logicielle et matérielle est compatible avec plusieurs véhicules de la gamme du constructeur, utilitaires compris. La porte est ouverte à une déclinaison sur des formats différents selon les besoins exprimés par les clients militaires.
Eurosatory 2026, vitrine d’une industrie française en repositionnement

La présentation du 4 Troop s’inscrit dans un mouvement plus large visible au salon : les industriels européens, y compris ceux issus du secteur civil, cherchent à capter une partie de la demande militaire qui explose depuis 2022. Renault n’est pas un groupe de défense, mais son entrée dans ce segment via Thales lui évite d’avoir à bâtir seul une crédibilité opérationnelle. Thales, de son côté, accède à une capacité de production de masse et à un réseau de maintenance mondial qu’aucun équipementier de défense ne possède à cette échelle.
Le 4 Troop sera produit en série si les forces armées françaises ou des clients export passent commande. Renault et Thales disent être prêts à y répondre rapidement.
Renault 4 Troop : les données techniques à retenir
- Le 4 Troop est basé sur le Rafale SUV de série, commercialisé depuis 2024.
- Thales a intégré sa Combat Digital Platform pour le commandement de drones UAV et UGV.
- La transmission hybride rechargeable 4×4 offre 100 km d'autonomie électrique silencieuse.
- La fonction V2L permet d'alimenter des équipements militaires directement depuis le véhicule.
- Aucune commande ferme n'a été annoncée : le 4 Troop est un prototype fonctionnel à ce stade.
- La plateforme peut être adaptée à d'autres modèles de la gamme Renault, SUV ou utilitaires.
Sources
3 sources · 5 faits sourcés
