La France occupe le deuxième rang mondial des fournisseurs d’armes majeures sur la période 2021-25, selon le SIPRI, avec 9,8 % des exportations mondiales.
Le Stockholm International Peace Research Institute a publié en mars 2026 son rapport sur les transferts d’armes majeures entre États. Les données, qui comparent les périodes 2016-20 et 2021-25, révèlent une accélération globale : le volume mondial des exportations augmente de 9,2 %, la plus forte hausse depuis 2011-15. L’Europe en est le moteur : ses importations bondissent de 210 %, portées par la guerre en Ukraine et le réarmement des membres de l’OTAN. L’Ukraine devient le premier importateur mondial, avec 9,7 % du total contre 0,1 % lors de la période précédente.
Les États-Unis restent hors catégorie, contrôlant 42 % du total mondial. Mais la France, avec 9,8 % des exportations, s’impose comme le deuxième fournisseur. Ses livraisons progressent de 21 % par rapport à la période précédente, où elle représentait 8,8 % du total. Elle a exporté vers 63 pays.
Le carnet de commandes donne une idée de l’amplitude industrielle française : plus de 180 avions de combat en attente de livraison après 2025, 16 navires de guerre majeurs, 808 véhicules blindés, 341 pièces d’artillerie et 14 systèmes de défense aérienne[2]. Les Émirats arabes unis attendent à eux seuls 79 Rafale commandés en fin de période. Le Qatar a reçu 13 avions de combat français sur les 100 importés au cours des cinq années. Le Brésil figure aussi parmi les clients clés, avec des sous-marins au carnet.
L’Inde bascule de Moscou vers Paris
Un mouvement de fond modifie la carte des fournisseurs : l’Inde, historiquement dépendante de la Russie, rééquilibre ses approvisionnements. La part russe dans ses importations passe de 70 % (2011-15) à 40 % (2021-25). La France, Israël et les États-Unis en profitent. New Delhi envisage désormais des commandes allant jusqu’à 140 avions de combat français et 6 sous-marins allemands.
L’Inde absorbe 24 % des exportations françaises d’armement sur la période 2021-25, devant l’Égypte (11 %) et la Grèce (10 %). Ce basculement n’est pas seulement commercial : il reflète une recomposition géopolitique. La Russie voit ses exportations s’effondrer de 53 % entre 2016-20 et 2021-25, conséquence des sanctions et de l’enlisement en Ukraine.
| Rang | Fournisseur | Part mondiale (%) |
|---|---|---|
| 1 | États-Unis | 42 |
| 2 | France | 9,8 |
| 3 | Russie | 7,8 (en chute) |
| 4 | Allemagne | Dépasse la Chine |
Source : SIPRI
L’Europe exporte, mais importe américain

L’Union européenne, prise collectivement, représente 28 % des exportations mondiales, soit le double de la Russie et de la Chine réunies. Ses exportations progressent de 36 % sur la période. La France en constitue le pilier, suivie de l’Allemagne (4e rang mondial), de l’Italie (6e) et de l’Espagne (10e).
Pourtant, les transferts intra-européens ne comptent que pour 16 % du total des exportations de l’UE. La majorité des ventes se font hors du continent. Et côté importations, la dépendance transatlantique reste écrasante : au sein de l’OTAN-Europe, les États-Unis fournissent 58 % des armes importées. La France n’arrive qu’au 4e rang des fournisseurs (7,4 %), derrière la Corée du Sud (8,6 %) et Israël (7,7 %)[1].
Ce décalage révèle une asymétrie : l’Europe vend au monde, mais s’équipe chez les Américains. Les discours sur l’autonomie stratégique se heurtent à la réalité industrielle. Les systèmes de défense aérienne, les drones, les munitions de précision : autant de segments où la production européenne peine à suivre la demande.
Pourquoi ce classement compte pour l'industrie française
Montée en cadence ou décrochage
La France produit, la France exporte. Mais elle ne réarme pas au même rythme que ses partenaires. Le budget allemand de défense atteint 108,2 milliards d’euros en 2026, soit plus du double du budget français. En une seule séance parlementaire, Berlin a validé 52 milliards d’euros de commandes, l’équivalent d’une année entière du budget français, paye des militaires et infrastructures compris.
Le carnet d’export français, bien garni, ne doit pas masquer la réalité : l’armée française, elle, attend. Les livraisons prioritaires partent vers l’Inde, les Émirats, l’Égypte. Le Rafale place la France au deuxième rang mondial, mais c’est la Bundeswehr qui achète en masse pour elle-même, pas l’armée de l’Air et de l’Espace.
Le rapport du SIPRI note que les commandes françaises pendantes la placent en position solide pour les années à venir, nettement devant la plupart des autres fournisseurs hormis les États-Unis. Reste à savoir si cette dynamique sera suffisante face à la montée en puissance industrielle allemande. En Amérique du Sud, la France domine avec 41 % des importations régionales, portée par les contrats brésiliens. Mais l’enjeu stratégique, lui, se joue en Europe de l’Est, en mer Baltique, en mer Noire. Là où Berlin investit massivement, Paris doit choisir entre remplir son carnet export et rééquiper ses propres forces.
La production française peut-elle monter en cadence sans perdre l’excellence technique qui fait sa force ? L’augmentation des capacités de livraison d’armements terrestres et navals montre une réactivité industrielle. Mais la question posée par le SIPRI est politique autant qu’industrielle : exporter ou s’armer, la France devra trancher, ou diluer ses moyens sur deux fronts.
Exportations d'armement françaises : les chiffres du SIPRI
- La France est le 2e exportateur mondial d'armes majeures (9,8 % du total) sur 2021-25, selon le SIPRI
- Ses exportations progressent de 21 % par rapport à 2016-20, vers 63 pays
- Plus de 180 avions de combat et 16 navires de guerre majeurs au carnet après 2025
- L'Inde absorbe 24 % des exportations françaises, devant l'Égypte (11 %) et la Grèce (10 %)
- Les États-Unis dominent avec 42 % du marché mondial, en hausse de 27 %
- L'Europe triple ses importations d'armes (+210 %), portée par la guerre en Ukraine
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

