Une centrale électrique qui abrite la vie plutôt que de l’étouffer : c’est ce que raconte le parc solaire flottant de Bomhofsplas, aménagé sur une ancienne sablière près de Zwolle, aux Pays-Bas. Depuis sa mise en service en 2020, l’installation produit du courant en surface pendant que, sous les flotteurs, des refuges immergés se sont peuplés de poissons et de petits invertébrés aquatiques.
Le bilan tient en trois chiffres. Au total, les campagnes de suivi ont recensé 431 poissons et 1 951 invertébrés dans les structures installées sous les panneaux. Un habitat qui n’existait pas dans ce plan d’eau né de l’extraction de sable, un site industriel longtemps quasi dépourvu de vie.
Le parc lui-même impressionne par sa taille : 72 000 panneaux pour une puissance de 27,3 mégawatts, de quoi alimenter environ 7 000 foyers selon les données du projet. Le tout sans mordre sur des terres agricoles, puisque l’ensemble flotte sur l’eau. Un argument qui compte dans un pays où le foncier est disputé mètre par mètre.
Des cages métalliques qui servent de garde-manger
Le suivi écologique principal a été publié par GroenLeven et réalisé par le bureau d’ingénierie écologique Ecocean[1], avec Bureau Bakker pour les relevés de terrain. Les chiffres publics ne datent pas de cette année : ils compilent des observations menées lors de trois campagnes, en 2021, 2022 et 2023, diffusées ensuite.
En mai 2020, vingt structures baptisées Biohut ont été immergées sous le parc, réparties en trois zones par groupes de huit, six et six unités[3]. Ce sont des cages métalliques qui mélangent des compartiments garnis de coquilles et de matériaux naturels avec des espaces vides, où les jeunes animaux peuvent se cacher. Sur le substrat poussent algues et petits organismes qui font office de nourriture. En pratique, ces refuges cumulent deux fonctions, abri et garde-manger.
Le comptage a mobilisé des plongeurs et l’examen du matériel retiré des cages, sous la responsabilité scientifique d’Anaïs Gudefin. En 2023, les chercheurs ont observé jusqu’à 300 jeunes poissons de la famille des carpes dans l’un des groupes de refuges. Ils ont aussi relevé des perches, des gobies, des nids avec des Å“ufs et des juvéniles, preuve que certaines espèces utilisent ces structures comme zone de croissance. Côté invertébrés, des petits crustacés gammares, des escargots d’eau douce, des moules, des algues et des éponges d’eau douce.
Ce que le résultat ne dit pas
La conclusion des chercheurs mérite d’être lue sans emballement. Le rapport ne prétend pas que les panneaux solaires font grimper la biodiversité par eux-mêmes. Les refuges ont été ajoutés de manière volontaire, et c’est leur colonisation qui est documentée. Rien ne permet de transposer automatiquement le même effet à un lac, à un étang ou à une autre structure flottante.
Sur la qualité de l’eau, une étude menée par Rui Pedroso de Lima, Floris Boogaard et d’autres chercheurs a relevé peu de différences sur les principaux indicateurs pendant la période examinée. La synthèse technique de STOWA rappelle toutefois que la lumière, l’oxygène et la température peuvent varier sous les panneaux, selon la profondeur, la surface couverte et le design de l’installation.
Le détail technique du parc explique une partie du résultat. Le design prévoit des couloirs entre les panneaux pour laisser passer une part de la lumière jusqu’à l’eau. Et l’ancrage se fait sur le fond de la lagune, pas sur les berges, là où se concentre l’essentiel de la vie aquatique. Une centrale flottante n’est pas condamnée à s’arrêter au bord du panneau : elle peut être pensée pour ce qui se passe en dessous[5]. Une leçon utile alors que le photovoltaïque flottant progresse partout, y compris en France, sur les plans d’eau industriels et les anciennes gravières.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés


