Le 12 juin 2026, les patrons de la tech convergaient à Euratechnologies, à Lille, pour un sommet consacré à l’IA. Derrière l’événement : l’annonce colossale de SoftBank et la montée en puissance des Hauts-de-France comme hub européen du calcul IA.
75 milliards d’euros. C’est l’enveloppe qu’a posée SoftBank sur la table pour construire des centres de données en France, dont 45 milliards d’euros d’ici à 2031 dans les Hauts-de-France. Masayoshi Son, le patron du conglomérat japonais, l’a lui-même qualifié d’«investissement le plus important en Europe dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle». Difficile de le contredire.
La région s’y attendait. Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, avait organisé le sommet «L’IA avec nous» le 12 juin à Euratechnologies, en partenariat avec l’Élysée, avec une ambition déclarée : «prendre un temps d’avance» sur l’IA. Le faire venir, c’est bien. Le retenir, c’est autre chose.
SoftBank et Schneider Electric : 3 gigawatts dans les Hauts-de-France
Le projet SoftBank prend forme en partenariat avec Schneider Electric. Trois data centers, une puissance combinée de 3 gigawatts. Pour donner l’échelle : c’est près du double de la puissance du réacteur nucléaire EPR de Flamanville. Des sites supplémentaires ont été identifiés pour atteindre les objectifs annoncés, selon Emmanuel Macron.[1]
Ce n’est pas un investissement isolé. Le sommet Choose France du 1er juin 2026 au château de Versailles avait déjà officialisé 93 milliards d’euros d’engagements à travers 71 projets, représentant 15 600 emplois créés selon l’Élysée. Une édition «record», dixit Macron, qui dépasse à elle seule le cumul des huit éditions précédentes de Choose France, lesquelles totalisaient 87 milliards d’euros.[2]
SoftBank représente à lui seul près de la moitié de ce total. Le reste se partage entre des acteurs comme Salesforce, Ardian et Verne (un campus numérique en ÃŽle-de-France pouvant atteindre 5 milliards d’euros), ou encore la start-up américaine Databricks, qui prévoit plus de 300 millions de dollars d’investissements d’ici 2029 pour porter ses équipes françaises à plus de 400 salariés.[2]
| Investisseur | Montant | Échéance | Localisation |
|---|---|---|---|
| SoftBank (avec Schneider Electric) | 45 Md€ (75 Md€ à terme) | 2031 (phase 1) | Hauts-de-France |
| Ardian / Verne | jusqu’à 5 Md€ | non précisée | ÃŽle-de-France |
| Databricks | +300 M$ (env.) | 2029 | France |
| Total Choose France 2026 | 93 Md€ | 2026 | France |
Source : Le Figaro
Le nucléaire français, argument de vente inattendu

Pourquoi les Hauts-de-France plutôt que la Pologne, les Pays-Bas ou l’Espagne ? La réponse est d’abord électrique. Entraîner des modèles d’IA ou faire tourner des milliers de serveurs réclame une alimentation stable, abondante et décarbonée. Le parc nucléaire d’EDF coche les trois cases, là où les énergies renouvelables seules peinent à garantir la continuité.[1]
C’est un renversement de récit. Pendant des années, la question du nucléaire français était plutôt associée à des débats internes sur la durée de vie des réacteurs ou sur l’EPR de Flamanville. La voilà devenue argument commercial pour convaincre les hyperscalers mondiaux de s’implanter dans le nord de la France.
Les Hauts-de-France cumulent d’autres atouts : position géographique au cÅ“ur du réseau de câbles sous-marins européens, foncier disponible, et une administration que les investisseurs qualifient de «très favorable au développement des infrastructures d’IA».[4]
Pourquoi les Hauts-de-France misent tout sur l'IA
Bertrand veut transformer l’essai, pas seulement accueillir les annonces
Xavier Bertrand ne cache pas son ambition. «Je pense que la France peut se situer aux toutes premières places mondiales et je veux que la région puisse être aux toutes premières places nationales», a-t-il déclaré avant le sommet lillois.[3] L’organisation du sommet «L’IA avec nous» à Euratechnologies s’inscrit dans cette logique : créer un écosystème local autour des infrastructures qui arrivent, pas seulement inaugurer des data centers.
La différence entre les deux n’est pas anodine. Un data center génère peu d’emplois directs par rapport à l’investissement engagé. Les 15 600 emplois promis à l’échelle nationale pour l’ensemble des 71 projets Choose France 2026 couvrent des secteurs très variés, de la pharmacie à la logistique. Ce que vise Bertrand, c’est l’émergence d’une filière : startups IA, formation, recherche appliquée, services autour du calcul haute performance.
Euratechnologies, déjà l’un des premiers parcs technologiques français, est positionné comme l’interface entre les ambitions régionales et les géants qui s’installent. C’est là que se joue la vraie compétition : non pas attirer les data centers (les annonces plaident pour elles-mêmes), mais convaincre les talents et les entrepreneurs de rester, ou de venir.
93 milliards d’euros : record, mais quelle part devient réalité ?
Les chiffres de Choose France sont des engagements, pas des décaissements. L’édition 2025 avait déjà affiché 20 milliards d’euros d’annonces et 20,8 milliards d’euros sur l’IA. Depuis la création du sommet en janvier 2018, plus de 230 projets ont été annoncés, représentant selon Emmanuel Macron 50 000 emplois industriels.[4]
Parallèlement, les données du cabinet EY sur l’attractivité de la France sont moins flatteuses : le nombre de projets d’investissements étrangers dans l’Hexagone a reculé de 17 % sur un an. Le secteur des data centers IA tire clairement la moyenne vers le haut, mais il ne représente qu’un segment du tableau d’ensemble.
Pour SoftBank, la crédibilité de l’annonce est soutenue par la concrétisation progressive du partenariat avec Schneider Electric, groupe français dont l’expertise en gestion d’énergie pour les data centers est reconnue mondialement. Les sites sont identifiés. Les permis, eux, restent à obtenir, dans des délais que les promoteurs du projet estiment favorables grâce à la simplification administrative engagée côté français.
75 milliards d’euros répartis sur plusieurs années dans une région qui comptait surtout sur la métallurgie et l’automobile : si même la moitié se concrétise dans les délais annoncés, les Hauts-de-France auront changé de catégorie dans la géographie européenne de l’IA.
SoftBank et Hauts-de-France IA : les chiffres à retenir
- SoftBank investira 75 milliards d'euros en France pour des data centers IA, dont 45 milliards d'euros d'ici 2031 dans les Hauts-de-France.
- Les trois data centers prévus représentent une puissance combinée de 3 gigawatts, en partenariat avec Schneider Electric.
- Choose France 2026 a totalisé 93 milliards d'euros d'engagements sur 71 projets, un record qui dépasse les huit éditions précédentes réunies.
- Le sommet 'L'IA avec nous' s'est tenu le 12 juin à Euratechnologies, à Lille, à l'initiative de Xavier Bertrand et de l'Élysée.
- Le nucléaire EDF est cité comme argument clé pour attirer les hyperscalers : électricité stable, abondante et décarbonée.
Sources
4 sources · 7 faits sourcés
