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Sous-marins A26 : la Pologne se forme en Suède 49 jours après le contrat, la Baltique se réarme

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La Baltique bascule sous les yeux de Moscou. Le 19 août 2026, trente sous-mariniers polonais ont commencé leur formation à la base navale de Karlskrona, en Suède, pour apprendre à manÅ“uvrer un sous-marin diesel-électrique moderne. Une première pour Varsovie, qui n’aligne aujourd’hui qu’un unique Kilo de conception soviétique, relique de la guerre froide. Le calendrier dit tout de l’urgence stratégique du moment.

Le stage, étalé sur dix-huit mois, doit préparer ces équipages à opérer le HSwMS Södermanland, dernier sous-marin de classe A17 encore en service dans la marine suédoise. Construit dans les années 1980, il a été modernisé plusieurs fois, notamment avec une propulsion anaérobie (AIP) qui permet de rester en immersion des semaines et non plus des jours.

Ce qui frappe, c’est le tempo. La formation s’ouvre à peine sept semaines après la signature du contrat sur les A26. Un tel enchaînement ne relève pas de la routine industrielle : il traduit une volonté politique de combler au plus vite un trou capacitaire face à la Russie, dans une mer intérieure devenue front avancé de l’OTAN.

Un bond technologique du Kilo soviétique au Saab A26

La Pologne a retenu la Suède fin 2025 comme fournisseur de trois sous-marins de classe A26, aussi appelés Blekinge, dans le cadre de son programme Orka[3]. L’accord est évalué autour de 10 milliards de zlotys, soit un peu plus de 2 milliards de livres[3]. Pour Varsovie, le saut technologique est considérable : passer d’un bâtiment d’ère soviétique à une plateforme numérisée conçue pour les eaux peu profondes et saumâtres de la Baltique.

En attendant les coques neuves, la location du Södermanland permet à la marine polonaise de ne pas perdre son savoir-faire sous-marin. Le bâtiment est actuellement remis en condition par l’agence suédoise d’armement (FMV) et par Saab, avec un transfert attendu courant 2027[3]. Dans un premier temps, l’équipage restera majoritairement suédois, avant d’être progressivement remplacé par les Polonais à mesure de leur montée en compétence.

Pourquoi l’A17 sert de tremplin vers l’A26

Le choix de former sur l’A17 n’a rien d’un hasard. Selon un porte-parole de la marine suédoise cité par Naval Technology, l’A17 partage « the same design philosophy and many technical systems with the A26 submarines »[2]. Même logique, mêmes briques techniques : le Stirling AIP de Kockums, un moteur silencieux et sans vibration, et un gouvernail en X à quatre surfaces indépendantes pour la manÅ“uvrabilité.

L’A26 va plus loin. Plus grand, il introduit des matériaux avancés, une mise en réseau numérique et une modularité automatisée des charges utiles. La rupture se joue surtout à l’étrave, avec un portail multi-missions de six mètres capable de lancer et récupérer jusqu’à huit plongeurs, des véhicules de transport de nageurs et de gros drones sous-marins, y compris en mouvement ou posé sur le fond. C’est exactement le type de capacité qui redéfinit la guerre sous la surface en Baltique.

La Suède se dote elle-même de deux exemplaires de cette classe, dont la livraison est attendue en 2031 et 2033[2]. Le porte-parole suédois n’exclut pas que la coopération avec la Pologne s’étende ensuite aux A26 eux-mêmes.

Une école suédoise du sous-marin, de l’Australie à Singapour

Les Polonais recevront la formation dispensée aux équipages suédois : conduite du bâtiment, armement, capteurs et tactique. Ce sont d’abord les techniciens qui entrent en instruction, la complexité des systèmes exigeant une expertise technique poussée[1]. Le programme est piloté à Karlskrona par le lieutenant-commander Joakim Sjöström, qui le décrit comme « a highly compelling project with a compressed timeline »[3], appelé à jeter les bases d’échanges futurs sur la guerre sous-marine dans le voisinage immédiat.

La Suède n’en est pas à son coup d’essai. Elle a déjà formé quatre équipages australiens, quatre équipages singapouriens et un équipage danois, à l’occasion des classes Collins, Sjöormen et de la location du sous-marin Näcken. La dernière session a précédé la vente de deux A17, Västergötland et Hälsingland, à Singapour.

Pour la France, qui construit ses propres sous-marins et connaît la valeur d’un transfert de compétence, cette séquence rappelle une évidence : dans le naval militaire, former l’équipage étranger, c’est verrouiller le contrat et l’influence stratégique qui va avec. Sur ce terrain, Stockholm avance vite et bien, et scelle en Baltique un partenariat que Moscou observe de près.

Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

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