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Sous six villages de Tarragone, une géothermie à 200 mètres promet chaud et froid pour un tiers des communes

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Des forages menés entre 100 et 200 mètres sous six villages de la province de Tarragone confirment un potentiel géothermique capable d’alimenter chauffage et climatisation de quartiers, sans combustible ni émission de COâ‚‚.

Les résultats viennent d’être remis aux mairies concernées. Ce ne sont pas des installations en marche, mais des anteprojets. La chaleur stockée dans les premiers mètres du sous-sol reste disponible en continu, y compris la nuit, en hiver ou lors des journées d’été sans un souffle de vent. C’est là toute la différence avec le solaire et l’éolien.

Six communes sont visées : Ascó, Flix, Montbrió del Camp, Mont-roig del Camp, El Perelló et Ulldemolins. Toutes se situent dans la zone d’influence des centrales nucléaires d’Ascó et de Vandellòs, promises à une fermeture progressive.

En chiffres
200 m
profondeur des forages
géothermie superficielle
84
puits prévus à Ascó
un tiers de la commune
2,8 M€
coût estimé à Montbrió del Camp
99 blocs, 217 enceintes
120 000 €
contrat des six sondages
réalisé par l'ICGC

Ce que révèlent les forages à 200 mètres

La technologie étudiée s’appelle géothermie superficielle. On perce le terrain sur ses premiers mètres, on installe un réseau de tuyaux, et un fluide y circule pour échanger de la chaleur avec le sol. Une pompe à chaleur récupère ensuite cette énergie pour chauffer, refroidir ou produire de l’eau chaude sanitaire. Rien à voir avec de la lave ou de la vapeur sous pression : il s’agit d’un réseau discret, pensé pour des bâtiments et des quartiers.

C’est l’Institut cartographique et géologique de Catalogne (ICGC) qui a réalisé les six sondages géothermiques, via un contrat de 120 000 euros, avant de livrer les résultats aux communes et au Département de l’Entreprise[1]. Les prospections se sont déplacées entre 100 et 200 mètres de profondeur, assez pour mesurer comment répond le sous-sol et s’il peut alimenter des réseaux de climatisation.

Les documents techniques parlent de réseaux urbains à très basse température, dits de cinquième génération, avec une production décentralisée et un appui photovoltaïque. Pour un habitant, cela veut dire qu’un immeuble, une école ou un équipement municipal pourrait réduire sa dépendance au gaz, au fioul ou à l’électricité classique pour se chauffer et se rafraîchir. Sur la facture, l’effet se voit quand le système est bien dimensionné.

Ascó, Montbrió del Camp, Ulldemolins : les cas les plus avancés

Le choix de ces villages ne doit rien au hasard. Ils dépendent du Fonds de transition nucléaire, créé pour accompagner les territoires touchés par la sortie du nucléaire et soutenir leurs projets de transition énergétique et de développement socio-économique. La géothermie ne remplace pas une centrale, et ne prétend pas le faire. Elle peut réduire la dépense énergétique municipale, générer des chantiers d’ingénierie et offrir une voie renouvelable plus stable en complément du solaire et de l’éolien.

À Ascó, l’étude conclut que 84 puits de 120 mètres de profondeur permettraient d’alimenter environ un tiers de la commune. Le maire, Miquel Àngel Ribes, a jugé le projet viable, tout en reconnaissant qu’un coût estimé à 1,5 million d’euros oblige à trouver des formules de financement[2].

À Montbrió del Camp, situé dans une zone d’eaux thermales liée à la faille du Camp, le potentiel géothermique est jugé important. L’étude chiffre à 152 puits les besoins pour alimenter 99 blocs et 217 enceintes climatisées, pour un investissement estimé à 2,8 millions d’euros. À Ulldemolins, la proposition avancée table sur environ 90 puits pour raccorder 135 bâtiments et 285 enceintes, de quoi couvrir près d’un tiers de la commune. Pour un petit village, cela redessine la carte énergétique locale.

Trois projets géothermiques de Tarragone chiffrés
Commune Puits Portée Coût estimé
Ascó 84 puits (120 m) ≈ un tiers de la commune 1,5 M€
Montbrió del Camp 152 puits 99 blocs, 217 enceintes 2,8 M€
Ulldemolins ≈ 90 puits 135 bâtiments, 285 enceintes non communiqué

Source : La República

Pourquoi la géothermie superficielle bute sur le financement

Une chaleur disponible en continu
Contrairement au solaire et à l'éolien, le calor du sous-sol reste stable jour et nuit, en toute saison.
Le financement fait obstacle
Les coûts, de 1,5 à 2,8 millions d'euros par commune, dépassent largement les budgets municipaux.
Territoires post-nucléaires
Les six villages relèvent de la zone des centrales d'Ascó et Vandellòs, appelées à fermer progressivement.
Complément renouvelable
La géothermie ne remplace pas une centrale mais réduit la dépense énergétique locale et complète solaire et éolien.

Le financement, seul verrou qui reste

Le blocage tient à l’écart entre l’investissement nécessaire et les budgets communaux, très inférieurs. Les municipalités comptent déposer des demandes d’aide auprès de programmes de transition énergétique. De ces décisions dépendront le calendrier et le lancement effectif des réseaux[3].

La géothermie superficielle progresse déjà ailleurs, y compris en milieu urbain : des dizaines de bâtiments de Saragosse sont climatisés par cette technologie. Côté marché, la demande de pompes à chaleur monte partout, la France s’étant fixé pour objectif d’en installer un million par an[4].

Pour les six communes de Tarragone, la balle est désormais dans le camp des financeurs. Les données du sous-sol, elles, sont sur la table.

Géothermie de Tarragone : les chiffres à retenir

  • Six communes de Tarragone étudiées : Ascó, Flix, Montbrió del Camp, Mont-roig del Camp, El Perelló, Ulldemolins
  • Forages menés entre 100 et 200 mètres de profondeur
  • L'ICGC a réalisé six sondages pour 120 000 euros
  • Ascó : 84 puits pour un tiers de la commune, coût de 1,5 M€
  • Montbrió del Camp : 152 puits, 2,8 M€ estimés
  • Projets liés au Fonds de transition nucléaire
Sophie Berlu
Sophie Berlu
Journaliste industrie, énergie & innovation Sophie suit l'industrie française, l'énergie et l'innovation. Nucléaire, ferroviaire, réindustrialisation, brevets : elle s'intéresse à ce qui se fabrique vraiment, dans les usines et sur les sites, loin des effets d'annonce.

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