Entre investissements publics massifs, nouveaux outils souverains et rendez-vous professionnels, la France structure concrètement sa stratégie d’autonomie numérique en 2026.
Le mouvement ne se résume plus à des déclarations d’intention. Côté public, le gouvernement a annoncé à VivaTech 2026 un investissement de 655 millions d’euros pour accélérer le développement de l’intelligence artificielle en France. Côté privé, des entreprises françaises de toutes tailles réévaluent leurs outils de gestion de projet et leurs infrastructures, avec un critère qui s’impose progressivement : où sont hébergées les données, et par qui sont-elles exploitées.
Ce double mouvement, public et privé, s’est cristallisé autour de deux rendez-vous quasi simultanés : VivaTech, du 17 au 20 juin 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, et le Salon Souveraineté Numérique, les 30 juin et 1er juillet à l’Espace Champerret dans le 17e arrondissement parisien.
VivaTech 2026 : l’État met 655 millions d’euros sur la table
Pour sa dixième édition, VivaTech a affiché une ambition précise : faire de la France une référence en matière d’IA souveraine. Le gouvernement y a présenté plusieurs chantiers concrets. Un chatbot santé public doit être déployé sur Ameli.fr pour orienter les Français vers les premiers dispositifs de prise en charge. Plus large encore, l’État prévoit de déployer avant la fin 2026 un agent conversationnel baptisé « L’Assistant », destiné à l’ensemble des agents publics.[3]
Ce dispositif doit alléger certaines tâches administratives répétitives et permettre aux fonctionnaires de se concentrer sur leurs missions de terrain. Parallèlement, le portail GenIAI, développé par le ministère des Armées, sera élargi aux administrations de l’Intérieur et de la Justice, avec un objectif explicite de protection des données sensibles.
L’édition 2026 de VivaTech a réuni 180 000 participants, 14 000 start-up, 4 000 partenaires et 3 600 investisseurs, selon les chiffres du gouvernement.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Participants attendus | 180 000 |
| Start-up présentes | 14 000 |
| Partenaires | 4 000 |
| Investisseurs | 3 600 |
| Investissement IA annoncé par l’État | 655 millions d’euros |
Source : info.gouv.fr
Champerret, 30 juin : quand décideurs et fournisseurs souverains se retrouvent

À peine une semaine après VivaTech, le Salon Souveraineté Numérique ouvre ses portes à l’Espace Champerret. Sa mission, selon ses organisateurs : connecter directement les décideurs publics et privés avec les fournisseurs de solutions souveraines. Banque, assurance, génie logiciel, systèmes embarqués, IA, le spectre est large.
Les prises de position des participants illustrent bien le changement de ton. Alexandra André, CEO de la French Tech Grand Paris, formule le défi sans détour : « La souveraineté numérique se joue dans la capacité de notre écosystème à faire naître et changer d’échelle des solutions technologiques développées et maîtrisées en Europe. »[2] Jocelyn Chamoreau, VP Sales France chez Axway, va plus loin sur la dimension politique : « Choisir une solution numérique, c’est décider où sont stockées les données des citoyens, qui les exploite et qui en capte la valeur. »
Proton, l’éditeur suisse connu pour ses services de messagerie chiffrée, participe aussi à l’événement. Son COO, Raphaël Auphan, défend une ligne que le marché français commence à intégrer : « La confidentialité et la sécurité ne sont pas des compromis, mais les piliers d’une véritable autonomie stratégique pour les entreprises et institutions européennes. »
Yoann Kassianides, délégué général de l’ACN, résume l’enjeu de ces rendez-vous : « Un salon exposant les offres souveraines est plus que jamais nécessaire pour faire savoir à tous ceux qui doivent se sécuriser qu’il est possible de le faire avec des outils et des solutions performants disponibles, et dont nous avons la maîtrise. »
Pourquoi la souveraineté numérique française peine encore à s'imposer
Outils de pilotage : le local gagne des points face aux géants américains
Sur le terrain des outils de gestion de projet, la question souverainiste se traduit en décisions d’achat concrètes. Des solutions françaises comme Gouti ou Planzone, éditée par Augeo Software, se retrouvent plus souvent en compétition directe avec des plateformes américaines, et l’emportent parfois précisément sur l’argument de l’hébergement local.[1]
Planzone combine Gantt interactifs, listes de tâches et communication intégrée, avec une interface pensée pour les PMO, DSI et grands comptes. Gouti, de son côté, se positionne sur le pilotage stratégique et l’accompagnement humain, deux dimensions que ses éditeurs présentent comme complémentaires à la seule fonctionnalité logicielle.
La solution z0 Gravity, développée par Globalsi SAS, cible les projets industriels complexes avec des tableaux de bord 360° et des indicateurs personnalisables. Ce trio n’est pas exempt de faiblesses : interfaces parfois moins fluides, reporting limité pour certains, intégrations tierces nécessaires pour d’autres. Mais l’argument de la transparence et de la localisation des données pèse de plus en plus dans les arbitrages, notamment dans les grandes entreprises sensibles à la conformité réglementaire.
Le risque du « sovereignty washing » et la migration de l’État vers Scaleway

L’enthousiasme autour de la souveraineté numérique n’est pas sans ambiguïté. Le Conseil IA et numérique, dans un rapport récent, pointe le phénomène du « sovereignty washing » : des solutions présentées comme souveraines qui dépendent en réalité de briques fermées et étrangères, notamment américaines.[5] Michel Paulin, auditionné en mars 2026, constate l’absence de cadre structurant pour organiser la coopération entre l’État et la filière : « Il n’y a pas de gouvernance. »
Un exemple concret illustre les tensions entre ambition affichée et contraintes opérationnelles : le Health Data Hub (HDH), dont l’hébergement chez Microsoft avait été jugé problématique par un juge des référés dès octobre 2020, a finalement annoncé en avril 2026 sa migration vers l’entreprise française Scaleway. Le transfert est prévu entre la fin 2026 et début 2027. Six ans après la décision de justice, le mouvement s’effectue.
La commande publique reste le frein le plus cité : formats propriétaires, dépendance aux licences, poids des contrats historiques. La transition vers des solutions ouvertes ou souveraines prend du temps, même quand la volonté politique est affichée. Les 655 millions d’euros annoncés à VivaTech et les outils IA déployés pour les agents publics d’ici fin 2026 seront un premier test de la capacité de l’État à tenir ses propres engagements.
Souveraineté numérique 2026 : chiffres et jalons à retenir
- Le gouvernement investit 655 millions d'euros pour accélérer l'IA en France, annoncé à VivaTech 2026.
- Un agent conversationnel souverain baptisé « L'Assistant » sera déployé pour tous les agents publics avant fin 2026.
- Le Health Data Hub migrera de Microsoft vers Scaleway entre fin 2026 et début 2027.
- Le Salon Souveraineté Numérique se tient les 30 juin et 1er juillet 2026 à l'Espace Champerret, Paris 17e.
- Le Conseil IA et numérique alerte sur le « sovereignty washing » : des solutions présentées comme souveraines mais dépendantes de briques étrangères.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
