De Cannes, Thales Alenia Space pilote simultanément trois programmes spatiaux majeurs : la chasse à la vie sur Mars avec ExoMars, la traque d’exoplanètes via Plato et la station lunaire Gateway.
Les salles blanches du site cannois de Thales Alenia Space tournent à plein régime. Les modèles de la mission européenne ExoMars 2028 viennent d’achever une étape décisive de tests. L’objectif : envoyer un rover sur Mars pour sonder le sous-sol martien, là où, selon les équipes engagées sur le programme, une forme de vie microbienne aurait encore une chance d’exister.
Le site de Cannes-La-Bocca n’est pas un sous-traitant parmi d’autres. C’est le maître d’Å“uvre de plusieurs de ces missions, une position qui place l’entreprise au centre d’une chaîne industrielle mobilisant des milliers de collaborateurs à travers toute l’Europe.
ExoMars 2028 : le sous-sol martien comme cible
Pourquoi creuser plutôt que gratter la surface ? La réponse tient en une phrase : si une forme de vie existe sur Mars, elle ne se trouve presque certainement pas en surface. Les rayonnements cosmiques et l’absence d’atmosphère protectrice l’ont depuis longtemps rendue stérile. C’est dans les sous-couches que les scientifiques placent leurs espoirs, à l’abri des radiations.
C’est précisément l’angle retenu par ExoMars. Le rover européen sera conçu pour forer et analyser des échantillons prélevés en profondeur. Une approche qui distingue cette mission de Curiosity, le rover américain de la NASA, limité à des prélèvements en surface. « ExoMars cherchera des traces de vie enfouies sous la surface », résume l’équipe du programme [1].
La robustesse du système conditionne tout le reste. L’ingénieur mécanicien Virgile Lonziano, basé chez Thales à Turin, décrit une méthode sans filet : « Nous travaillons systématiquement sur les scénarios les plus défavorables. Nous appliquons des marges de sécurité importantes afin de garantir la robustesse de la mission. » Les modèles structurels, testés en amont des versions de vol, servent précisément à valider ces hypothèses extrêmes.
L’histoire industrielle de Thales Alenia Space sur Mars remonte à l’atterrisseur Schiaparelli, conçu à Cannes et dont l’objectif était de démontrer la capacité européenne à se poser sur la planète rouge. Sur ce programme, Thales Alenia Space mobilisait déjà 500 personnes en maîtrise d’Å“uvre, pour un effort total de plusieurs milliers de collaborateurs à l’échelle européenne [4].
Plato : vingt-six caméras pour dénicher une autre Terre

Le satellite Plato suit un calendrier serré. Fabriqué en partie à Cannes-La-Bocca, il doit être mis en orbite en décembre 2026 depuis Kourou, en Guyane, à bord d’une fusée Ariane 6 [2]. Sa mission : repérer des exoplanètes, c’est-à -dire des planètes présentant des caractéristiques proches de celles de la Terre, et donc susceptibles d’accueillir une forme de vie.
Pour y parvenir, Plato embarquera vingt-six caméras de très haute technologie. C’est l’Agence spatiale européenne (ESA) qui porte le programme, avec Thales Alenia Space comme maillon industriel central.
| Mission | Objectif | Échéance |
|---|---|---|
| ExoMars 2028 | Recherche de vie dans le sous-sol martien | Lancement 2028 |
| Plato | Détection d’exoplanètes semblables à la Terre | Mise en orbite décembre 2026 |
| Lunar Gateway | Station spatiale en orbite lunaire, retour de l’homme sur la Lune | Horizon 2026-2027 |
Source : Nice Matin
Pourquoi Cannes est au cœur de la course spatiale européenne
Lunar Gateway : la France dans la boucle du programme Artemis
Le troisième volet du portefeuille cannois regarde vers la Lune. La Lunar Gateway, station spatiale destinée à orbiter autour de notre satellite, constitue le pilier logistique du programme Artemis de la NASA. Son ambition : établir une présence humaine durable sur le sol lunaire, avec un retour de l’homme à la surface « à horizon 2026-2027 », selon Xavier Roser, responsable de la politique produit sur l’exploration et la logistique spatiale chez Thales Alenia Space [3].
Le module ESPRIT, premier module de station spatiale sous maîtrise d’Å“uvre française, est fabriqué à Cannes. Sa durée de vie est estimée à une quinzaine d’années. « Ce genre de programme, c’est 20 à 25 ans de préparations technologiques », rappelle Xavier Roser. Les premiers astronautes étaient prévus dans les modules PPE et Halo, avec des missions Artemis 3 ou 4 pour les acheminer directement sur la station.
Un maître d’Å“uvre aux marges de sécurité calculées au millimètre
Derrière ces missions, il y a une réalité industrielle : Thales Alenia Space, créée en 2001, dont le siège social est établi boulevard du Midi Louise Moreau à Cannes, est présidée au conseil de surveillance par Massimo Claudio Comparini. L’entreprise coordonne des chaînes de fournisseurs réparties sur l’ensemble du continent européen, et parfois au-delà , comme ce fut le cas sur Schiaparelli où l’agence spatiale russe avait fourni le lanceur et deux instruments scientifiques.
La méthode de travail repose sur une discipline rigoureuse des marges. Chaque modèle structurel est soumis aux conditions les plus sévères avant que la version de vol ne soit assemblée. C’est le prix à payer pour des missions dont l’échec n’est pas récupérable : une fois le lanceur allumé, il n’y a pas de deuxième chance.
La question de la vie, moteur d’une industrie de longue haleine
Un ancien responsable du programme Schiaparelli, interrogé sur sa conviction personnelle quant à l’existence de vie sur Mars, ne prenait pas de précautions : « Aurais-je passé 13 ans de ma vie professionnelle sur ce projet si je n’y croyais pas ? Sincèrement, tout concorde dans le sens d’une vie sur Mars. Faut pas s’attendre à voir de petits Martiens, bien sûr, mais une forme microbiologique, oui, on y croit ! »
Trois missions, trois horizons temporels, une même ambition scientifique. Le site de Cannes incarne une continuité industrielle rare : celle d’une entreprise qui construit, depuis plus de deux décennies, les outils capables de répondre à la question la plus ancienne de l’humanité.
ExoMars, Plato, Gateway : les chiffres clés des missions Thales Alenia Space
- Le rover ExoMars 2028, piloté par Thales Alenia Space à Cannes, cherchera des traces de vie dans le sous-sol martien, inaccessible aux rovers américains.
- Le satellite Plato, doté de 26 caméras, doit être lancé sur Ariane 6 depuis Kourou en décembre 2026 pour traquer des exoplanètes habitables.
- Le module ESPRIT de la Lunar Gateway est le premier module de station spatiale sous maîtrise d'œuvre française.
- Thales Alenia Space mobilisait 500 personnes en maîtrise d'œuvre sur l'atterrisseur Schiaparelli, pour plusieurs milliers au total en Europe.
- La station Lunar Gateway est conçue pour une durée de vie d'une quinzaine d'années en orbite lunaire.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
