Donald Trump a menacé mercredi 22 juillet de détruire un pont ou une centrale électrique iranienne à chaque attaque de navire dans le détroit d’Ormuz, dans une escalade qui inquiète la communauté internationale.
Les frappes américaines contre l’Iran se sont poursuivies pour la onzième nuit consécutive mercredi 22 juillet. Quelques heures après ces bombardements, Donald Trump a publié sur Truth Social une menace sans précédent : « À partir de maintenant, chaque fois que la République islamique d’Iran tirera sur un navire dans le détroit d’Ormuz, les États-Unis bombarderont et détruiront un pont ou une centrale électrique, y compris ceux situés près de, ou dans, la capitale Téhéran. » Le président américain cible désormais ouvertement des infrastructures civiles, marquant un tournant dans l’intensité du conflit qui oppose Washington à Téhéran depuis la rupture du cessez-le-feu en avril.
L’armée américaine a frappé dans la nuit une caserne située près de la ville d’Iranshahr, dans le sud-est du pays, à 1 500 kilomètres de Téhéran. Treize missiles ont été tirés, selon l’armée iranienne, qui annonce la mort de sept militaires. Ces frappes s’inscrivent dans une campagne américaine qui visait jusqu’ici principalement des cibles militaires proches du détroit d’Ormuz, pour tenter d’empêcher l’Iran de bloquer ce passage stratégique par lequel transite une part majeure du pétrole mondial.
Le ciblage des infrastructures civiles, un virage stratégique contesté
Donald Trump avait déjà évoqué mardi, sur Fox News, l’idée d’une escalade contre les infrastructures civiles : « La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux car ce sera le tour des centrales électriques. La semaine prochaine ce sera au tour des ponts. » Cette déclaration précédait une réunion de son cabinet restreint pour examiner un élargissement de la campagne de bombardements, jusque-là concentrée sur des sites militaires et des installations de lancement de missiles. Le site d’information Axios, qui bénéficie de sources proches de la Maison-Blanche, confirmait que le président envisageait une extension massive des frappes, visant désormais des cibles situées sur tout le territoire iranien[1].
Cette annonce suscite une vive inquiétude au sein de la communauté internationale. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a réagi dès le 7 avril, après de premières déclarations similaires du président américain, en qualifiant ses menaces de « niveau stupéfiant de cruauté et de mépris pour la vie humaine ». Elle rappelle que « cibler intentionnellement des infrastructures civiles constitue un crime de guerre selon le droit international ». Même dans les cas où des infrastructures civiles peuvent être considérées comme des cibles militaires, le droit international humanitaire interdit toute attaque qui causerait des dommages disproportionnés aux populations civiles. Or, les centrales électriques et les ponts sont indispensables à l’approvisionnement en eau potable, aux soins médicaux, à l’électricité des hôpitaux et aux chaînes d’approvisionnement alimentaire[2].
Un conflit qui a basculé en février, avec l’assassinat de Khamenei
La situation s’est brutalement envenimée le 28 février dernier, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes à grande échelle contre l’Iran, marquant le début de la guerre de 2026. Ces attaques ont notamment visé l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême du régime, et Ali Larijani, figure clé des négociations nucléaires. Un cessez-le-feu temporaire de deux semaines avait été annoncé le 7 avril par Washington et Téhéran, mais il a rapidement volé en éclats. Fin mai, les deux parties semblaient proches d’un accord de paix plus large, Donald Trump évoquant même un protocole d’entente en cours de finalisation pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Ce protocole n’a jamais été signé[4].
Depuis, les attaques se multiplient de part et d’autre. Les États-Unis ont dépensé 29 milliards de dollars dans ce conflit jusqu’à présent, selon le Pentagone, qui a défendu en juin un budget militaire de 1 500 milliards de dollars pour 2027. De son côté, l’Iran menace de représailles « dévastatrices » contre les États du Golfe et a annoncé la mise en place d’un plan de « gestion stratégique du détroit d’Ormuz », selon un parlementaire iranien cité par la télévision d’État[3].
Pourquoi cette menace marque un tournant
Les conséquences économiques et régionales de l’escalade
L’impact du conflit sur le marché pétrolier mondial reste contenu pour l’instant, mais la tension autour du détroit d’Ormuz inquiète. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a révisé à la baisse en mai ses prévisions de croissance de la demande mondiale pour 2026, désormais évaluée à 1,2 million de barils par jour, contre 1,4 million attendu précédemment. La consommation totale devrait atteindre 106,33 millions de barils par jour en 2026. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte de son côté sur le fait que le monde puise dans ses réserves de pétrole « à un rythme record », signe d’une tension croissante sur l’approvisionnement[5].
Le JD Vance, vice-président des États-Unis, a déclaré que Donald Trump « dispose de nombreuses options » pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, sans préciser lesquelles. Robert Pape, politologue à l’université de Chicago, interrogé par la chaîne allemande DW, estime que cette escalade représente « un pari risqué » pour Washington, dans un contexte où la région est déjà fragilisée par les tensions entre les États du Golfe, pris entre les menaces iraniennes et la pression américaine. À Téhéran, une affiche géante installée dans le centre-ville montre Donald Trump dans un cercuil, illustration du climat de confrontation qui règne désormais entre les deux capitales[1].
Les alliés régionaux sous pression

Le conflit pèse aussi sur les pays voisins. Les frappes israéliennes au sud du Liban se sont poursuivies, visant deux véhicules sur l’autoroute reliant Beyrouth au sud du pays, près de la ville de Jiyeh. Ces attaques illustrent l’extension du théâtre des opérations au-delà du seul territoire iranien. Les Houthis du Yémen, alliés de Téhéran, menacent d’un blocus maritime contre l’Arabie saoudite dans le détroit de Bab el-Mandeb, un autre passage stratégique pour le commerce maritime mondial.
Face à cette situation, la France a annoncé qu’elle prendrait une initiative à l’ONU en vue d’une « mission neutre de sécurisation du détroit d’Ormuz », selon des déclarations rapportées en mai. Cette initiative n’a pour l’instant pas débouché sur un déploiement concret. Les chancelleries européennes observent avec inquiétude la montée des tensions, craignant qu’une frappe massive contre des infrastructures civiles ne déclenche une riposte iranienne d’ampleur comparable, susceptible de plonger toute la région dans un conflit ouvert.
Escalade au Golfe : les faits marquants
- Donald Trump menace de bombarder ponts et centrales iraniennes à chaque attaque de navire dans le détroit d'Ormuz.
- Les États-Unis ont frappé l'Iran onze nuits d'affilée, tuant sept militaires iraniens mercredi 22 juillet.
- Amnesty International dénonce des menaces de crimes de guerre : cibler des infrastructures civiles viole le droit international.
- Le conflit a débuté le 28 février 2026 avec l'assassinat du guide suprême Khamenei lors de frappes américano-israéliennes.
- Les États-Unis ont dépensé 29 milliards de dollars dans ce conflit, selon le Pentagone.
- L'Opep révise à la baisse sa prévision de demande pétrolière mondiale pour 2026 : 106,33 millions de barils par jour.
Sources
5 sources · 6 faits vérifiés

