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Un concombre de mer des fonds de Saint-Pierre ouvre la piste de tissus vivants pendant des années

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Il y a de quoi sourire : l’animal qui vient de faire parler de lui dans la revue Science Advances ressemble à une patate orangée accrochée au rocher, entre vingt et cinquante mètres de fond. Son nom n’arrange rien : Psolus fabricii, concombre de mer écarlate de son petit nom. Et pourtant, cette bestiole discrète des eaux froides de l’Atlantique Nord, qu’on croise régulièrement dans nos fonds marins à Saint-Pierre-et-Miquelon, vient de livrer une propriété que personne n’avait vue venir : ses tissus amputés cicatrisent, se réorganisent et continuent à vivre pendant des années, sans corps, sans cerveau, sans hormone. Juste un morceau de chair qui refuse de mourir.

L’histoire commence par hasard, comme souvent. Une doctorante de l’Université Memorial de Terre-Neuve, Sara Jobson, garde quelques fragments de Psolus fabricii dans un aquarium. Pas pour les étudier : pour les stocker. Sauf qu’au lieu de se décomposer comme tout tissu normal séparé de son organisme, les morceaux tiennent bon. Ils cicatrisent. Ils se contractent encore au toucher. Certains grossissent même, en pompant directement les acides aminés dissous dans l’eau. Trois ans plus tard, ils sont toujours là.

Un tissu qui survit seul, sans signal du corps

Publiée en mai 2026 dans Science Advances, l’étude terre-neuvienne a mis le doigt sur un phénomène rarissime : la survie et la croissance à long terme de tissus complexes hors de tout organisme, dans un milieu naturel non stérilisé. Les chercheurs ont prélevé des fragments sur trois individus : tentacules, pieds, paroi corporelle. Placés dans des bacs d’eau de mer ordinaire, à température et salinité de l’Atlantique Nord, ces morceaux ont non seulement cicatrisé, mais continué leur division cellulaire et développé un système immunitaire fonctionnel. Certains ont tenu plus de cinq ans.

Pour vérifier que Psolus fabricii n’était pas un cas isolé parmi les échinodermes, l’équipe a testé d’autres espèces : étoiles de mer, oursins, autres concombres. Résultat : aucun n’a dépassé trois mois et demi. La plupart se sont désagrégés en moins de cinquante-cinq jours. Ce qui fait de notre concombre local un cas à part, probablement lié à son habitat froid et à son mode de vie ancré sur les rochers.

Trois ressorts biologiques encore mal compris

Comment ces morceaux tiennent-ils si longtemps ? Les scientifiques identifient trois mécanismes. Premier ressort : une cicatrisation rapide et efficace, qui protège le tissu des infections malgré l’absence de tout signal corporel centralisé. Deuxième levier : une absorption directe des nutriments présents dans l’eau, puis, quand la ressource s’épuise, une autophagie contrôlée qui puise dans les fibres musculaires du fragment lui-même, sans basculer dans la dégénérescence. Troisième point : une réactivité conservée. Une tentacule filmée plusieurs mois après son prélèvement se contracte encore sous la pince.

Cette coordination cellulaire autonome, sans cerveau ni hormone, intrigue. Comprendre comment ces cellules s’auto-organisent pour guérir, se nourrir et résister aux pathogènes pourrait ouvrir des voies nouvelles en médecine régénérative : cicatrisation de plaies chroniques, conservation des greffes d’organes, traitement des lésions tissulaires.

Des applications concrètes déjà envisagées

L’équipe de l’Université Memorial ne compte pas s’arrêter là. Elle veut savoir si les fragments peuvent dépasser cinq ans de survie, cartographier leur métabolisme cellule par cellule et identifier les molécules antimicrobiennes en jeu. Au-delà de la curiosité fondamentale, ces tissus pourraient servir de modèles d’étude pour tester l’impact de polluants marins, évaluer des médicaments ou explorer les mécanismes de régénération, avec moins de contraintes éthiques que les modèles mammifères.

Une chose est sûre : l’animal n’est pas immortel. Psolus fabricii vieillit et meurt comme les autres espèces. Mais certains de ses tissus, eux, semblent capables de tenir le coup bien plus longtemps qu’on ne l’imaginait. Une découverte qui rappelle aussi que les fonds de Saint-Pierre-et-Miquelon, où l’espèce est présente, abritent encore une biodiversité dont on est loin d’avoir fait le tour.

François Odinot
François Odinot
François Odinot, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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