Un astronome amateur canadien a identifié sur Google Maps, en 2024, une dépression circulaire de 25 kilomètres dans le nord du Québec. En juillet 2026, des géologues ont formellement confirmé qu’il s’agit d’un cratère d’impact vieux de 390 millions d’années.
Joël Lapointe préparait un itinéraire de randonnée, en 2024, lorsqu’il a repéré sur Google Maps une structure inhabituelle dans la région de la Côte-Nord, au Québec, près du lac Marsal. Une dépression circulaire d’environ 25 kilomètres de diamètre, à cent kilomètres au nord de Magpie. La forme évoquait un cratère d’impact. Rien dans les bases de données spécialisées ne mentionnait pourtant ce site.
L’homme a tout de même alerté des chercheurs, sans espoir : « Je me suis dit : tu n’as rien découvert, Joël, ce n’est pas possible, ils doivent déjà le savoir », confie-t-il à Radio Canada. Il a contacté Gordon Osinski, professeur de géologie planétaire à l’université Western de London, en Ontario, qui tient le site Impact Earth, consacré aux cratères d’impact vérifiés. Osinski, surnommé « Dr Crater » sur Instagram, reçoit régulièrement des signalements de ce type. La plupart se révèlent sans intérêt. « Cela montre que sur dix ou cent signalements, neuf ou quatre-vingt-dix-neuf ne mènent à rien, mais qu’il y a toujours cette chance qu’un seul vous surprenne, explique-t-il. C’est une première pour moi. »
Une expédition dans une zone quasi inaccessible
En 2025, une équipe de quatre chercheurs s’est rendue sur place. Osinski était accompagné de Jérôme Gattacceca, géologue au Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement, en France. L’expédition a été éprouvante : « C’était l’une des missions les plus ardues que j’ai menées », confie Osinski à Live Science[5]. Le terrain, isolé, a nécessité plusieurs jours de marche et de collecte.
Dès le deuxième jour, l’équipe a découvert des structures rocheuses en forme de cône, appelées shatter cones. Ces formations se créent uniquement sous l’effet d’une onde de choc violente, caractéristique d’un impact météoritique. Les géologues ont aussi identifié des zones de roche fondue, autre signature d’une collision venue de l’espace. « À partir de là , on était sûrs à 100 % qu’il s’agissait bien d’un cratère d’impact », précise Jérôme Gattacceca[2].
390 millions d’années, bien avant les dinosaures

Les analyses ont permis de dater le cratère : 390 millions d’années. Un âge qui a surpris les chercheurs. Osinski avait d’abord parié sur une fourchette entre 38 et 200 millions d’années. La réalité dépasse largement cette estimation. L’impact s’est produit à une époque où la vie terrestre venait à peine de coloniser les continents, bien avant l’apparition des dinosaures, des mammifères ou de l’espèce humaine[1]. Les amphibiens primitifs comptaient alors parmi les rares pionniers terrestres.
Le cratère a été baptisé Uhackatik. Il rejoint la liste des 31 cratères météoritiques confirmés au Canada, sur environ 200 répertoriés dans le monde[4]. Le dernier cratère découvert au Canada remontait à 2010. Seize ans sans nouvelle identification. « C’est donc plutôt sympa d’en ajouter un à la liste », se réjouit Osinski.
| Cratère | Diamètre (km) | Âge (millions d’années) | Statut |
|---|---|---|---|
| Uhackatik | 25 | 390 | Confirmé en 2026 |
| Manicouagan | 100 | 215 | Connu |
Source : CBC News
Pourquoi cette découverte compte
Un citoyen ordinaire, une découverte rare
L’équipe présentera ses travaux en août 2026, lors du congrès annuel de la Meteoritical Society, en Allemagne. Les chercheurs poursuivent l’analyse des échantillons prélevés. « Tout cratère découvert nous apporte un éclairage sur la manière dont ces structures se forment et sur les effets qu’elles peuvent avoir sur la géologie, la biologie et le climat de la Terre », explique Osinski[5].
Joël Lapointe, de son côté, s’est dit très heureux que sa découverte ait été confirmée. « Ce n’est pas tous les jours qu’un citoyen ordinaire trouve un vieux cratère de 390 millions d’années, confie-t-il. J’encourage chacun à ne pas ignorer son intuition ou une observation, même si ce n’est pas votre domaine d’expertise. »
Jérôme Gattacceca conclut : « C’est une belle leçon que notre planète, même si on l’a beaucoup étudiée, nous réserve encore de belles surprises et continue de nous émerveiller[2]. » En moyenne, un à deux cratères sont découverts chaque année dans le monde, mais ils dépassent rarement cinq à dix kilomètres de diamètre. Uhackatik, avec ses 25 kilomètres, sort de l’ordinaire.
Google Maps, outil inattendu de la géologie

L’histoire illustre l’apport des outils grand public à la recherche scientifique. Google Maps et Google Earth permettent à quiconque d’explorer la surface terrestre. Les structures géologiques masquées au sol deviennent visibles depuis le ciel. La curiosité d’un randonneur a permis d’ajouter une pièce au puzzle des impacts météoritiques terrestres. Un rappel que la science progresse aussi grâce aux regards non spécialisés, pourvu qu’ils soient attentifs et qu’ils partagent leurs observations.
Cratère d'impact au Québec : les faits
- Joël Lapointe repère une dépression circulaire de 25 km sur Google Maps en 2024, au nord du Québec
- Une équipe de géologues confirme en juillet 2026 qu'il s'agit d'un cratère météoritique de 390 millions d'années
- Le cratère, baptisé Uhackatik, est le 32e confirmé au Canada, le premier depuis 2010
- Des structures rocheuses en cône et de la roche fondue signent l'impact météoritique
- L'impact s'est produit bien avant l'apparition des dinosaures, à une époque où la vie colonisait à peine les continents
Sources
4 sources · 6 faits vérifiés

