Voilà une marque française qui ne fait pas dans la demi-mesure. Alpine boucle son premier semestre 2026 avec 8 538 voitures écoulées dans le monde, soit une bond de 69 % par rapport à l’an passé. Chez les constructeurs, on rêverait tous d’aligner un chiffre pareil. Sauf qu’Alpine partait de bas, très bas, avec sa seule A110 vendue à la cuillère, et que la vraie question n’est pas là.
La vraie question, c’est de savoir si la petite marque de Dieppe, propriété de Renault, tient la route sur sa mue électrique. Parce que sous les pourcentages flatteurs, il y a un pari industriel colossal et quelques cailloux dans la chaussure.
Commençons par ce qui marche. L’A290, la citadine électrique survitaminée, est un carton. À elle seule, elle représente 5 890 unités sur le semestre, soit près de la moitié des ventes maison. Une petite bombe de 180 chevaux, vive, joueuse, qui prouve qu’on peut électrifier le plaisir sans le tuer. Voilà le genre de voiture qui fait honneur au savoir-faire français.
Une A390 saluée mais des carnets de commandes en berne
Le hic, c’est la suite du programme. L’A390, le fastback électrique lancé pour élargir la gamme, affiche 67 500 euros en entrée de gamme et grimpe à 78 000 euros pour la version GTS et ses 470 chevaux, avec une autonomie annoncée entre 503 et 541 km. Sur le papier, du beau matériel. Dans les faits, les premiers niveaux de commandes restent en dessous des ambitions initiales, comme le reconnaît le site Les Alpinistes[4]. La qualité dynamique fait l’unanimité, le tiroir-caisse beaucoup moins.
Et c’est tout le sujet. Alpine a musclé son réseau français en passant de 42 à 85 points de vente pour 2026[4], une marque qui, il y a moins de dix ans, ne comptait que 19 centres spécialisés. Ce n’est plus une expansion, c’est un changement de dimension. Sauf qu’un réseau élargi, ça se remplit avec des clients. Si l’A390 tarde à décoller, l’addition risque d’être salée.
À l’international, le Royaume-Uni décolle
À l’échelle mondiale, Alpine a multiplié ses points de vente de 169 à 238 en un an. Au Royaume-Uni, les ventes ont carrément sextuplé pour atteindre 1 902 unités. Preuve que l’appétit existe hors de nos frontières, et que la stratégie d’ouverture internationale n’est pas qu’un vœu pieux.
Reste que Renault ne se cache pas des difficultés. En février 2026, la marque a annoncé revoir ses ambitions initiales, avec notamment l’arrêt de son engagement en Championnat du Monde d’Endurance FIA à l’issue de la saison 2026 pour concentrer ses moyens sur la Formule 1[1]. La direction assume : le marché du véhicule électrique croît moins vite que prévu, et il faut protéger les ambitions à long terme. Traduction en clair : on serre les boulons pour survivre.
La plateforme APP et la future A110 en ligne de mire
Techniquement, l’avenir repose sur l’Alpine Performance Platform, l’APP, qui servira de socle à plusieurs modèles à venir. Au premier rang, la prochaine génération d’A110, qui promet de dépasser les performances de l’actuelle sportive thermique, toujours facturée à partir de 65 000 euros. Dieppe continue de plancher là-dessus, et c’est une bonne nouvelle : la fée de l’A110, ce châssis d’orfèvre qui a fait la réputation de la maison, ne doit surtout pas disparaître dans la transition.
Alpine annonce aussi vouloir sortir de son seul créneau : coupés, cabriolets et 2+2 sont en préparation. Sous la houlette de Philippe Krief, la marque affiche sa confiance sur un trio performance-design-technologie qui a toujours fait son identité.
Alors, Alpine peut-elle jouer dans la cour des grands ? Le talent est là, la mécanique est là, le réseau se construit. Mais entre un +69 % qui claque et une A390 qui peine à convaincre les carnets de commandes, la montagne électrique n’est pas encore gravie. On tient le pari, on ne tient pas encore le sommet.
Sources
2 sources · 3 faits vérifiés


